Lot 62
  • 62

Paravent à cinq feuilles en moquette de la Savonnerie, seconde moitié du XVIIe siècle

Estimate
80,000 - 120,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Haut. 164,5 cm, larg. (une feuille) 64,5 cm
  • Height 64 3/4 in; width (folder) 25 1/2 in
chaque panneau représentant un vaste bouquet de fleurs et feuillages sur fond sombre, issu d'une base carrée

Provenance

Provenance: Ancienne collection Maurice Fenaille (1855 – 1937)

Literature

Références bibliographiques:

P. Verlet, The James Rothschild Collection at Waddesdon Manor, The Savonnerie, Londres, 1982, p. 28

Condition

Illustration is quite accurate. Very rare example of Savonnerie screen from the second half of the 17th century. There are some restorations in different areas: some late 19th century reweaving with dark brown and orange discoloration. Some needle work restorations in places. The red velvet of the edges and the back is extensively worn and torn. Nevertheless as said rare screen from a prestigious collection in overall fair condition with expected inevitable restorations.
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Catalogue Note

Notre paravent est un rare exemple du XVIIe siècle parvenu jusqu’à nous. Ceux du XVIIIe siècle, ornés de fables ou de scènes d’après Oudry et de Blain de Fontenay, sont plus connus. Les techniques de la Savonnerie, perfectionnées lors des deux grands projets de tapis de la Grande Galerie et de la Galerie d’Apollon du Louvre, permirent un décor extrêmement raffiné. Ce type de décor fut tissé non pas durant le règne de Louis XVIII mais entre sa mort en 1643 et l’accession au trône de Louis XIV en 1661. Le 4 janvier 1608, Henri IV encourage la production française de tapis en allouant un atelier sous la Grande Galerie du Louvre à Pierre Dupont, tapissier ordinaire en tapis de Turquie à la façon du Levant (voir P. Verlet, The James Rothschild Collection at Waddesdon Manor, The Savonnerie, Londres, 1982, p. 28). Simon Lourdet, l’un des apprentis de Dupont, sut très vite gagner son indépendance et la reine Marie de Medicis lui permit de créer son atelier dans une ancienne manufacture de savon, la savonnerie de Chaillot, situé à l’emplacement de l’actuel palais de Tokyo. Un partenariat fut signé entre Lourdet et Dupont. Le 23 janvier 1631, tous deux reçoivent le brevet royal pour l’établissement de la manufacture, confirmé ultérieurement le 5 septembre 1626, afin de partager les profits et les dépenses des deux ateliers. Ils produisirent ainsi des tapis très similaires jusqu’en 1644. Aucune archive n’a subsisté permettant de différencier leur production. L’atelier de Chaillot adopte le nœud turc et édicte peu à peu sa propre technique. Comme on le voit sur ce paravent, tous les dix rangs elle utilise des fils de dizaine bleu typique de la Savonnerie, ce qui, il est nécessaire de le rappeler, ne constitue pas un critère de provenance, mais un repère qui permet de vérifier l’avancement du travail. Les ouvriers sont  payés au pro rata de cet avancement, c'est-à-dire à la dizaine selon l’expression utilisée à la Savonnerie. Les tapis conservés au musée du Louvre ou au Metropolitan Museum dans la collection Wrightsman, pour ne citer qu’eux, sont de parfaits exemples de cette production.

 

Le décor de fleurs et feuillages sur fond sombre, traité avec la plus grande précision digne d’un botaniste, est typique du XVIIe siècle et s’inspire librement des œuvres mogholes. Ce décor est un des thèmes favoris des ornemanistes de cette période. Parmi les grands ornemanistes, citons Geroges Baussonnet qui créa plusieurs dessins pour la couronne entre 1593 et 1636 et Androuet du Cerceau qui grava de nombreuses planches avec la mention « fleurs à la persienne ».  

 

Le XVIIe siècle était une grande époque de faste et de raffinement dans la cour moghole sous le règne de Jahangir (1605-1627) comme le montre le dessin sur papier, vers 1645 aux motifs floraux d’un réalisme très raffiné. Deux tapis moghols, exposés au Metropolitan Museum de New York en 1998 lors de l’exposition Flowers Underfoot, illustrent ces liens également. Ce décor de semis de fleurs à l’orientale se répand dans toute l’Europe et le Rijksmuseum conserve un tapis de table brodé au petit point du début du XVIIe siècle dont on ne sait s’il fut exécuté en France, en Angleterre ou en Hollande. Notons d’ailleurs que Dupont était connu aussi comme brodeur.

 

La dynastie des entrepreneurs Lourdet est responsable de la Savonnerie tout au long du XVIIe siècle et livrera conjointement avec Dupont les fameux tapis pour Louis XIV destinés à la galerie d’Apollon et la Grande Galerie. L’inventaire après décès de Simon Lourdet nous montre aussi une autre facette de la production de la Savonnerie : elle tissait aussi de très nombreux tableaux de paysages, des natures mortes, le fameux tableau de Louis XIII et sa famille, des formes c'est-à-dire des garnitures de banquettes, des chevets de lit au dessein à la fleur et des ouvrages servant à couvrir cassettes et layettes. « Quatre feuilles de paravent à bouquets de fleurs » sont mentionnées pour le château de Saint-Cloud dans l’inventaire du duc d’Orléans, époux d’Henriette-Anne d’Angleterre.

 

Maurice Fenaille (1855-1937)

Une pièce aussi exceptionnelle que notre paravent ne pouvait figurer que dans une des collections de tapisseries les plus réputées dans tout le monde comme celle de Maurice Fenaille. Riche industriel, mécène et philanthrope, il pris la direction de l’entreprise familiale Fenaille et Despeaux spécialisée dans l’industrie pétrolière. Il fut un généreux donateur auprès des musées français, mais aussi un mécène qui passa des commandes auprès de grands artistes contemporains.

Fenaille finança aussi de nombreuses recherches en histoire de l’art, plus particulièrement dans l’histoire de la tapisserie et celle de la gravure. Très lié à Jules Guiffrey, directeur des Gobelins de 1893-1908, il sut acquérir les plus belles tapisseries, dont des tentures de Beauvais d’après Boucher (Amours des Dieux et Fragments d’Opéra), des scènes de chasses de la même manufacture d’après Van der Meulen, des verdures de Paris et de Flandres du XVIIe siècle, des tapisseries armoriées espagnoles et des tapisseries au petit point du XVIe siècle. Il légua d’ailleurs certaines de ses tapisseries aux Gobelins. Il rédigea aussi pendant vingt ans une étude sur la production des Gobelins qui fait toujours référence aujourd’hui.