Lot 11
  • 11

Masque, Kwele, République du Congo/Gabon

Estimate
300,000 - 400,000 EUR
Sold
391,500 EUR
bidding is closed

Description

  • Kwele
  • Masque
  • wood

Provenance

Probablement acquis par Aristide Courtois ca. 1920
Collection Monsieur et Madame Georges Oltay, Nice
Collection André Fourquet (1928-2001), Paris, acquis ca. 1970
Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, acquis en 1996 avec l'assistance de Daniel Hourdé

Catalogue Note

AU COEUR DES ARTS D'AFRIQUE
Par Louis Perrois

Ce masque, qu'André Fourquet, éminent connaisseur des arts du Gabon, considérait comme l'un des plus importants de sa collection, était présenté dans son bureau en regard du très exceptionnel masque Kwele à six yeux de l'ancienne collection Charles Lapicque, aujourd'hui conservé au musée du quai Branly-Jacques Chirac (inv. n° 70.2004.1.1 ; cf. Musée du quai Branly. La Collection, 2009, n° 26). Sa beauté épurée inspira l'entête du papier à lettres qu'André Fourquet utilisa une ultime fois lorsque ce masque entra dans la Collection Viviane de Witt, pour en écrire l'histoire et le commentaire.

Chez les Kwele du Nord-Congo (appelés localement Bekwyel ou Bekwil), les masques anthropo-zoomorphes dont le visage humain est entouré par de grandes cornes arquées, relèvent d’une variante stylistique maintenant bien identifiée, dite « à cornes enveloppantes ». Les Kwele constituent une branche méridionale des Ndjem du Cameroun oriental. Installés au XIXe siècle en deux groupes - l’un au nord-est du Gabon (vers Bélinga) et l’autre au nord du Congo vers Souanké et Sembé - ils sont très proches des divers groupes Kota (Mahongwe, Shamaye, Bakota), partageant avec eux maints aspects de leurs coutumes et initiations. Tous les objets cultuels, taillés dans un bois assez léger, étaient des emblèmes de notabilité de la société initiatique du beete (dont le terme est très proche de bwete, qui désigne le culte des ancêtres chez les Kota du nord). Le beete regroupait les notables et les guerriers, dont les rites permettaient de mobiliser les forces magiques de la communauté en vue de résoudre des situations de crise, de conjurer un danger ou de favoriser la vie collective du village, en particulier la chasse au filet. La possession des masques était très importante, notamment dans les processus sociopolitiques de prise du pouvoir, à la mort des chefs. Ici, la patine d'usage au revers du masque témoigne de sa manipulation lors de ces cérémonies. Les objets du beete étaient conservés dans une hutte servant de lieu secret de réunion aux initiés, seuls quelques masques étant effectivement utilisés pour les danses (masques pipibudzè et gong). 

L’association de symboles - évoquant d’une part un ancêtre tutélaire (dont le visage très stylisé se résume à une face creusée « en cœur », blanchie de kaolin, et aux grands yeux étirés en amande vers les tempes, déterminant un regard énigmatique et sévère) et d’autre part un esprit de la forêt ékuk (antilope ou gorille) - renforçait la puissance du masque.

Les longues cornes arquées, surgissant du haut du front, forment un cimier qui évoquait probablement les cornes de l’antilope bongo (Boocercus euryceros, appelée communément « antilope cheval »), animal souverain de la grande forêt équatoriale, autrefois abondant dans cette région giboyeuse - donc un puissant ékuk. La structure « foliacée » du visage, stylisé selon une forme en amande d’une rare épaisseur, avec un front et un menton triangulaires, est formée d’un entrelacs subtil de lignes courbes et droites, d’aplats et de plans de rupture mettant en valeur le creux cupulaire de la face « en cœur », au même titre que les pigments utilisés - enduits noir de charbon de bois, rouge de graines de rocouyer ou de poudre d’ocre et blanc de kaolin. Cette forme, si caractéristique, se retrouve sur un ensemble d’œuvres bien connues par ailleurs : le masque « à cornes enveloppantes » du Metropolitan Museum of Art (inv. n° 1979.206.8) ; le masque de même structure du Museo Pigorini de Rome (publié par E. Bassani dans Scultura Africana nei Musei Italiani, 1977, p. 59 n° 259) ; celui du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, ex- Musée de l’Homme (inv. n° 36.18.15). 

