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Deux secrétaires en cabinet formant paire en laque du Japon, vernis parisien, placage d'ébène et bronze doré de la fin de l’époque Louis XVI/début du XIXe siècle, l'un vers 1790, l'autre vers 1800, attribués à Adam Weisweiler et son atelier
TWO GILT-BRONZE MOUNTED EBONY, JAPANESE LACQUER AND PARISIAN LACQUER CABINETS-ON-STAND FORMING PAIR, LATE LOUIS XVI/EARLY 19TH CENTURY, ONE CIRCA 1790, THE OTHER CIRCA 1800, ATTRIBUTED TO ADAM WEISWEILER AND HIS WORSHOP
Estimate
150,000250,000
LOT SOLD. 427,500 EUR
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Deux secrétaires en cabinet formant paire en laque du Japon, vernis parisien, placage d'ébène et bronze doré de la fin de l’époque Louis XVI/début du XIXe siècle, l'un vers 1790, l'autre vers 1800, attribués à Adam Weisweiler et son atelier
TWO GILT-BRONZE MOUNTED EBONY, JAPANESE LACQUER AND PARISIAN LACQUER CABINETS-ON-STAND FORMING PAIR, LATE LOUIS XVI/EARLY 19TH CENTURY, ONE CIRCA 1790, THE OTHER CIRCA 1800, ATTRIBUTED TO ADAM WEISWEILER AND HIS WORSHOP
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150,000250,000
LOT SOLD. 427,500 EUR
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Details & Cataloguing

Collection de Monsieur Erik Le Caruyer de Beauvais

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Paris

Deux secrétaires en cabinet formant paire en laque du Japon, vernis parisien, placage d'ébène et bronze doré de la fin de l’époque Louis XVI/début du XIXe siècle, l'un vers 1790, l'autre vers 1800, attribués à Adam Weisweiler et son atelier
TWO GILT-BRONZE MOUNTED EBONY, JAPANESE LACQUER AND PARISIAN LACQUER CABINETS-ON-STAND FORMING PAIR, LATE LOUIS XVI/EARLY 19TH CENTURY, ONE CIRCA 1790, THE OTHER CIRCA 1800, ATTRIBUTED TO ADAM WEISWEILER AND HIS WORSHOP
les panneaux de laque à décor de paysages lacustres et motifs abstraits, dans un entourage d'aventurine ; la façade surmontée d'un dessus de marbre brocatelle ceint en partie d'une galerie ajourée, flanquée de colonnettes détachées, renflées et godronnées dans le bas, et ouvrant à un abattant découvrant trois casiers et quatre tiroirs, le caisson intérieur en placage de sycomore et amarante ; les côtés et la ceinture en vernis parisien à l'imitation du laque du Japon ; la ceinture ouvrant à un tiroir libéré par un bouton-poussoir, ornée de grattoirs sur les côtés, reposant sur des montants en colonne cannelée, réunis par un plateau d'entretoise en marbre brocatelle ceint en partie d'une galerie ajourée et terminés par des pieds fuselés ; (les caissons intérieurs adaptés et les façades des tiroirs partiellement replaqués en sycomore à fond tabac)
Quantity: 2
Haut. 120,5 cm et 119,5 cm, larg. 69,5 cm, prof. 34,5 cm
Height 47 1/2 in and 47 in; width 27 1/3 in; depth 13 1/2 in
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Provenance

Ancienne collection Lucien Guiraud, sa vente à Paris, les 14 et 15 juin 1956, lot 184

Literature

- P. Lemonnier, Weisweiler, Saint-Rémy-en-l'Eau, 1983 
- T. Wolvesperges, Le Meuble Français en Laque au XVIIIe Siècle, Paris, 2000

Catalogue Note

Le mobilier en laque du Japon et le rôle des marchands-merciers

Inventé sous le règne de Louis XIV, le mobilier décoré de panneaux de laque d’Extrême-Orient resta populaire tout au long du XVIIIe siècle et ce même sous le règne du néoclassicisme prônant pourtant un retour à la pureté des lignes et du décor. La mort de Lazare Duvaux en 1785 marqua la fin du goût rocaille pour la chinoiserie. Les laques du Japon furent alors privilégiées aux laques chinoises pour la sobriété de leur décor. Ces laques japonaises provenaient pour la plupart de coffrets et de cabinets, permettant d’obtenir de petits panneaux dont la composition était plus resserrée. Les laques de Chine provenaient de grands panneaux de paravent dont le décor était plus étendu, ce qui en rendait difficile le découpage en petits panneaux. Le décor chinois avait aussi été, pendant tout le règne de Louis XV, largement copié par des artisans parisiens à des niveaux de qualité divers. La qualité des laques du Japon était inimitable et exigeait les plus beaux bronzes et la plus belle ébénisterie.

