Lot 7
  • 7

Statue, Luba, République Démocratique du Congo

Estimate
180,000 - 250,000 EUR
Sold
415,500 EUR
bidding is closed

Description

  • Luba
  • Statue
  • wood

Provenance

Merton Simpson (1928-2013), New York
Collection Nancy et Richard Bloch, Santa Fe
Collection Morris Pinto (1925-2009), Paris
Collection privée, USA
Sotheby's, New York, African and Oceanic Art from a Private Collection, 25 mai 1999, n° 231
Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, acquis lors de cette vente

Catalogue Note

LA STATUE DU MAÎTRE DE MULONGO
Par François Neyt

Empreinte d’une sérénité impressionnante et d’une rare perception du réel, cette statue féminine Luba transcende le temps tout en inscrivant son être dans le présent. Ces deux traits, sculptés de manière éblouissante, reflètent les signes de sa fonction reliant la voûte du ciel à la terre, la lune à la fécondité de la nature, les ancêtres à l’enfant qui va naître. Mère nourricière, elle fait advenir une vie nouvelle sans intermédiaire.

Le Maître-sculpteur de Mulongo

Dans sa quête d’une beauté formelle, la statue féminine en posture debout est d’une rigueur et d’une harmonie totales. Le volume du visage, si proche de la perfection d’une œuvre de Brancusi, développe sous un front ample et bombé des yeux ouverts en amande, dont la pupille est délicatement mise en évidence par les paupières et les arcades sourcilières en arc de cercle. L’être féminin surréel est là, infiniment présent, les yeux fixés sur la création. Le nez raffiné, la bouche aux lèvres entrouvertes et le pavillon curviligne des oreilles ponctuent ce visage aux traits épurés. Les isométries des volumes dont les bras donnent la mesure de base - le cube -, confèrent à la sculpture une stabilité et un élancement inattendu.

A travers elle se distingue la vision d’un artiste au talent hautement individuel : le Maître de Mulongo, dont l’atelier est localisé dans la région septentrionale de la dépression de l’Upemba. Le corpus de ses œuvres reflète son étonnante créativité : les célèbres appuis-tête du British Museum (inv. n° Af 1956.27.270, cf. Hales et Conru, W. O. Oldman : The Remarkable Collector, 2016, p. 30) et du National Museum of African Art (Smithsonian Institution, Washington, inv. n° 86-12-14, collecté en 1875), tous deux composés de deux figures féminines côte à côte, se tenant par un bras posé sur le dos, tandis que l’autre, replié vers l’avant, soutient délicatement, paume de la main ouverte, la tablette supérieure de l’appui-tête ; deux sceptres d’autorité d’un grand raffinement faisant éclater sa superbe maîtrise technique; et deux porteuses de coupe : l’une offerte en 1900 par le roi Leopold II de Belgique à l’American Museum of Natural History de New York (inv. n° 90/02423 a-b), l’autre, prodigieuse, conservée au Museu Carlos Machado, Ponta, Delgada (Açores ; inv. n° 256). Dans cette œuvre, deux enfants entourent la femme-devin qui, jambes tendues présente de ses mains ouvertes une coupe sphérique, en forme de calebasse. Celle-ci est surmontée d’un nouveau-né, couché sur un couvercle de forme carrée. Un enfant plus grand et debout grimpe sur la cuisse de sa mère tétant le sein gauche d’une main et de l’autre posant la main sur la coupe de divination. La maternité physique de la mère s’unit à son mystère sacré et à la divination. Cette coupe offre une belle explicitation de la statue cultuelle étudiée ici.

Asymétrie des gestes et scarifications

Généralement, la figure féminine Luba, omniprésente dans la sculpture, pose les mains près des seins, soulignant sa fonction nourricière et son importance dans la culture. De façon surprenante, le Maître-sculpteur de Mulongo la présente de façon asymétrique. Elle serre résolument son sein droit d’une main tendue vers l’avant, accentuant par-là de façon plus réaliste encore son identité nourricière4. C’est une posture quasi unique chez les Luba. Dans un geste très rare chez les Luba, le bras gauche se replie avec beaucoup de finesse vers l’épaule. La main aux doigts effilés est posée sur le bord de l’omoplate dans un geste de retenue et d’identité. 

La zone ombilicale est délicatement mise en relief. Elle est « la clef du monde » ornée de scarifications en petits losanges dessinant des motifs de neuf losanges juxtaposés en des ensembles qui se diffusent jusqu’aux reins et remontent entre les seins. Le losange est-il un motif codé de la lune rencontrant la terre, source de fécondité ?

La coiffure quadrilobée et sa médecine

Fixé par une fine rainure en bois, le diadème raffiné portant la coiffure quadrilobée est décoré de rangées de chevrons verticaux. Très soignée, la chevelure présente des tresses horizontales décorées de triangles saillants passant au-dessus de deux nattes verticales. L’orifice intérieur des coiffures bombées contient encore des ingrédients thérapeutiques et magiques. Jadis, selon des récits mythologiques, les princes hemba, leurs voisins septentrionaux, portaient dans leur coiffure les graines conservées des récoltes. Après les courtes migrations de la saison sèche, celles-ci étaient plantées. Sous les tresses, des éléments thérapeutiques et magiques pouvaient aussi être conservés.

