Lot 14
  • 14

Figure de reliquaire, Kota Mahongwe, Gabon

Estimate
300,000 - 400,000 EUR
Sold
415,500 EUR
bidding is closed

Description

  • Kota Mahongwe
  • Figure de reliquaire
  • wood

Provenance

Collection privée, aurait été acquis in situ avant 1926
Collection Nourhan Manoukian, Paris
Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur, Hôtel Drouot, Paris, 26 avril 1985, n° 81
Alain de Monbrison, Paris
Collection André Schoeller (1930-2015), Paris
Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, acquis en 1991

Catalogue Note

Impressionnante par son ampleur et la virtuosité de sa facture, la figure de reliquaire de la Collection Viviane de Witt témoigne magistralement de la réinvention de la figure humaine par les maîtres sculpteurs Mahongwe. « Les Kota-Mahongwe ont poussé à l’extrême les principes sculpturaux de leurs voisins Kota. L’abstraction de leurs figures funéraires est tout à fait prodigieuse» (Perrois in Arts d’Afrique Noire, n° 20, 1976, p. 36). 

Le corpus des figures de reliquaire Mahongwe demeurées complètes est extrêmement restreint et se résume presque exclusivement aux œuvres collectées avant-guerre, comme ici. Parmi elles figurent les deux premiers témoins historiques - l'un conservé au Museum für Völkerkunde de Berlin (inv. n° III C 1088, acquis in situ en 1874 par Oscar Lenz), l'autre au musée du quai Branly-Jacques Chirac (inv. n° M4 86.77.2), acquis vers 1880 lors de la Mission Pierre Savorgnan de Brazza - puis notamment l'effigie de l’ancienne collection Charles Ratton, comptant parmi les chefs-d’œuvre du Musée Dapper (inv. n° 0620) ou encore celle de la collection van Bussel (Etude Jutheau, Collection van Bussel, 25 juin 1996, n° 11 et couverture). L'essentiel du corpus regroupe les figures plus ou moins fragmentaires, redécouvertes fortuitement dans les années 1960, notamment par Jacques Kerchache (cf. Kerchache, Les M’boueti des Mahongwe, Gabon, 1967). Dans les années 1930-1940, les missionnaires catholiques s’étaient en effet efforcés « d’éradiquer dans la région de l’Indivo un culte des ancêtres lié, leur avait-il semblé, aux pratiques de sorcellerie. Ils brûlèrent, enfouirent dans des puits ou encore jetèrent dans les rivières, un grand nombre d’effigies ancestrales, symboles honnis de la tradition » (Perrois, in Sotheby’s, Paris, 3 décembre 2009, n° 100). 

La mise à jour de ces sites dans les années 1960 permit de préciser tant l'attribution de ces effigies - dont l'allure de serpent naja fascina les avant-gardes - que leur typologie. Localisés au nord-est du Gabon, dans la région de Mékambo, les Kota-Mahongwe honoraient les ancêtres du Bwete à travers ces effigies boho-na-Bwete (« visages de l'ancêtre Bwete ») - « réinterprétations quasi-cubistes de figures d’ancêtre [nés de] la vision onirique des défunts à l’occasion de certains épisodes de transes des rites initiatiques » (Perrois, Kota, 2012, p. 146). Leur dimension indiquait le statut de l'ancêtre. Ici, l'ampleur remarquable de la tête révèle que l'effigie de la Collection Viviane de Witt évoquait l'esprit d'un chef de lignage. Lors du culte des ancêtres du Bweti, chaque "grande" tête était associée à plusieurs autres de "petite" dimension - beaucoup plus nombreuses dans les collections - figurant des notables moins importants mais alliés (cf. Perrois, Arts du Gabon, 1979, p. 128). 

