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Details & Cataloguing

De Magritte à Indiana : une collection italienne / From Magritte to Indiana : an Italian collection

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Paris

René Magritte
1898 - 1967
LES ADIEUX
signé Magritte (en haut à gauche)
huile sur toile
50 x 59,8 cm ; 19 5/8 x 23 1/2 in.
Peint en 1943.
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L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par le Comité René Magritte. 

Provenance

C. Goemens, Bruxelles
Robert Finck, Bruxelles
Collection particulière, Modène
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel

Exhibited

Bruxelles, Galerie Dietrich, Exposition René Magritte, 1944 (possiblement)
Verviers, Société Royale des Beaux-Arts de Verviers, René Magritte, 1947, no. 12
Bruxelles, Galerie Robert Finck, Exposition de peinture belge moderne, 1961, no. 42, reproduit dans le catalogue
Ferrare, Gallerie Civiche d'Arte Moderna, Palazzo dei Diamanti, René Magritte, 1986, no. 18

Literature

René Magritte, La Destination, Lettres à Marcel Mariën, 1977, Bruxelles, no. 61, mentionné p. 65
Harry Torczyner, rené magritte signes et images, Paris, 1982, no. 385, reproduit p. 188
David Sylvester, René Magritte. Catalogue raisonné. Vol. II Oil paintings and Objects 1931-1948, Anvers, 1993, no. 540, reproduit p. 322

Catalogue Note

signed 'Magritte' (upper left); oil on canvas. Painted in 1943.

The English translation of this note follows the French


Notice de catalogue

"Les rouges se mettent à chanter, les jaunes d’or, les violets profonds, les jades, les saphirs, c’est un éblouissement de tons qui éclatent, se mêlent en bouquets de feu. Les belles filles nues, les oiseaux multicolores les forêts libres et les jolies fleurs brillent. Comme la technique des impressionnistes servait ses desseins, Magritte tout naturellement l’emprunte."
Louis Scutenaire

Au printemps 1943, la peinture mystérieuse de Magritte cède le pas à une nouvelle manière de peindre, reprenant les techniques et les canons de l’impressionnisme. Ainsi que le détaille Louis Scutenaire dans sa préface pour l’exposition René Magritte aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique en 1988, "La période qui va de 1940 à 1946 est celle du plein soleil. […] C’est à proprement parler un défi : à partir d’images de joie, obtenir l’effet bouleversant jusque-là réservé aux images terribles ou sobres, et de la sorte affirmer le droit que l’homme a de donner au monde le sens qu’il désire. Les rouges se mettent à chanter, les jaunes d’or, les violets profonds, les jades, les saphirs, c’est un éblouissement de tons qui éclatent, se mêlent en bouquets de feu. Les belles filles nues, les oiseaux multicolores les forêts libres et les jolies fleurs brillent. Comme la technique des impressionnistes servait ses desseins, Magritte tout naturellement l’emprunte. Que l’on ne néglige pas la dramatique de pareille volonté de grâce et de plaisir en un temps où l’horreur triomphait."

Les Adieux sont l’incarnation de ce nouveau style : aux tonalités denses des œuvres de la guerre succèdent des tableaux aux couleurs vives et lumineuses tandis que la technique lisse et soignée de Magritte fait place à une touche plus libre, plus enlevée, tournoyante à la manière de Renoir. Les sources d’inspiration de Magritte sont également en pleine mutation et le sujet des Adieux, mettant en scène un homme en canotier assis dans l’herbe, semble tout droit puiser son inspiration dans les grandes compositions des maîtres impressionnistes. Ce revirement plastique, Magritte l’explique lui-même par le désir d’échapper à l’atmosphère étouffante de l’Occupation : "Depuis le début de cette guerre, je désire vivement une efficacité poétique nouvelle qui nous apporterait le charme et le plaisir. Je laisse à d’autres le soin de s’inquiéter, de terroriser et de continuer à tout confondre" (lettre adressée à Pol Bury, 1945).