L’écart se creusa alors entre les très grands ébénistes qui avaient accès à ces laques et qui bénéficiaient de commandes prestigieuses (Carlin, Weisweiler, Joseph, Saunier et Riesener) et les ébénistes intermédiaires qui étaient réduits à imiter tant bien que mal les laques japonaises. Ce mobilier était très apprécié des grands collectionneurs de l’époque néoclassique au même titre que le mobilier orné de plaques de Sèvres. Les inventaires du XVIIIe siècle ne mentionnent que deux ou trois meubles en laque du Japon dans chaque collection, montrant ainsi la préciosité et la rareté de ces meubles dès leur création. Les panneaux en laque du Japon attinrent des prix de plus en plus élevés et les meubles furent alors réalisés à commande auprès de plus importants marchands-merciers qui en firent l’une de leur spécialité comme les fils Darnaud, les fils Juliot, Poirier puis Daguerre.  

Dominique Daguerre

En 1772, Poirier s’associa avec son cousin Dominique Daguerre qui prit la direction de l'affaire en 1777. Poirier produisit du mobilier en laque dès le début de son activité ; Daguerre poursuivit cette activité lucrative et continua à travailler avec Martin Carlin (1730-1785), puis de manière plus importante avec Adam Weisweiler (1744-1820). Daguerre s’associa plus tard avec deux marchands, d’abord Francotais, puis Lignereux. Son étiquette indiquait qu’il « Tient Magafin de Porcelaines, Bronzes, Ebénisteries, Glaces, Curiosités & autres Marchandises ».
Daguerre livra à Marie-Antoinette plusieurs objets en laque du Japon et c’est lui qui prit en dépôt sa collection d’objets en laque lors des Journées d'octobre 1789. A la même époque, Daguerre ouvrit aussi à Londres un magasin à Picadilly pour fournir, par l'intermédiaire de l'architecte Henry Holland, le Prince de Galles et son entourage, incluant le duc de Bedford et le comte Spencer.

Weisweiler, Daguerre et l'Angleterre

Il existe tout un ensemble de meubles de Weisweiler réalisés avec les mêmes matériaux ce qui leur confère une esthétique commune : en effet, l'emploi récurent de panneaux en laque du Japon encadrés de laque aventurine (japonaise ou parisienne), le placage d'ébène et l'utilisation de la brocatelle d'Espagne se retrouvent sur un bon nombre de meubles, comme la paire de bas d'armoire conservée au musée du Louvre (inv. OA 10477) ou la commode à portes présentée chez Christie's à Londres, le 5 juillet 2007, lot 100. Ce précieux mobilier à forts contrastes fut élaboré à partir de 1785 et a particulièrement séduit une clientèle anglaise largement fournie par Daguerre. 

L'archétype des secrétaires en cabinet à décor de laque fut élaboré par Weisweiler en 1783, lorsqu'il conçut pour Louis XVI un secrétaire à abattant à partir des panneaux d'un coffre en laque provenant des collections de Louis XIV. Livré par Daguerre en janvier 1784 pour le cabinet intérieur du roi à Versailles, où il demeura jusqu'à la Révolution, il réapparut en vente chez Sotheby's à Londres, le 8 juillet 1993, lot 85 (ill. in P. Lemonnier, op. cit., p. 63). Outre les montants détachés, on retrouve déjà sur les tiroirs les motifs de médaillons ou "môn", repris ici par les vernisseurs parisiens.

Pour George John, Earl Spencer, 2e du nom, Daguerre livra en 1791 une commode et une paire d'encoignures par Saunier (vente Christie's à Londres, le 8 juillet 2010), ainsi qu'une paire de secrétaires estampillés de Weisweiler très similaires aux nôtres : à l'origine destinés à l'appartement du comte Spencer à Spencer House à Londres, ils sont aujourd'hui conservés au château d'Althorp, le domaine familial des Spencer dans le Northamptonshire (cf. P. Thornton and J. Hardy, « The Spencer furniture at Althorp », Apollo, octobre 1968, p. 270, fig. 15 et pl. XVII).
Selon T. Wolvesperges, ce modèle de secrétaire en cabinet par Weisweiler "résume bien l'évolution des meubles de ce type de cet ébéniste qui remplaça, à la fin des années 1780, début des années 1790, l'entretoise par une tablette d'entrejambe en marbre, ceinte d'une galerie de bronze doré. Il présente, d'autre part, une garniture de bronze doré des plus simplifiées, n'ayant plus aucune frise ni colonnette de bronze doré" (op. cit., p. 212).
Un dernier secrétaire à abattant du même modèle, orné comme les nôtres de marbre brocatelle, a figuré dans les collections Rothschild, puis dans celle de Sacha Guitry (vente Christie's à Londres, le 2 décembre 1997, lot 93, ill. in T. Wolvesperges, op. cit., p. 216, fig. 107) ; acquis par la galerie Michel Meyer, les marbres brocatelle ont alors été remplacés par des plateaux de porphyre. Il est à noter que, contrairement à ce qui est indiqué dans le catalogue édité par la galerie Meyer en 1998, les secrétaires présentés ici ne sont pas d'une exécution plus tardive que l'exemplaire Meyer.

