Lot 10
  • 10

Marcel Duchamp

Estimate
600,000 - 800,000 EUR
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Bidding Closed

Description

  • Marcel Duchamp
  • Traveler's Folding Item
  • signé Marcel Duchamp, porte le numéro d'édition 5/8 et daté 1964 (à l'intérieur)
  • Readymade: housse de machine à écrire en plastique Underwood
  • 23 x 45 x 18 cm; 9 x 17 3/4 x 7 in.

Provenance

Galleria Schwarz, Milan
Collection particulière, Milan
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel vers 1975

Exhibited

Mart, Rovereto, ricerche d'avanguardia nel '900 : dal futurismo a oggi attraverso le collezioni del Mart, 2007-08, reproduit dans le catalogue p. 150-51
Venise, Fondazione Prada, The small utopia: ars muliplicata, 2012, un autre exemplaire reproduit dans le catalogue no. 148 p. 104
Brescia, Museo di Santa Giulia, DADA 1916, La nascita delll’antiarte, 2017

Literature

Exhibition of Modern Art (catalogue d'exposition), New York, Bourgeois Galleries, 1916, no. 50, l'oeuvre originale
Omaggio a Marcel Duchamp (catalogue d'exposition), Milan, Galleria Schwarz, 1964, no. 11, un autre exemplaire de l'édition
Walter Hopps, Ulf Linde & Arturo Schwarz, Marcel Duchamp: Ready-mades etc. (1913-1964), Milan, 1964, no. 11, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 17
The Almost Complete Works of Marcel Duchamp (catalogue d'exposition), Londres, The Tate Gallery, 1966, no. 127, un autre exemplaire de l'édition
Arturo Schwarz, The Complete works of Marcel Duchamp, New York, 1969, no. 240, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 240
Marcel Duchamp: drawings, etchings for the large glass, readymades (catalogue d'exposition), Jérusalem, The Israel Museum 1972, un autre exemplaire de l'édition
Marcel Duchamp: 66 creative years (catalogue d'exposition), Milan, Galleria Schwarz, 1972-73, no. 70, un autre exemplaire de l'édition
Marcel Duchamp (catalogue d'exposition), Philadelphie, Philadelphia Museum of Art; New York, The Museum of Modern Art & Chicago, The Art Institute of Chicago,1973-74, no. 117, un autre exemplaire de l'édition
L'Œuvre de Marcel Duchamp (catalogue d'exposition), Paris, Musée National d'Art Moderne, Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, 1977, no. 108, un autre exemplaire de l'édition
Ulf Linde, Marcel Duchamp, Stockholm, 1986, vue de l'exposition in situ illustrée p. 55, un autre exemplaire de l'édition
Marcel Duchamp (catalogue d'exposition), Anvers, Galerie Ronny van de Velde 1991, un autre exemplaire de l'édition
Edouard Jaguer & Jean-Jacques Lebel, After Duchamp, Paris, 1991, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 157
Marcel Duchamp (catalogue d'exposition), Venise, Palazzo Grassi, 1993, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 58
Pontus Hultén, ed., Marcel Duchamp: work and life, Cambridge, 1993, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 58
Robert Lebel, Sur Marcel Duchamp, Paris, 1996, no. 13.3, le Readymade original décrit
Dawn Anes, Neil Cox & David Hopkins, Marcel Duchamp, Londres, 1999, fig. 120, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 158
Francis M. Naumann, Marcel Duchamp, The Art of Making Art in the Age of Mechanical Reproduction, New York, 1999, autres exemplaires de l'édition reproduits p. 226; fig. 8.29 et p. 246, fig. 8.70
Arturo Schwarz, The Complete works of Marcel Duchamp, New York, 2000, no. 342b, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 645
Duchamp, Man Ray, Picabia (catalogue d'exposition), Barcelone, Museu Nacional d'Art de Catalunya & Tate Modern, Londres, 2008, no. 158, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 127
Dada (catalogue d'exposition), Paris, Centre national d'art et de culture Georges Pompidou; Washington, National Gallery of Art & New York, Museum of Modern Art, 2005-06, no. 154, un autre exemplaire de l'édition reproduit p. 709

Condition

Typewriter vinyl cover. Exterior: The gold lettering is very slightly faded, revealing some minor scuffing and underlying colour of the black vinyl, all inherent to the medium and similar to other examples of the edition. There is some dust and there is a small scuff to the leather surface above the "un". The vinyl has some very minor creasing also inherent to the folding nature of the object. Interior: Please note the original plaque with the artist's name, title and number of the edition (5/8) has been lost. There are the remnants of adhesive where a plaque was formerly placed. The number 5/8 inside the cover is in another hand. This work is in very good condition.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
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Catalogue Note

TRAVELER'S FOLDING ITEM

Conçue au départ comme un readymade par Marcel Duchamp en 1916, la housse de machine à écrire Underwood intitulée Pliant de voyage n’existe plus. La présente œuvre est une rare réplique d’une édition de 8 exemplaires créée sous la supervision de Marcel Duchamp par la Galerie Schwarz en 1964 et tirée d’un modèle réduit d’une housse de machine à écrire Underwood que Duchamp avait reproduite et miniaturisée en 1940 pour l’ajouter à sa célèbre Boîte-en-valise. Quatre exemplaires de la rare série de 1964 appartiennent à des collections de musée, notamment le Centre Georges Pompidou à Paris, le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, l’Art Museum of Indiana University à Bloomington, dans l’Indiana, et le John and Mable Ringling Museum of Art à Sarasota, en Floride. Deux exemplaires supplémentaires de l’édition de readymades furent produits et réservés pour l’artiste. Deux autres furent produits pour des expositions de musée : Schwarz fit don de l’un d’entre eux au Musée d’Israël, à Jérusalem, à l’occasion de la rétrospective Duchamp en 1972, et l’autre fut donné au Museo Nazionale d’Arte Moderna, à Rome, en 1997. Une autre reproduction, dans la collection du Moderna Museet à Stockholm, fut réalisée par Ulf Linde pour la rétrospective Duchamp qui s’y tint en 1963.