L’amplitude et l’allongement des cornes du masque de la Collection Viviane de Witt, traité d’une façon majestueuse, semble correspondre à l’intention du sculpteur de renforcer la puissance magique de la représentation. Cette dernière tenait tant d'un effet visuel direct (car le masque, si beau soit-il à nos yeux, devait faire peur, non seulement aux villageois profanes mais aussi aux sorciers et autres adeptes de pratiques occultes) que dans sa clairvoyance divinatoire - la couleur blanche étant le symbole du don de divination de l’entité mythique venue du monde des défunts. 

AT THE HEART OF AFRICAN ARTS
By Louis Perrois

This mask, which André Fourquet, eminent connoisseur of the arts from Gabon, regarded as one of the most important of his collection, was displayed in his office next to the exceptional six-eyed Kwele mask of the former Charles Lapicque collection, now found in the collection of the quai Branly-Jacques Chirac museum (inv No. 70.2004.1.1; cf. Musée du quai Branly. La Collection, 2009, No. 26.). The horned mask’s simple beauty inspired his personal letterhead, which André Fourquet used one final time to write the history and a commentary of the mask when it entered the Viviane de Witt Collection.

Among the Kwele in Northeast Congo (known locally as Bekwyel or Bekwil), these anthropo-zoomorphic masks, in which the human face is surrounded by large curved horns are part of a now clearly-identified stylistic variant known as "framing horns". The Kwele constitute a southern branch of the Ndjem of East Cameroon. Having settled in the nineteenth century into two groups - one in north-eastern Gabon (near Belinga) and the other in northern Congo around Souanké and Sembé - they are very close to various other Kota groups (such as the Mahongwe, Shamaye, and Bakota), sharing with them many aspects of their rites and customs. All religious objects, carved in a fairly light wood, were emblems of rank in the ritual society of the beete (whose term is very close to Bwete, the name of the ancestor-worship cult of northern Kotans). The beete gathered the leaders and warriors, whose rituals enabled the mobilization of the magical forces of the community to resolve a crisis, to avert danger or to promote collective village life, in particular the practice of hunting with nets. Possession of the masks was very important, especially during the socio-political processes engaged in to seize power upon the death of a leader. Here, the patina on the back of the mask bears witness to its handling during such ceremonies. The objects of the beete were kept in a hut, which served as a secret meeting place for the initiates, with only a few masks being actually used for dancing (pipibudzè and gong masks).

The combination of symbols - evoking on the one hand, a guardian ancestor (a highly stylized, recessed, "heart-shaped" face, bleached with kaolin, with large almond-shaped eyes drawn towards the temples, lending it an appearance that is both enigmatic and severe) and, on the other, the ekuk spirit of the forest (an antelope or gorilla) - reinforced the power of the mask.

The long arched horns, rising from the top of the forehead, form a crest that probably took inspiration from the horns of the Bongo antelope (Boocercus euryceros, commonly called the "horse antelope"), the supreme animal of the great equatorial forest, and once abundant in this region full of game – and therefore a powerful ekuk. The "leaf-like" structure of the face, styled into an exceptionally thick almond shape, with triangular forehead and chin, takes shape in an intricate assemblage of curves and straight lines, flat tints and ruptured planes that showcase the recessed chalice of the heart-shaped face, as well as the pigments used - black coats of charcoal, red from achiote seeds or powdered ochre and kaolinite white. This very characteristic form is found in many other well-known works: the mask with "framing horns" kept in the Metropolitan Museum of Art; (inv No. 1979.206.8.), a similarly-structured mask at the Museo Pigorini in Rome (published by E. Bassani in Scultura Africana nei Musei Italiani, 1977 59 No. 259.); and the one kept in the quai Branly-Jacques Chirac museum, formerly at the Musée de l’Homme (inv. No. 36.18.15).

The amplitude and elongation of the horns of this mask from the Viviane de Witt Collection, treated in such a magnificent way, appears to show the sculptor’s intention to enhance the magical power of the representation. This power sprang as much from a direct visual effect (because the mask, as beautiful as it appears to us, had to inspire fear, not only in the profane villagers, but also in sorcerers and other disciples of occult practices) as from its divine clairvoyance - the colour white being the symbol of the gift of divination from the mythical entity returned from the realm of the dead.

 

Close