Lot 116
  • 116

Antonio Molinari

Estimate
50,000 - 80,000 EUR
Sold
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Description

  • Antonio Molinari
  • L'enlèvement d'Hélène
  • Huile sur toile
  • 139 x 149 cm ; 54 3/4 by 58 5/8 in

Catalogue Note

Notre œuvre est à rapprocher d’un tableau, très similaire, conservé à la Northampton Art Gallery (voir fig.1)[1]. Toutefois, la composition se trouve modifiée par rapport à notre tableau : Pâris est déporté à droite et l’homme au bâton à gauche. La figure d’Énée y est plus présente, tandis que dans notre œuvre, elle est reléguée au second plan. Antonio Molinari reprenait très frequemment ses compositions avec quelques variantes dans deux formats différents, l'un rectangulaire et le second carré.
Né en 1655, Molinari fit son apprentissage auprès d’Antonio Zanchi, à Venise. Fortement influencé par les peintres napolitains comme Giordano, ses œuvres révèlent une progressive adhésion aux formules baroques ainsi qu’une accentuation des effets de lumière. Malgré l’élégance que Molinari savait imprimer à la dynamique de ses figures et de l’éclaircissement de sa palette de couleurs, il est l’artiste, qui au moment du passage entre le XVIIe et le XVIIIe siècle vénitien demeura le plus fidèle à la poétique des ténébristes. Ainsi, comme l’ont écrit Donzelli et Pilo [2], « de la brutalité anatomique presque ostentatoire, au sens naturaliste, de certains détails » il parvient à libérer « le pinceau dans une souplesse et une fluidité de rythme et de couleurs gaies qui préfigurent Giovanni Antonio Pellegrini : une ouverture brillante et précoce au rococo. ».
Ainsi, la seule personnalité dont la stature puisse rivaliser avec celle de Sebastiano Ricci au moment du passage entre Seicento et Settecento est incontestablement celle de Molinari. Molinari a compris le sens profond de ce naturalisme de nature ribéresque que les ténébristes avaient introduit à Venise sous l’aspect d’un clair-obscur plus profond, rendant actuelle cette charge naturaliste, qui aux premiers temps du Settecento alimentera une mode dont le chef de file fut Giovanni Battista Piazzetta.

Jetant au ciel un regard plein de désespoir, Hélène tente un mouvement pour se dégager de l’emprise de son ravisseur, tandis que sa main droite agrippe la cape rouge de Pâris. Cet Enlèvement d’Hélène fait partie des scènes à caractère narratif et romanesque issues de l’histoire romaine ou de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans lesquelles Molinari a su le mieux déployer son talent et son vocabulaire figuratif. Parmi ces œuvres, on peut mentionner le Christ et la Femme adultère du Staatliche Kunstsammlungen de Cassel, Rébecca et Eliezer de l’Auckland City Art Gallery ou encore La mère des Gracques conservée dans une collection privée bolonaise. Ces œuvres se distinguent par leur liberté narrative, leur ton un peu mélodramatique, conjugués à des éléments figuratifs solidement construits mais déclinés avec une certaine élégance et qui se détachent de fonds architecturaux lumineux.

[1] A. Crievich, Antonio Molinari, Soncino, 2005, p. 146, fig. 85 reproduit.
[2] C. Donzelli et G. M. Pilo, I pittori del Seicento Veneto, Florence, 1967.

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