La première définition du "readymade" fut publiée en 1938 dans le Dictionnaire abrégé du Surréalisme d’André Breton et Paul Éluard, affirmant que c’est "… un objet usuel promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste". Ainsi, en choisissant simplement un objet manufacturé et en le repositionnant, l’objet "trouvé" devint de l’art. Le Pliant de voyage était le quatrième readymade de Duchamp parmi les treize qu’il allait créer entre 1913 et 1923. Vinrent d’abord la Roue de bicyclette, le Porte-bouteille, et après son installation à New York en 1915, la pelle à neige portant la mention En prévision d'un bras cassé, et le Pliant de voyage en 1916. C’est à New York que Duchamp créa le terme "readymade", tiré d’une expression qui était alors courante dans l‘industrie manufacturière pour désigner le prêt-à-porter, ou "ready-to-wear clothing". Avant d’être perdu, le Pliant de voyage fut exposé seulement une fois en 1917, peut-être présenté accroché à un porte-manteau, à la Bourgeois Gallery, à New York.

La fonction d’origine du Pliant de voyage, en tant que housse de machine à écrire Underwood, fait l’objet d’une complète réappropriation. Les interprétations de cette œuvre sont multiples et les écrits nombreux. Ce qui est sûr c’est que, comme d’habitude chez Duchamp, les divers niveaux d'interprétation ne sont pas fermement établis. La housse de machine à écrire est-elle une sorte de voile, ou une jupe comme certains l’ont suggéré, avec les implications érotiques qui en découlent, invitant l’observateur à découvrir ce qui se cache en-dessous ? La façon dont le Pliant de voyage fut exposé sous la supervision de Duchamp, lors de la rétrospective légendaire de 1963 au Pasadena Art Museum, semble suggérer que c’est l’une des possibilités. Cependant, rechercher l’interprétation précise d’un readymade tel que le Pliant de voyage revient à se méprendre sur les intentions de Duchamp. Il cherchait à "…sortir de l’art" (dans Francis Roberts, "I propose to strain the laws of physics (Je propose de forcer les lois de la physique)", Art News n° 8, décembre 1968, p. 62), et son choix d’objets visait à être fondé sur une indifférence visuelle complète et sur l’absence totale de bon ou mauvais goût. En 1953, lorsqu’on interrogea Duchamp au sujet de la genèse du Pliant de voyage, il déclara : "J’ai pensé que ce serait une bonne idée d’introduire de la souplesse dans le readymade. Autrement dit, au lieu de la dureté - la porcelaine, le fer ou des choses comme ça - pourquoi ne pas utiliser quelque chose de flexible comme une nouvelle forme - une forme changeante, c’est pourquoi la housse de machine à écrire en est venue à exister." ('Entretiens avec Harriet Sidney et Caroll Janis', dans Arturo Schwarz, The Complete Works of Marcel Duchamp (L’Œuvre complète de Marcel Duchamp), New York, 1997, p. 646). Le Pliant de voyage peut sans doute être considéré comme la première sculpture molle de l’histoire de l’art. En outre, comme les autres readymades, la housse de machine à écrire Underwood semble souligner le hasard de son choix et s’impose ainsi comme une base de recherches surréalistes ultérieures de juxtapositions fortuites, telle que suggérées au départ par Isidore Ducasse (Comte de Lautréamont) dans ses Chants de Maldoror, 1869, avec sa célèbre description de "…la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie !".

Le mécanisme des readymades, avec leurs divers niveaux de sens, rend impossible toute interprétation définitive pour l’observateur. Ce sont précisément ces caractéristiques qui les rendent aussi importants dans l’histoire de l’art, et fondamentaux dans l’évolution de l’art moderne et contemporain jusqu’à aujourd’hui. Avec le readymade, Duchamp a renversé à lui seul des concepts vieux de plusieurs siècles sur le rôle de l’artiste en tant que créateur d’objets originaux faits main, tout en défiant les idées traditionnelles des beaux-arts selon lesquelles l’art doit être beau. En se situant loin de tout sens de jugement esthétique, reposant directement sur la propre interprétation de l’observateur, le readymade impose Duchamp comme l’un des fondateurs de l’art conceptuel.

Duchamp déclare d’ailleurs en 1962 dans un entretien avec Katherine Kuh : "Je ne suis pas du tout sûr que le concept de ready-made ne soit pas vraiment l'idée la plus importante qui ressorte de mon œuvre." (Cité dans, Francis M. Naumann, Marcel Duchamp, l'art à l'ère de la reproduction mécanisée, Paris, 1999, p. 293).

Nous remercions Francis Naumann pour ses conseils et son aide à la rédaction de cette note de catalogue.