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François-Pascal-Simon Gérard
Description
- François-Pascal-Simon Gérard
- Portrait of Joachim Napoléon Murat, King of Naples and of the two Sicilies
- Porte au dos une inscription Peint par le Bon Gérard / Restauré par Haro - 1867
- Huile sur toile marouflée sur panneau
- 243 x 163,5 cm ; 95 3/4 by 64 3/8 in.
Provenance
Lucien Murat (1803 - 1878), prince français, prince de Naples, prince de Pontecorvo, puis 3ème prince Murat, fils du précédent ;
Par descendance jusqu'aux propriétaires actuels
Literature
Souvenirs d’enfance de la comtesse Rasponi fille de Joachim Murat, 1805-1815. Publiés par le comte Jean-Baptiste Spalletti, Paris, 1929, p. 73 (pour la réplique de grand format) ;
Il Ritratto francese da Clouet a Degas, Palazzo Reale, Milan, 1962, catalogue d'exposition, n°97, pp. 47-48 (pour la réplique de grand format) ;
Claire Constans, Les Peintures du Musée national du Château de Versailles, Paris, 1995, Volume 1, p. 373, n°2117 (pour une reproduction de la petite réplique) ;
Murat Re di Napoli, Palazzo Reale, Milan, mai - octobre 2015, catalogue d'exposition, p. 101, p. 135, n°31 (pour une reproduction de la réplique de grand format)
Condition
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Catalogue Note
Quand Joachim Murat commanda ce portrait au Baron Gérard vers 1811-1812, il était au sommet de sa gloire. Beau-frère de l’Empereur depuis 1800 par son mariage avec la plus jeune sœur de Napoléon, Maria-Annunziata-Caroline Bonaparte (voir le lot suivant), sa fulgurante ascension avait largement dépassé les échelons militaires : maréchal d'Empire en 1804, puis grand-duc de Clèves et de Berg (1806-1808), il était roi de Naples et des Deux-Siciles depuis août 1808.
Très populaire auprès de ses sujets, Murat entreprit avec enthousiasme de moderniser son royaume en lui apportant le Code civil, fondant une université et une école navale, soutenant l'industrie et apportant une réponse efficace au problème du banditisme. Des désaccords avec Napoléon créèrent toutefois des tensions et il abandonna le commandement de la Grande Armée en déroute lors de la retraite de Russie en 1812 pour rentrer stabiliser son royaume. L'échec du traité avec l'Autriche et le fait qu'il n'ait pas été reconnu comme souverain légitime par les alliés pendant la Première Restauration le conduisirent à tenter de rejoindre Napoléon pour les Cent-Jours (il n’y parvint pas). Il essaya de jouer la carte de l'unification italienne, mais la défaite de Tolentino mit fin à ses espoirs. Il se replia en Corse puis, voulant à tout prix reprendre son royaume - l’audace est constante chez Murat - il commit l’erreur de débarquer à Pizzo, en Calabre, où une population hostile le fit prisonnier. Il fut fusillé le 13 octobre 1815.
Notre portrait est l’une des plus belles représentations de Joachim Murat, tant pour sa grande qualité picturale que pour le talent du peintre à rendre de façon naturelle le charme et le caractère flamboyant du personnage. Murat apparaît tel que le décrivait un biographe lors de son entrée à Naples : "un bel homme de plus de 1,80m, droit et musclé, aux beaux yeux bleus, très lumineux". Il est debout, en pied, drapé dans un somptueux manteau doublé d’hermine. Il tient de sa main droite la toque de velours noir ornée de plumes blanches que toute personne ayant charge à la cour doit porter, il porte l’épée à la ceinture et tient le sceptre de la main gauche. La couronne royale est posée sur un coussin à ses côtés. L’habit est peint avec virtuosité, avec un rendu tactile de la matière et une grande attention portée aux détails. Le costume d’apparat et la mise en page en légère contre-plongée confèrent au portrait un aspect imposant et majestueux et le peintre utilise habilement la lumière à l'arrière-plan afin de donner de la profondeur à la composition. De subtiles touches de lumière animent le visage du roi et donnent une expression vivante et sensible à son regard. Le peintre a placé Murat presque de face et tourné ses yeux vers le spectateur, comme pour créer un lien entre le roi et ses sujets.