Comme le souligne F.J.B. Watson, si l’anglomanie marqua les arts décoratifs en France durant les années 1780, on assista au phénomène inverse à la fin de la décennie, lorsque Holland et Daguerre - entre autres - contribuèrent à populariser le goût français parmi l’élite britannique (in Le Meuble Louis XVI, Paris, 1963, p.87). Un autre promoteur de ce style "English Louis XVI" – selon l’expression de Sir Hugh Roberts – fut le célèbre collectionneur William Beckford, grand amateur de laque notamment : outre une paire de cabinets en laque par Vulliamy (Elton Hall Collection), Beckford possédait également une autre paire d’un dessin plus proche des nôtres, estampillée par Saunier (vente Sotheby’s à New York, le 23 octobre 2004, lot 38).

Une fabrication dans un même atelier, celui d’Adam Weisweiler, vers 1790-1800

Nous avons vu que le modèle de secrétaires « en cabinets » avait été créé par Daguerre puisque Martin Carlin en réalisa plusieurs avant 1785 et que Weisweiler repris à son compte la fabrication de ce meuble atypique, tenant à la fois du coffre à bijoux par sa préciosité que du secrétaire à abattant par sa fonction pratique avec l’intérieur en serre-papiers et l’abattant servant de table à écrire.

Il est établi que ces meubles précieux furent très en vogue entre 1770 et 1800 et que l’attribution à Martin Carlin dans la vente de la collection Lucien Guiraud en 1956 ait été parfaitement fondée à cette date. En revanche, la livraison de Daguerre au comte Spencer en 1791 d’une paire de secrétaires quasiment identique estampillée A.Weisweiler permet d’en rendre la paternité à Weisweiler et à son atelier.

Ces deux secrétaires en cabinet présentent de très nombreux points communs (dimensions, construction, assemblages, choix des bois, épaisseur des placages, recours identiques au vernis parisiens, traces d’outils, mécanisme de retenue de l’abattant) permettant d’établir qu’ils ont été réalisés dans le même atelier parisien mais vraisemblablement pas de manière concomitante.

Celui avec l’ovale en laque du Japon à motif de palais et arbre (A) se différencie sensiblement de celui avec l’ovale orné d’un buffle sur un pont (B), sa fabrication étant vraisemblablement antérieure de quelques années.

Un examen attentif et un démontage partiel des deux meubles a permis une confrontation visuelle très instructive mettant en lumière une fabrication totalement compatible avec les techniques d’ébénisterie de la fin du XVIIIe siècle, vers 1790-1800. L’ébénisterie de B est pratiquement identique, tandis que diffèrent, et de façon très nuancée, certains éléments fournis par les sous-traitants comme les tiges filtées en acier servant au calage des montants, les ornements de bronze doré (aux motifs identiques mais avec de très légères différences deux à deux), les serrures et systèmes de déblocage des tiroirs en acier. La fermeture de l’abattant de A se fait par trois points de fixation, l’un au centre et un de chaque côté tandis que l’abattant de B se ferme par un double verrouillage horizontal à deux points.

Enfin, les quatre tiroirs intérieurs sont faits en chêne clair sur A et réalisés avec le même soin en acajou massif sur B. Toutes ces petites différences tendent à entrevoir une fabrication quelques années plus tard.

La dépose des caissons intérieurs fait apparaître dans le fond du meuble un panneau vertical en placage de citronnier moiré comme sur les secrétaires Spencer (estampillés A.Weisweiler avec une livraison attestée de Daguerre en 1791) et surtout des traces de replacage du coffrage et des façades de tiroirs en sycomore à fond tabac. Cette intervention a été réalisée postérieurement à la fabrication des deux secrétaires, probablement sur demande pour harmoniser les intérieurs à la fin du XIXe siècle. La dépose du placage sur l’une des façades d’un tiroir permet de voir qu’une fine feuille de sycomore vient recouvrir le placage ancien, en citronnier avec encadrement d’amarante et également d’en apprécier la réversibilité.

Collection de Monsieur Erik Le Caruyer de Beauvais

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