Lot 126
  • 126

Eugène Delacroix

Estimate
300,000 - 500,000 EUR
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Bidding Closed

Description

  • Eugène Delacroix
  • Tiger on the look-out or Growling tiger
  • Signé en bas à gauche Eug.Delacroix
  • Huile sur papier marouflé sur panneau
  • 24,7 x 39,4 cm ; 9 3/4 by 15 1/2 in.

Provenance

Collection Bonnet, 1852 ;
Sa vente, Paris, 19 février 1853, lot 8 ;
Acquis 160F par Malla à la vente ci-dessus ;
Vente, 29 janvier 1855, lot 78 ;
Acquis 155F à la vente ci-dessus par Van Praet ;
Collection Bellino, 1885 ;
Sa vente, Paris, 20 mai 1892, lot 12, reproduit, vendu 23 000F ;
Collection Louis Mante, 1910 ;
Sa vente, Galerie Charpentier, Paris, 28 novembre 1956, lot 27, reproduit ;
Collection particulière, Monaco ;
Resté depuis dans la famille

Exhibited

Société artistique des Bouches-du-Rhone, Marseille, 1852 ;
Exposition Eugène Delacroix, Ecole Nationale des Beaux-Arts, Paris, 1885, n°9 ;
Beaux-Arts : Exposition centennale de l'art français (1789-1889), Exposition Universelle, Paris, 1889, n° 267 ;
Exposition de chefs-d'oeuvre de l'Ecole française : Vingt Peintres du XIXe siècle, Galerie George Petit, Paris, 1910, n°75 ;
Eugène Delacroix, 1798-1863; loan exhibition in aid of the Quaker emergency service., Wildenstein, New York, 1944, n°26 (comme prêté par Wildenstein & Co., Inc.) ;
Eugène Delacroix. A loan exhibition, Phillips Memorial Gallery, Washington D.C., 1945, n°6 (comme prêté par Wildenstein & Co., Inc.)

Literature

Adolphe Moreau, Eugène Delacroix et son oeuvre, Paris, 1873, Tome II, p. 276, illustré fig. 310 ;
Alfred Robaut, L'Oeuvre complet d'Eugène Delacroix, Paris, 1885, n°1058 (comme exécuté en 1848) ;
Charles Ponsonailhe, L'exposition de l'oeuvre d'Eugène Delacroix, L'Artiste, 9e série, XXIII, Paris, 1885, p. 176 ;
Léon Roger-Milès, Vingt peintres du XIXe siècle : Chefs d'oeuvre de l'Ecole française, Paris, 1911, p. 151, reproduit p. 63 ;
Etienne Moreau-Nélaton, Delacroix raconté par lui-même, Paris, 1916, Tome II, reproduit fig. 310 ;
Raymond Escholier, La vie et l’art romantique. Delacroix, peintre, graveur, écrivain, Paris, 1927, Tome III, p. 158 ;
André Joubin, Correspondance générale de Eugène Delacroix, Tome V, supplément et tables, Paris, 1938, p. 190 ;
Luigina Rossi Bortolatto, Delacroix, Tout l'oeuvre peint, Paris, 1975, p. 118, n°524 ;
Lee Johnson, The Painting of Eugene Delacroix, A Critical Catalogue, Oxford, 1987, Vol. III, pp. 16-17, n°186, et Vol. IV, reproduit Planche 16

Condition

The paper is laid down on a cradled panel. The varnish on the painting is quite dirty. Two superficial varnish runs appear on the left of the composition. A minor scratch is barely visible on the left part of the painting, in the background. Two small volumes are visible on the surface : one below the tiger's jaw, the other on the right of the composition : they are due to the irregularity of the paper which was used by the artist. Under UV light, small repaints are visible alongside the borders of the composition, especially on the left, the lower side and part of the right border. Very good condition.
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Catalogue Note

Ce magnifique tigre aux formes serpentines et à l’échine souple incarne parfaitement tout le talent et la force de Delacroix peintre animalier. Charles Ponsonailhe, écrivain et critique d’art dit de ce tableau, lors de l’exposition de 1885 à l’Ecole des beaux-Arts, qu’il est « Un chef d’œuvre de coloris [...] Sa robe très claire, d’une tonalité blonde, s’harmonise merveilleusement avec les buissons vert pâle du paysage ; en outre de cela, la tête est vivante, effrayante de froide et calme férocité [...] ». Notre tigre vient probablement d’apercevoir sur sa gauche un animal ou un danger qu’il regarde fixement en grognant de façon menaçante.

Le professeur Lee Johnson date Tigre aux aguets de 1852 environ, alors que Robaut le situe vers 1848. Il est probable que Delacroix l’ait peint peu de temps avant l’exposition de Marseille en 1852. Delacroix en fait d’ailleurs mention dans une lettre en date du 25 octobre 1852 : « J’ai envoyé avec beaucoup de plaisir à l’Exposition de Marseille un petit tableau représentant un Tigre ; mais ce tableau appartient à un de vos compatriotes de Marseille qui habite Paris, je vous serais très obligé de vouloir bien mettre sur la bordure qu’il appartient à M. Bonnet [...] » (A. Joubin, op. cit).