Qu’elle soit en posture fléchie, assise jambes tendues ou debout, la représentation féminine Luba, emblème d’autorité, relève de la plus haute spiritualité. Omniprésente dans l’art, elle préside au culte, à la divination, à la politique, à la vie quotidienne, à ce qui touche la vie et la mort. Le Maître-sculpteur de Mulongo lui rendit, à travers la virtuosité de ses créations, l’hommage le plus éloquent, comme en témoigne sublimement la statue cultuelle de la Collection Viviane de Witt.

THE STATUE FROM THE MASTER-SCULPTOR OF MULONGO
by François Neyt

Infused with an impressive serenity and a rare perception of reality, this female Luba figure transcends time whilst existing very much in the present. These two features, stunningly sculpted, reflect her role as the link between the heavens and earth, the moon and the fecundity of nature, the ancestors and the unborn child. As the nurturing mother, she creates new life with no intermediary.

The Master Sculptor of Mulongo

This standing female figure is both rigorous and perfectly harmonious in the quest for formal beauty. The volume of the face, approaching the perfection found in the works of Brancusi, extends from underneath a broad forehead and open, almond-shaped eyes, the pupils of which are delicately highlighted by the eyelids and arch of the eyebrows. The surreal female being is present, infinitely real, her eyes fixed on creation. The refined nose, the mouth with the very slightly parted lips and the curved auricles of the ears adorn the pared down lines of the face. The isometric volumes, with the arms as their basic unit - a cube -, lend the sculpture both stability and an unexpected slenderness.

The vision of a singular talent is striking in this figure: the Master of Mulongo, whose workshop was located in the northern region of the Upemba depression. His body of work reflects his amazing creativity: the famous headrests of the British Museum (inv No. Af 1956.27.270; see Hales and Conru, W. O. Oldman: the Remarkable Collector, 2016, p. 30) and the National Museum of African Art (Smithsonian Institution, Washington, inv No. 86-12-14, collected in 1875), both composed of two female figures side by side, supporting their back with one arm while the other, pushed forward, gently supports the top of the headrest in its palm; two sceptres, symbols of authority of great refinement which showcase his superb technical mastery ; two cup-bearers - one offered by King Leopold II of Belgium to the American Museum of Natural History of New York in 1900 (inv No ab 90/02423), and another, still more prestigious, preserved in the Museu Carlos Machado, Ponta Delgada, Azores (inv No. 256). In this work, two children surround the female oracle who, legs stretched, offers with her hands a spherical cup in the form of a gourd, crowned with the form of a new-born baby, lying on a square lid. A taller, upright child climbs onto the thigh of his mother, suckling her left breast with one hand, placing the other on the divination cup. Thus, the physical maternity of the mother blends with her sacred mystery and divination. This cup provides a fine contextual analysis for the cult statue under consideration here.

Asymmetry in the gestures and scarification

Generally, the Luba female form, ubiquitous in Luba sculpture, lays her hands near her breasts, to highlight both her nurturing role and the importance of women in Luba culture. Exceptionally, the Master Sculptor of Mulongo has chosen to present her asymmetrically. She resolutely clamps her right breast with her hand and thrusts it forward, accentuating even more realistically her role as "nurturer"[iv]. This is an almost unique position in Luba statuary. In another rare pose in Luba statuary, the left arm is folded with great finesse to the shoulder. The hand, with its slender fingers, is placed on the edge of the shoulder blade in a gesture of identity and reserve.

The umbilical region is delicately highlighted. It is "the key to the world" decorated with small diamond-shaped scarification patterns to create a larger pattern of nine diamonds in mixed groups, which spread around the kidneys and back, and between the breasts. Could the diamond forms be a coded representation of the moon meeting the earth, the source of fertility?

The quatrefoil coiffure and its medicinal treatments

Attached by a thin wooden groove, the refined tiara holding the quatrefoil coiffure in place is decorated with rows of vertical chevrons. Very carefully detailed, the hair has horizontal braids decorated with prominent triangles passing over two vertical plaits. The hollow interior of the bulging hairstyles still contains therapeutic and magical ingredients. Formerly, according to local mythology, the Hemba princes, their northern neighbours, stored seeds from their crops within their hair. Following the short migrations of the dry season, they would be planted. Beneath the braids, therapeutic and magical elements could also be stored.

Whatever the posture - flexed, seated with outstretched legs or standing tall - the Luba female representation, an emblem of authority, is imbued with the highest spirituality. Omnipresent in art, she presides over worship, divination, politics, daily life, and matters relative to life and death. The Master Sculptor of Mulongo, through the virtuosity of his creations, pays her the most eloquent homage, as is sublimely shown in this cult statue from the Viviane de Witt collection.

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