Lot 88
  • 88

[Ferrières, Henri de]

Estimate
70,000 - 100,000 EUR
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Description

  • Sensuyt Le livre du roy Modus & de la royne Racio qui parle du deduit de la chasse a toutes bestes sauuaiges co[m]me cerfz: biches: dai[m]s: chevreulx: lievres: sangliers: loups: regnardz: et loutres Avec le stille de Fauconnerie: Et aussi les subtitlitez darcherie: contena[n]t plusieurs manieres pour pre[n]dre toutes sortes doyseaux: ta[n]t a la raitz a la tonnelle que a la pipee: & aultres nouuelles choses trouuees pour les prendre. Paris, en la rue sainct Jacques a l’enseigne de la Rose blanche couronnée [Philippe Le Noir], 1er mars 1526.
  • ink on paper and leather
Petit in-4 gothique (173 x 120 mm) de 4 ff.n.ch. et 94 ff. (A-V8, AA-BB8, CC6 ; 34 lignes). Maroquin rouge, dos à nerfs, bordure intérieure ornée d’une guirlande avec filets et pointillés, filet sur les coupes, tranches dorées (G. Rykers).
Exemplaire lavé, un peu court en tête ; quelques pâles rousseurs ; petite réparation au dernier feuillet.


Rarissime édition du premier livre imprimé traitant de la chasse.



Connue à cinq ou six exemplaires seulement, elle a été exécutée par Philippe Le Noir avec les mêmes caractères que ceux employés par Jehan Trepperel pour son édition non datée, publiée entre 1525 et 1529 (cf. Thiébaud, 396).



Il s’agit vraisemblablement de la troisième édition du grand traité que l’on s’accorde à attribuer à Henri de Ferrières (1354-1377), membre de l’une des plus anciennes familles de Normandie.



C’est, dit Thiébaud, « le plus ancien ouvrage imprimé traitant exclusivement de la chasse. (…) Il comprend deux parties bien distinctes, le Livre des deduits, c’est-à-dire le Livre de chasse, et le Songe de Pestilence, qui est une sorte de traité de morale ».



Orné de belles figures gravées sur bois et tirées dans le texte.



Cette illustration, formée en grande partie de figures imprimées à mi-page, ne reprend pas les gravures insérées dans les précédentes éditions : entièrement nouvelle, elle se compose de 45 figures – quelques-une répétées plusieurs fois – montrant presque toutes des scènes de chasse ou des animaux.



Un petit bois représentant des fauconniers et une belle lettrine ornée sont imprimés sur le titre rouge et noir ; des initiales historiées complètent l’ornementation.



Exemplaire Schwerdt, comportant une variante dans l’illustration.



Le grand bibliophile de la chasse possédait deux exemplaires du Modus de 1526 : l’un, relié par Trautz, avait appartenu au comte de Fresne ; l’autre, celui que l’on présente ici, fut acquis après la publication du catalogue de la collection Schwerdt et figurait, avec son jumeau, dans la cinquième vente Christie’s (cat. 1946, lot n° 1793). Le rédacteur du catalogue affirmait : « The same edition as the preceding Lot, but with a different woodcut on O. 1. Recto ».



Le feuillet O1 r° présente en effet, dans cet exemplaire, un bois montrant une scène de chasse au sanglier (répété sept fois) qui appartient avec certitude au matériel typographique de Philippe Le Noir : on le retrouve notamment sur le titre des Menus propos de la Mère Sotte de Pierre Gringore imprimés par Le Noir en 1535. Or, trois autres exemplaires au moins de cette édition – le premier acquis par Schwerdt, toujours en mains privées, un autre exemplaire fixé dans une collection particulière et celui conservé au Musée de la Chasse et de la Nature (Paris)  – contiennent, au même emplacement, une figure montrant un loup s’attaquant à un cadavre de brebis (une image plus adaptée au texte de ce feuillet que le bois du sanglier). En revanche, il n’y a aucune différence en ce qui concerne le verso du même feuillet, orné d’une figure représentant un cheval qui s’observe dans un miroir.



Le bois du cheval, tout comme celui imprimé au recto du feuillet R1 – un personnage jouant de la harpe au bord d’un lac, un cygne, des montagnes – avaient déjà paru en 1521 dans l’édition des Menus propos de Gringore publiée par G. Couteau. Ils font partie d’une suite remarquablement dessinée et gravée par Gabriel Salmon, en partie reprise par Philippe Le Noir dans son édition des Menus propos publiée le 25 octobre 1525. Quant au bois du sanglier forcé, on le retrouve sur le titre des Épitres d’Ovide traduites par Octavien de Saint-Gelais (Paris, 20 février 1525) qui, de toute évidence, sortent des ateliers de Philippe Le Noir (cf. Important books and manuscripts from the library of Jean A. Bonna, cat. Christie’s London, 16 juin 2015, n° 27).



Il régnait certainement un heureux climat de fantaisie et d’improvisation dans la boutique de Philippe Le Noir, qui faisait feu de tout bois. La qualité, la variété et l’éclectisme de l’illustration de ce Modus témoignent de la vitalité d’un marché parisien du livre illustré alors en pleine effervescence.



Provenance : Comte de Beaufort (ex-libris armorié). – Schwerdt, cat. 1946, n° 1793 (ex-libris).



Références : Brunet, Suppl., I, 1044. – Brigitte Moreau, 1526, n° 1069. – Tilander, I, p. LVIII, n° 5. – Thiébaud, 399-400. – Souhart, 629. – Schwerdt, II, 31. – Harting, p. 65. – Pas dans Huzard. – Manquait à Jeanson. – Lallemant, lxxii. – Bechtel, R-222.