Lot 146
  • 146

"La Destruction du Palais d’Armide" de la tenture des Fragments d'opéra, tapisserie d'époque Louis XV, datée 1766, manufacture des Gobelins, atelier de Cozette, d'après un carton de Charles-Antoine Coypel (1694-1752)

Estimate
35,000 - 50,000 EUR
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Description

  • wool
  • 330 x 308 cm
  • 10 3/4 x 10 ft
représentant Armide chevauchant un dragon et faisant détruire son palais par les démons ; signée COZETTE . 1766

Provenance

- Probablement ancienne collection du banquier de la Cour Nicolas Beaujon (1718-1786)
- Ancienne collection Jacques Seligmann, sa vente les 9-12 mars 1914, lot 347 (repr. ; achetée par la galerie Bernheimer à Munich)
- Ancienne collection Dr Günther Grethe, Hambourg

Literature

REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUE

Jean Vittet, Les Gobelins au siècle des Lumières - Un âge d'or de la manufacture royale, Paris, 2014, pp. 127-129

Condition

The colour match of the tapestry with the on-line image (the third one which shows most of tapestry but without outer edge) is a fairly accurate match with the colours in reality. The printed catalogue photograph is too orange and hot in hue, and the tapestry in reality is more attractive. Generally tones of brown with highlights of red, blue and yellow, and green within clothing, textiles and floral and foliate garlands. There are areas of weakness and stabilisation to the light areas, within the light flowers, some of textile areas and to the sky, and some discolouration and repairs, for example top left and right corners of sky, and to areas of sky in between rest of composition, for example to area between wing and columns lower left corner and to area to right of dragon tail and left of head of lower cupid, which is visible with the dark horizontal line of repair. There are some minor repairs within hair and faces, as terracotta or dark edging lines (see cupid lower left corner). There are some areas of reweaving, particularly visible as the light highlight areas, for example in the lower left corner around the fallen cupid and the wings surrounding his head, and to the lower steps of palace, centre foreground, small highlight to left of neck of winged figure holding column, and to the light outside of the column, and around the edge of the right hand wing of the central dragon. There is some later repair in darker. Horizontal dark lines are old fold lines and shadows caused by photography. The tapestry is a good size, in restored condition. Stable condition. With balanced colour and composition.
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Catalogue Note

La tenture des Fragments d’opéra comprenait quatre grandes tapisseries illustrant des épisodes de deux opéras tragiques de Lully et Quinault. La première illustrait une scène de Roland (1685). Les trois autres tapisseries représentaient des épisodes d'Armide (1686), opéra d'après le poème épique le plus célèbre de la Renaissance italienne, la Jérusalem délivrée du Tasse (1580).

Héroïne de la Jérusalem délivrée, Armide est une magicienne “sarrasine”, fille de Hidraot, roi de Damas, envoyée pour capturer les plus grands paladins croisés et tuer le chevalier chrétien Renaud. Elle tombe amoureuse de lui et l’ensorcelle en l’enfermant dans un jardin fabuleux. Dans la version de l’opéra de Lully, quand Renaud est délivré et recouvre la mémoire en se voyant dans un miroir, Armide comprend qu’il ne l’aimait que sous la contrainte de ses sortilèges. Elle tente alors d'étouffer sa passion, mais celle-ci ne fait qu'augmenter. Sous le coup du chagrin et du ressentiment, Armide détruit le palais onirique qu’elle avait créé pour ses amours avec Renaud.

Entre 1733 et 1741, le peintre Charles-Antoine Coypel exécuta à la demande de la manufacture des Gobelins les cartons devant servir de modèles à la tenture, dont en 1737 La Destruction du Palais d’Armide. Selon Jean Vittet, "pour ce projet, Coypel mit au point une nouvelle méthode de travail , qu'il fera approuver par le roi en 1746, consistant à exécuter, pour chaque tapisserie, un tableau de chevalet parfaitement fini, puis son agrandissement destiné au tissage" (op. cit. p. 127). L'esquisse de la Destruction est récemment réapparue sur le marché de l'art (vente Christie's à Londres, le 3 juillet 2012, lot 57).

Six tentures des Fragments furent tissées tout au long du XVIIIe siècleaux Gobelins sur demande de la Couronne. Furent également exécutées quatre commandes privées, tissées sans bordure pour pouvoir être intégrées dans des boiseries : parmi ces commanditaires figurent le duc des Deux-Ponts, la duchesse de Mazarin, le fermier général Marquet de Peire et enfin le banquier Nicolas Beaujon (J. Vittet, op. cit. p. 129). Ce dernier s'adressa aux Gobelins vers 1767, spécifiant sans doute un format particulier, presque carré : la villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat conserve en effet un Sommeil de Renaud de dimensions similaires qui provient très probablement aussi de la tenture commandée par Beaujon( ill. in Régis Vian des Rives et al., La Villa Ephrussi de Rothschild, Paris, 2002, p. 41).

Le succès de la tenture des Fragments d'opéra réalisée par les Gobelins incita la manufacture de Beauvais à produire une série sur le même sujet, dont les cartons furent commandés en 1752 au peintre François Boucher (1703-1770).