« De forme classique foliacée, le visage stylisé répond ici à une vision extrême de la transposition du réel dans l’art africain. La composition sculpturale, conçue dans un espace bidimensionnel excluant le recours au relief et au modelé, ne gardait de la réalité visuelle que quelques repères tels que les yeux et le nez, utilisant comme décor de fines lamelles finement juxtaposées au recto et les plaques, gravées au repoussé de motifs symboliques au verso » (Louis Perrois, communication personnelle, octobre 2016). A travers cet exercice de maîtrise des formes et de la matière, le génie de l’artiste s’illustre dans la tension harmonieuse des courbes, accentuée par le mouvement des fines lamelles de laiton et, au dos, dans l'élaboration abstraite du décor, individualisant l'ancêtre et accordant à l’effigie un surplus de valeur symbolique. Par son admirable virtuosité, l'artiste est parvenu à imposer la majestueuse présence de l'ancêtre.

Kota Mahongwe reliquary figure, Gabon

Awe-inspiring in its scope and in the virtuosity of its construction, the offered figure from the Viviane de Witt Collection is an impressive example of the manner in which Mahongwe master sculptors reinvented the human figure. "The Kota-Mahongwe took the sculptural principles of the neighbouring Kota to their extreme. The abstraction of their funerary figures is quite prodigious" (Perrois in Arts d’Afrique Noire, No. 20, 1976, p. 36). 

The corpus of intact Mahongwe reliquary figures is extremely small and comes down almost exclusively to works which, like the offered example, were collected before World War Two. This group includes the first two recorded reliquary figures to have been found - one in the Museum für Völkerkunde, Berlin (inv. no. III C 1088, acquired in situ in 1874 by Oscar Lenz), and another in the musée du quai Branly-Jacques Chirac (inv. no. M4 86.77.2), acquired in 1880 during the mission led by Pierre Savorgnan de Brazza. Closely related to the offered lot are the example formerly in the collection of Charles Ratton, which is amongst the masterpieces of the musée Dapper (inv. no. 0620), and another example formerly in the van Bussel collection (Etude Jutheau, Collection van Bussel, 25 June 1996, lot 11 and cover). In the 1930-40s, Catholic missionaries tried "to eradicate, in the Indivo region, the ancestor cult that seemed to them to be associated with witchcraft. As hated symbols of tradition, they burned, buried at the bottom of wells, or even threw into rivers many ancestor effigies" (Perrois, in Sotheby's, Paris, 3 December 2009, lot 100).

The unearthing of these sites in the 1960s made it possible not only to give a more precise attribution to the figures - whose cobra-like aspect fascinated the avant-garde - but also to clarify their typology. Located in the North-East of Gabon, in the Mekambo region, the Kota-Mahongwe honoured the Bwete ancestors through these boho-na-Bwete effigies ("faces of the Bwete ancestor"), "quasi-cubist reinterpretations of ancestor figures [born of] the dreamlike vision of the deceased in episodes of trance experienced during initiation rites" (Perrois, Kota, 2012, p. 146). Their size was a mark of the ancestor's status. Here the remarkable scale of the head suggests that the effigy from the Viviane de Witt Collection evoked the spirit of a lineage head. During the cult of the Bweti ancestors every "big" head was associated with several other "small" ones, which are much more common in collections, which depict lesser notables who were nonetheless allies. (cf. Perrois, Arts du Gabon, 1979, p. 128). 

"With its classic leaf-like shape, the stylized face presented here reflects an extreme view of the transposition of reality in African art. The sculptural composition, designed in two-dimensional space without recourse to relief or modelling, retained only a few key elements from visual reality, such as the eyes and nose, using fine strips intricately juxtaposed on the front, and plates with engraved or repoussé symbolic motifs on the back" (Louis Perrois, personal communication, October 2016). In this masterful display of the use of form and materials, the artist’s genius shines in the harmonious tension of the curves, accentuated by the motion of the fine brass strips, and, on the back, by the abstract motifs, which help to individualise the ancestor and give the effigy an added symbolic power. Thanks to his incredible virtuosity, the artist has managed to establish the commanding presence of the ancestor.

 

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