Les Adieux mettent ainsi en évidence les recherches menées par Magritte à partir de 1943 sur la lumière et l’intensité des couleurs. Le peintre s’attache en priorité à rendre en peinture la lumière solaire car, pour reprendre ses mots, "il ne faut pas craindre la lumière du soleil sous prétexte qu’elle n’a presque toujours servi qu’à éclairer un monde misérable. Sous des traits nouveaux et charmants, les sirènes, les portes, les fantômes, les dieux, les arbres, tous ces objets de l’esprit seront restitués à la vie intense des lumières vives dans l’isolement de l’univers mental." En s’inscrivant dans la lignée des grands maîtres impressionnistes, c’est non seulement à la joie de vivre que le peintre belge cherche à rendre hommage, mais encore plus à la liberté fondamentale de l’artiste : "Sans l’impressionnisme on ne connaîtrait pas, je crois, ce sentiment des choses réelles qui perçoit des couleurs, des nuances, et qui est débarrassé de tout souvenir classique. Le public n’a jamais aimé les impressionnistes, quoi qu’il y paraisse, il voit toujours ces tableaux avec un œil soumis à l’analyse du cerveau – sinon, il faudrait admettre que la liberté court les rues."

Catalogue note

“The reds start to sing, the yellow golds, the deep purples, the jades, the sapphires, it is a bedazzlement of tones that burst, mingle into bouquets of fire. The beautiful naked girls, the multi-coloured birds, the free forests and their pretty sparkling flowers. As the impressionist’s technique served his intent, Magritte naturally borrowed it.”

Louis Scutenaire, 1988

 

TEXT

 

In the spring of 1943, Magritte’s mysterious style gave way to a new manner of painting, using the techniques and canons of impressionism. As Louis Scutenaire described in his foreword to the René Magritte exhibition at the Musées Royaux des Beaux-Arts of Belgium in 1988, “The period that goes from 1940 to 1946 is that of full sunlight (…) It is strictly speaking a challenge: from images of joy, to obtain a disturbing effect reserved until then for terrible and sombre images, and in this way affirm man’s right to give the world the meaning he desires. The reds start to sing, the yellow golds, the deep purples, the jades, the sapphires, it is a bedazzlement of tones that burst, mingle into bouquets of fire. The beautiful naked girls, the multi-coloured birds, the free forests and their pretty sparkling flowers. As the impressionist’s technique served his intent, Magritte naturally borrowed it. We must not underestimate the drama of such a will for grace and pleasure in a time when horror triumphed.”

 

Les Adieux are the incarnation of this new style: after the dense tonalities of the war followed brightly coloured, luminous paintings whilst Magritte’s smooth and refined style was replaced by freer, stronger brushstrokes, whirling in a fashion similar to Renoir’s. Magritte’s sources of inspiration were also in full mutation and the subject of Les Adieux, depicting a man with a boater sitting in the grass, seems to have been directly inspired by the works of the impressionist masters. Magritte explained this artistic turnaround himself as part of the desire to escape the suffocating atmosphere of the Occupation: “Since the beginning of this war, I strongly desire a new poetic efficacy which would bring us charm and pleasure. I leave to others the task of worrying, terrorising and continuing to mix everything up.” (Letter written to Pol Bury, 1945).

 

Les Adieux thus highlight Magritte’s research since 1943 on light and the intensity of colours. The painter endeavoured above all to render sunlight in painting as, in his words; “one must not fear the light of the sun under the pretext that it has almost always served to light a miserable world. Under new and charming traits, mermaids, doors, ghosts, gods, trees, all these objects of the mind are brought back to the intense life of bright lights in the isolation of the mental universe.” By following the example of the great impressionist masters, the Belgian painter paid tribute not only to the joy of life but even more to the artist’s fundamental freedom: “Without Impressionism we would not know, I believe, that feeling of real things which detects colours, nuances, and which is rid of all classical memory. The public has never liked the impressionists, whatever it may seem, it always sees these paintings with a gaze subjected to the analysis of the brain – if not, it would have to admit that freedom runs wild in the streets.”



De Magritte à Indiana : une collection italienne / From Magritte to Indiana : an Italian collection

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