Les fauves, représentés isolément ou mis en scène, ont été l’un des thèmes de prédilection d’Eugène Delacroix. Comme l’indique Vincent Pomarède (cf. catalogue de l’exposition Delacroix, les dernières années, Galeries nationales du Grand Palais, Paris et Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, 1998-1999, pp. 77-78) Delacroix exécuta dès sa jeunesse de nombreuses esquisses anatomiques d’après des félins. Il était certainement influencé par son ami, le sculpteur Antoine-Louis Barye, qui l’entraina dès la fin des années 1820 à la ménagerie du muséum d’histoire naturelle, à la foire de Saint Cloud et en tout autre lieu où l’on pouvait voir des fauves. De plus, sa quête personnelle le poussait à rechercher des sujets variés et inhabituels. Ces premiers travaux animaliers aboutirent à l’exécution de quelques lithographies mais ils ne représentaient pas une fin en soi et se concrétisèrent rarement dans des tableaux, excepté le superbe Jeune tigre jouant avec sa mère exposé au Salon de 1831 et conservé au musée du Louvre, Paris, et Jeune lionne marchant de 1832 conservé à la Ny Carslberg Glyptotek, Copenhague.

Le voyage au Maroc de 1832, qui fut une source d’inspiration majeure et durable dans son œuvre, allait lui donner le goût des scènes exotiques, des paysages sauvages et des sujets animaliers. Il eut l’occasion de voir des animaux, dont des lions et des tigres, et de découvrir des paysages qui allaient parfois devenir le décor de ses scènes animalières.

C’est à partir de 1840 que le thème spécifique du félin dans un paysage, en action ou au repos, trouva réellement son autonomie et sa vraie dimension dans l’œuvre de Delacroix. Influencé peut-être par les magnifiques sculptures animalières de Barye, il allait s'attacher à rendre avec précision les attitudes des fauves, à peindre leur pelage et à fondre l’animal dans un paysage élaboré. Après 1847 – 1848 ils se multiplièrent dans son œuvre et devinrent, par leur quantité et leur qualité, « une véritable obsession » pour reprendre l’expression de Vincent Pomarède (op. cit. pp. 77-78). L’arrivée au jardin des plantes en 1847 d’un tigre, suivi peu après par d’autres tigres et fauves peut expliquer en partie cette passion que Delacroix développa alors pour ce thème. En résulta un ensemble de tableaux, qui frappe par son homogénéité malgré la variété des sujets : fauve guettant sa proie, fauve ramassé sur lui-même et s’apprêtant à bondir, fauve au repos ou endormi, couple de fauves, fauve attaquant un autre animal (cheval, serpent, autre fauve etc.) ou un être humain, parfois un cavalier, etc., afin de mieux saisir la beauté des animaux et leur spécificité, souplesse, puissance, cruauté, Delacroix simplifie la composition et gomme les détails ; il y a intégration de l’animal dans le paysage au moyen de la touche vibrante et légère et des couleurs, créant ainsi unité et harmonie.

Plusieurs tableaux de cette série sont très proches de Tigre Aux aguets par la composition, les couleurs et le format. Citons par exemple Tigre allongé sur le côté (vers 1852 ; cf. Lee Johnson, op. cit. vol. III n° 184), Tigre et serpent (vers 1852 ; cf. Lee Johnson n° 185), Tigre se léchant la patte (vers 1853 - 1855 ; cf. Lee Johnson n° 190), Tigre buvant conservé au Wadsworth Atheneum, Hartford, Connecticut (vers 1853 ; cf. Lee Johnson n° 191 ; voir fig. 2), ou encore Tigre effrayé par un serpent conservé à la Kunsthalle, Hambourg (vers 1854 ; cf. Lee Johnson n° 196 ; voir fig. 1).

Vers 1853 – 1854, apparurent les scènes de chasse, variante ultime de cette description des grands fauves en action et preuve supplémentaire des ambitions esthétiques du peintre dans ce genre (cf. Vincent Pomarède, op. cit. p. 79). Là encore on pense à Barye et au spectaculaire surtout de table qu’il exécuta entre 1834 et 1838 pour le duc d’Orléans, qui comprenait une série de cinq scènes de chasse, dont une superbe Chasse au lion. On pense aussi à Rubens que Delacroix admirait énormément.

Mais ces scènes de chasse, apothéoses de violence, de fureur et de sang, ne sont-elles pas avant tout l’ultime preuve de l’intérêt profond que Delacroix porta dès sa jeunesse, et tout au long de sa vie, pour les scènes d’une grande violence : batailles, massacres, assassinats, duels, enlèvements, qui jalonnent tout son œuvre, tels Les massacres de Scio, La mort de Sardanapale, Le combat du Giaour et du Pacha, L’enlèvement de Rebecca, Médée furieuse, pour n’en citer que quelques-uns, qui comptent parmi les chefs d’œuvres de Delacroix ?

Nous remercions le Comité Eugène Delacroix d'avoir aimablement confirmé l'authenticité de ce tableau dans une lettre-certificat datée du 3 mai 2017. Le certificat sera remis à l'acheteur. L'oeuvre sera en outre incluse dans le catalogue numérique de l'Oeuvre de l'artiste, actuellement en préparation.