- 196
Proust, Marcel
Estimate
4,000 - 6,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed
Description
- Proust, Marcel
- Lettre autographe signée à Georges de Lauris. [Peu après le 4 décembre 1911].
- ink on paper
4 p. in-12 (173 x 111 mm) sur un bifeuillet. Papier vergé.
Sur la critique contemporaine.
"Georges vous me manquez beaucoup. De vous avoir connu m’a fait trouver tout le monde bête (pas les gens que je vois, je n’en vois pas, mais ceux que je lis)." Proust énumère articles et critiques louant des auteurs qui ne le méritent pas : "Vous n’êtes pas abonné au Figaro. Vous n’avez aucune idée de ce que sont les articles de Capus. Il est vrai que si idiots qu’ils soient (un charmant où Maupassant était glorifié aux dépens de Tolstoï qui n’existait pas à côté de lui) ce sont des diamants à côté de ceux de Pierre Wolff. […] Je m’étais abonné à la [Nouvelle] Revue française pensant soulager ma bile, mais ils sont comme les autres, les frères Tharaud sont appelés grands écrivains. Cher Georges, vous allez me croire devenu envieux, méchant […] vous savez que c’est sans hostilité contre ces gens mais ils ne sont pas admirables. Cher Georges bien peu le sont. J’avoue qu’un des moins mauvais (et même très remarquable) me paraît M. Claudel […] Mais enfin c’est un écrivain." Son post-scriptum rappelle à Lauris une recherche dont il l’avait chargé : vérifier si le nom de Guermantes était libre d’utilisation pour un romancier (question déjà formulée en mai 1909).
Georges de Lauris (1876-1963) rencontre Proust en 1902, par l’intermédiaire de leur ami commun Bertrand de Salignac-Fénelon, et devient l’un de ses confidents privilégiés, avec Reynaldo Hahn, jusqu'en 1913. Ce collaborateur occasionnel du Figaro fait lire à Proust le manuscrit de son premier roman en 1908, qui lui suggère quelques corrections ; ce roman, Ginette Chatenay, qui paraît en 1910 chez Grasset, est un des premiers livres à faire allusion à Proust puisque son héroïne Ginette y lit la nuit des poèmes des Plaisirs et les Jours. En 1909, c’est au tour de Proust de soumettre à Lauris les premiers cahiers de son Contre Sainte-Beuve ; il lira avec enthousiasme les premiers états de Combray. Leur correspondance apporte de précieux renseignements sur l’avancement de l’écriture de ce qui n’est pas encore la Recherche.
Références : Kolb, X, n° 196. -- M. Naturel, "Georges de Lauris", dans Proust et ses Amis, p. 101-115.
Sur la critique contemporaine.
"Georges vous me manquez beaucoup. De vous avoir connu m’a fait trouver tout le monde bête (pas les gens que je vois, je n’en vois pas, mais ceux que je lis)." Proust énumère articles et critiques louant des auteurs qui ne le méritent pas : "Vous n’êtes pas abonné au Figaro. Vous n’avez aucune idée de ce que sont les articles de Capus. Il est vrai que si idiots qu’ils soient (un charmant où Maupassant était glorifié aux dépens de Tolstoï qui n’existait pas à côté de lui) ce sont des diamants à côté de ceux de Pierre Wolff. […] Je m’étais abonné à la [Nouvelle] Revue française pensant soulager ma bile, mais ils sont comme les autres, les frères Tharaud sont appelés grands écrivains. Cher Georges, vous allez me croire devenu envieux, méchant […] vous savez que c’est sans hostilité contre ces gens mais ils ne sont pas admirables. Cher Georges bien peu le sont. J’avoue qu’un des moins mauvais (et même très remarquable) me paraît M. Claudel […] Mais enfin c’est un écrivain." Son post-scriptum rappelle à Lauris une recherche dont il l’avait chargé : vérifier si le nom de Guermantes était libre d’utilisation pour un romancier (question déjà formulée en mai 1909).
Georges de Lauris (1876-1963) rencontre Proust en 1902, par l’intermédiaire de leur ami commun Bertrand de Salignac-Fénelon, et devient l’un de ses confidents privilégiés, avec Reynaldo Hahn, jusqu'en 1913. Ce collaborateur occasionnel du Figaro fait lire à Proust le manuscrit de son premier roman en 1908, qui lui suggère quelques corrections ; ce roman, Ginette Chatenay, qui paraît en 1910 chez Grasset, est un des premiers livres à faire allusion à Proust puisque son héroïne Ginette y lit la nuit des poèmes des Plaisirs et les Jours. En 1909, c’est au tour de Proust de soumettre à Lauris les premiers cahiers de son Contre Sainte-Beuve ; il lira avec enthousiasme les premiers états de Combray. Leur correspondance apporte de précieux renseignements sur l’avancement de l’écriture de ce qui n’est pas encore la Recherche.
Références : Kolb, X, n° 196. -- M. Naturel, "Georges de Lauris", dans Proust et ses Amis, p. 101-115.