- 183
Proust, Marcel
Estimate
8,000 - 12,000 EUR
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Description
- Proust, Marcel
- Synthèse du gothique prétentieux. [1904-1906 ?]. Dessin original.
- ink on paper
1 p. in-12 (169 x 124 mm). Papier de grand deuil. Filigrane "Ducal Crown".
Dessin gothique envoyé à Reynaldo Hahn.
Dessin intitulé "Synthèse du gothique prétentieux" (en capitales), avec 4 figures ainsi légendées :
- "La Colère de l’Enfant Reynaldo contre Binibuls (vitrail de Lyon)", avec la mention "IRA" dans le dessin et les initiales "RH" sur l’épée ;
- "Charmelit (vitrail de Lyon)" ;
- "La Folie (N.D. de Paris)" ;
- "La Prudence et son petit Serpent (N.D. de Paris)", avec les initiales "R.H." sur le personnage.
Parmi la trentaine de dessins "médiévaux" dont Proust a illustré ses lettres à Reynaldo Hahn entre 1902 et 1910, cette "Synthèse du gothique prétentieux" est des plus importants.
À cette époque, il lit abondamment L'art religieux du XIIIe siècle en France d’Émile Mâle, ouvrage fondamental dans sa formation artistique avec ceux de Ruskin qu’il lit et traduit à la même époque. Grâce à la transparence du papier qu’il utilise, comme c’est le cas de notre feuillet, Proust, décalque, en les transformant, les dessins de l’ouvrage d’Émile Mâle, principalement les vitraux dont le trait, plus simplifié, est plus aisé à copier que la photographie d’un bas-relief. Il transpose alors personnages saints et allégoriques dans une geste reynaldo-proustienne : la Colère "désespérée de ne pouvoir triompher de la Patience" d’un vitrail reproduit par Mâle devient celle de l’"Enfant Reynaldo" à l’égard de Marcel ; la Charité est remplacée par une personnification de la "Charmelit" (la Carmélite est un opéra-comique créé par Reynaldo en 1902) ; la Prudence, associée à Reynaldo par les initiales "RH de sa robe", s’oppose à la Folie.
C’est ainsi qu’après le gothique primitif, le classique, le rayonnant et le flamboyant, Proust baptise, ironiquement, sa création "gothique prétentieux" : n’était-il pas en effet prétentieux de sacraliser son histoire avec Reynaldo en la transposant dans un vitrail du Moyen-Âge ? En somme, avant les pastiches de Balzac, Flaubert ou Michelet qu’il publiera en 1908-1909 dans Le Figaro, ces dessins relèvent déjà du pastiche : pastiche des écrits d’Émile Mâle, dont il reprend les légendes, mais aussi pastiches des artisans des cathédrales du XIIIe siècle.
Séparés des lettres qui les accompagnaient, ces dessins sont souvent difficiles à dater. Proust emploie du papier à lettres portant le filigrane "Ducal Crown" entre 1904 et 1906 ; le papier de grand deuil indique que le dessin fut réalisé après la mort de son père (novembre 1903) ou de sa mère (septembre 1905).
Provenance : Autographes littéraires et historiques, Lettres de Marcel Proust [Marie Nordlinger (Drouot, 15 et 17 décembre 1958, lot 248). Après Reynaldo Hahn, sa cousine Marie Nordlinger, qui avait aidé Marcel Proust dans sa traduction de Ruskin, en hérita.
Exposition : L’Écriture et les Arts, n° 102b.
Références : Hahn, repr. p. 75. -- Album Pléiade, repr. p. 201. -- Sollers-Nave, repr. p. 87 (cf. aussi la reproduction des vitraux de Mâle). -- Greene-Szylowicz, p. 7-29. -- Speck, p. 44-57.
Voir autre reproduction p. 97.
Dessin gothique envoyé à Reynaldo Hahn.
Dessin intitulé "Synthèse du gothique prétentieux" (en capitales), avec 4 figures ainsi légendées :
- "La Colère de l’Enfant Reynaldo contre Binibuls (vitrail de Lyon)", avec la mention "IRA" dans le dessin et les initiales "RH" sur l’épée ;
- "Charmelit (vitrail de Lyon)" ;
- "La Folie (N.D. de Paris)" ;
- "La Prudence et son petit Serpent (N.D. de Paris)", avec les initiales "R.H." sur le personnage.
Parmi la trentaine de dessins "médiévaux" dont Proust a illustré ses lettres à Reynaldo Hahn entre 1902 et 1910, cette "Synthèse du gothique prétentieux" est des plus importants.
À cette époque, il lit abondamment L'art religieux du XIIIe siècle en France d’Émile Mâle, ouvrage fondamental dans sa formation artistique avec ceux de Ruskin qu’il lit et traduit à la même époque. Grâce à la transparence du papier qu’il utilise, comme c’est le cas de notre feuillet, Proust, décalque, en les transformant, les dessins de l’ouvrage d’Émile Mâle, principalement les vitraux dont le trait, plus simplifié, est plus aisé à copier que la photographie d’un bas-relief. Il transpose alors personnages saints et allégoriques dans une geste reynaldo-proustienne : la Colère "désespérée de ne pouvoir triompher de la Patience" d’un vitrail reproduit par Mâle devient celle de l’"Enfant Reynaldo" à l’égard de Marcel ; la Charité est remplacée par une personnification de la "Charmelit" (la Carmélite est un opéra-comique créé par Reynaldo en 1902) ; la Prudence, associée à Reynaldo par les initiales "RH de sa robe", s’oppose à la Folie.
C’est ainsi qu’après le gothique primitif, le classique, le rayonnant et le flamboyant, Proust baptise, ironiquement, sa création "gothique prétentieux" : n’était-il pas en effet prétentieux de sacraliser son histoire avec Reynaldo en la transposant dans un vitrail du Moyen-Âge ? En somme, avant les pastiches de Balzac, Flaubert ou Michelet qu’il publiera en 1908-1909 dans Le Figaro, ces dessins relèvent déjà du pastiche : pastiche des écrits d’Émile Mâle, dont il reprend les légendes, mais aussi pastiches des artisans des cathédrales du XIIIe siècle.
Séparés des lettres qui les accompagnaient, ces dessins sont souvent difficiles à dater. Proust emploie du papier à lettres portant le filigrane "Ducal Crown" entre 1904 et 1906 ; le papier de grand deuil indique que le dessin fut réalisé après la mort de son père (novembre 1903) ou de sa mère (septembre 1905).
Provenance : Autographes littéraires et historiques, Lettres de Marcel Proust [Marie Nordlinger (Drouot, 15 et 17 décembre 1958, lot 248). Après Reynaldo Hahn, sa cousine Marie Nordlinger, qui avait aidé Marcel Proust dans sa traduction de Ruskin, en hérita.
Exposition : L’Écriture et les Arts, n° 102b.
Références : Hahn, repr. p. 75. -- Album Pléiade, repr. p. 201. -- Sollers-Nave, repr. p. 87 (cf. aussi la reproduction des vitraux de Mâle). -- Greene-Szylowicz, p. 7-29. -- Speck, p. 44-57.
Voir autre reproduction p. 97.