Notre tableau est très certainement la première version peinte par le baron Gérard. Sa grande qualité picturale, sa force, sa virtuosité et le brio de la touche sont caractéristiques du style du baron Gérard. Une autre version existe, à notre avis d’une technique plus raide et de qualité inférieure. Mesurant 215 x 130cm, elle appartient aux descendants de Louise Murat, comtesse Rasponi, fille de Joachim Murat. Exposée au Palazzo Reale, Milan, en 1962 (n°97), cette réplique a été également présentée en 2015 dans l'exposition "Murat Re di Napoli" au Palazzo Reale (n°31) comme "D'après François Gérard". Une information importante ressort de la note du catalogue : une citation de la comtesse Rasponi décrit le tableau et précise que : « … C’est le costume sous lequel l’a représenté Gérard dans le tableau dont j’ai la copie dans mon salon rouge […] » (Souvenirs d’enfance de la comtesse Rasponi fille de Joachim Murat, 1805-1815. Publiés par le comte Jean-Baptiste Spalletti, Paris, 1929, p. 73). Cette phrase prouve que la comtesse Rasponi savait que sa famille possédait une réplique et non l’original.
Par ailleurs, le Musée du Château de Versailles conserve une petite réplique d'après notre tableau (31 x 23cm, MV 4903, INV. 4795, reproduite dans le catalogue de Claire Constans, op. cit., voir fig. 3 p. 138).
Une variante notable différencie notre tableau des deux répliques : toutes les deux présentent en effet sur la gauche de la composition un casque militaire doré et orné de plumes blanches posé sur le meuble. Or, si l’on observe attentivement notre tableau, on remarque, précisément à cet emplacement, un important repeint et l'on distingue en lumière rasante la forme du casque, ses plumes ainsi que sa base qui dépasse du meuble. Ce casque figurait donc à l'origine sur notre tableau et y est probablement toujours, masqué par un repeint, peut-être effectué par Haro à la demande de la famille, lors de la restauration de 1867.
Joachim Murat aimait se faire portraiturer dans de somptueux costumes mettant en valeur sa prestance. Le baron Gérard l’a représenté à plusieurs reprises : Joachim Murat en uniforme de hussard, tableau exposé au Salon de 1801 et conservé au musée de Versailles (voir fig. 1 p. 138), le Portrait de Murat en maréchal d'Empire, 1805 (musée de l’Armée ; voir fig. 2 p. 138). D’autres peintres l’ont également représenté, par exemple le baron Gros dans un monumental portrait équestre peint en 1812 (musée du Louvre, Paris).
Tous ces portraits attestent de la grandeur du personnage et de son goût pour l’apparat. Joachim Murat entendait véhiculer par l'image son énergie, son courage, sa puissance et sa légitimité. Il aimait aussi montrer avec faste son physique avantageux. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait fait appel aux meilleurs peintres de l’époque et surtout au plus grand d’entre eux, le baron Gérard, premier peintre de l’impératrice Joséphine depuis 1806. Gérard était sous l’Empire le peintre le plus recherché de la noblesse et des têtes couronnées. Sa gloire perdura sous la Restauration et on se rappelle la phrase d’Augustin Jal en 1829 : « Gloire à Gérard qui est baron et premier peintre du roi ! Qu’importe qu’il soit baron, il est Gérard ! Qu’importe qu’il soit le premier peintre du roi, il est le roi des premiers peintres ! ».
Nous remercions Monsieur Alain Latreille des informations qu’il nous a communiquées et de nous avoir aidés dans la rédaction de cette fiche.