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PROVENANT D'UNE PRESTIGIEUSE COLLECTION FRANÇAISE

André Masson
L'OISEAU MORT
JUMP TO LOT
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PROVENANT D'UNE PRESTIGIEUSE COLLECTION FRANÇAISE

André Masson
L'OISEAU MORT
JUMP TO LOT

Details & Cataloguing

Art Impressionniste et Moderne / Impressionist & Modern Art

|
Paris

André Masson
1896 - 1987
L'OISEAU MORT
signé andré masson (au dos)
huile sur toile
73,3 x 54,5 cm ; 28 7/8 x 21 1/2 in.
Peint en 1925.
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Provenance

Galerie Louise Leiris, Paris (anciennement galerie Simon), no. 10609
André Breton, Paris
Curt Valentin Gallery, New York
Joseph Slifka, New York
H. Odermatt - Ph Cazeau, Paris
Vente : Sotheby's, Londres, 29 novembre 1989, lot 218
Peby Guisez, Paris
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel

Exhibited

New York, Buchholz Gallery, André Masson: Examples of his Works from 1922-1945, 1947, no. 6
Hanovre, Kestner-Gesellschaft; Cologne, Wallraf Richartz Museum; Mannheim, Galerie Rudolf Probst & Düsseldorf, Kunstsammlungen, André Masson: gemälde, zeichnungen, 1955, no. 4 (sous le titre Der tote Vogel)
New York, The Museum of Modern Art; Houston, Museum of Fine Arts & Paris, Galeries nationales du Grand Palais, André Masson, 1976-77, no. 11, reproduit dans le catalogue p. 18 (sous le titre The Dead Bird)
Paris, Galerie H. Odermatt - Ph. Cazeau, André Masson, œuvres maîtresses, 1990-91, no. 7, reproduit dans le catalogue p. 25
Paris, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, André Breton, La beauté convulsive, 1991, reproduit dans le catalogue p. 251
Canberra, National Gallery of Australia,; Brisbane, Queensland Art Gallery & Sydney, Art Gallery of New South Wales, Surrealism, Revolution by Night, no. 195, reproduit p. 24
Madrid, Museo Nacional de Arte Reina Sofia, André Masson (1896-1987), 2004, reproduit dans le catalogue p. 83
Künzelsau, André Masson, A Mythology of Nature, 2004-05, reproduit dans le catalogue p. 38

Literature

Arturo Schwarz, I Surrealisti, Milan, 1969 & 1989, no. 145, reproduit p. 166 (sous le titre The Dead Bird)
'André Masson vom Automatismus zur Allegorie', Kunstforum International, janvier-février 1987, reproduit p. 124
Carl Einstein, Ethnologie de l'Art Moderne, Marseille, 1993, reproduit p. 41
William S. Rubin, Art dada et surréaliste, Paris, 1976, no. 145, reproduit p. 169
Dawn Ades, André Masson, 1994, no. 27, reproduit
Gérard Durozoi, Histoire du mouvement surréaliste, Paris, 1997 & 2004, reproduit p. 111
Guite Masson, Martin Masson & Catherine Lœwer, André Masson, Catalogue raisonné de l'œuvre peint 1919-1941, vol. I, Paris, 2010, no. 1925*30, reproduit p. 293

Catalogue Note

signed 'andré masson' (on the reverse); oil on canvas. Painted in 1925


The English translation of this note follows the French


Notice de catalogue

"La peinture d’André Masson n’a cessé de procéder de ces phénomènes de germination et d’éclosion saisis à l’instant où la feuille et l’aile, qui commencent à peine à se déplier, se parent du plus troublant, du plus éphémère, du plus magique des lustres." (André Breton in Le Surréalisme et la peinture, 1928).

Peinte en pleine fièvre de la définition du Surréalisme (le premier Manifeste du Surréalisme parait en 1924 ; 1925 voit paraitre le premier numéro de La Révolution surréaliste), L’Oiseau mort est une de ses œuvres aussi fondamentale que cruciale.

Réalisées à une année d’intervalle, Les quatre Eléments (oeuvre de 1924 aujourd’hui conservée au Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris) et L’Oiseau mort (1925) suivent la même trajectoire : provenant de la Galerie Simon dirigée par Kahnweiler, ces deux toiles firent partie de la collection d’André Breton.

Si la structure des compositions est comparable et si la récurrence du motif alentour de la main scelle comme le destin initial de ces œuvres, quelque chose – au-delà du sujet – les distingue. A quelques mois d’écart, l’on sent bien que Masson a fait une expérience déterminante : celle du dessin automatique (en 1925, plusieurs de ces dessins - dont l’un s’intitule La Naissance des oiseaux - paraissent dans La Révolution surréaliste).

Avec Miró et Max Ernst (dans une moindre mesure), rappelons que Masson fait partie des pionniers de la peinture surréaliste qui se nourrissent du cubisme. Ce cubisme, c’est celui de Picasso, Braque et Juan Gris que Masson fréquente chez Kahnweiler aux dimanches à Boulogne. Dans l’ordonnance générale de L’Oiseau mort, dans l’encadrement ponctué par les trois mains qui désignent - en même temps qu’elles jouent - le cœur du drame, cette conception purement rythmique de l’espace est encore lisible.

En 1924-1925, au beau milieu de cette architecture, l’automatisme fait irruption. L’Oiseau mort porte très bien l’empreinte de ce réseau de repères sous-jacents dérivés du dessin automatique à partir desquels Masson détermine le sujet de sa toile. Il en résulte que la syntaxe cubiste rémanente finit par épouser la morphologie de la poétique de l’association libre. Aussi, est-ce dans une œuvre de la maitrise et de la majesté de L’Oiseau mort qu’il nous nous semble que Masson parvient, de manière particulièrement précoce, au dénouement de la dialectique : cubisme versus lyrisme de l’imaginaire (stimulé par l’expérience automatique).

Au-delà de ce dualisme ponctuel et décisif, la dualité a cours au niveau de l’iconographie : la mort le dispute à la vie, la guerre à la paix, la violence à l’amour. Lorsqu’il n’est pas plus animal que lui, l’homme est le prédateur de la bête. L’Oiseau mort est le réceptacle par excellence de ces antagonismes où le peintre se mesure à des questions plus fondamentales que la peinture elle-même. Avant même Breton, Kahnweiler l’avait pressenti et compris : "L’univers de Masson n’était pas un univers de formes, comme celui des cubistes, mais un univers de forces…. Les cubistes vivaient dans un Eden dont ils avaient banni le malheur et la mort. Le monde d’André Masson est secoué par des passions violentes. C’est un monde où les hommes naissent et meurent, où ils connaissent la soif et la faim, l’amour et la guerre… Cette peinture tragique, qui ne demeure étrangère à rien qui soit humain, est véritablement la peinture d’une génération qui, alors même qu’elle aspire à l’exaltation dionysienne de Nietsche, tremble de Weltangst".


Catalogue note

Andre Masson’s painting has never ceased drawing on the phenomena of germination and hatching caught at the moment when the leaf or the wing, which has scarcely begun to unfold, attire themselves in the most troubling, the most ephemeral, the most magic of lusters.” (Andre Breton in Le Surrealisme et la peinture, 1928).

Painted in the full fever of the definition of Surrealism (the first manifesto of Surrealism was published in 1924; 1925 saw the publication of the first issue of La Revolution Surrealiste), L’Oiseau mort (The Dead Bird) is one of his most fundamental, indeed crucial works.

Painted a year later, Les quatre elements (The Four Elements) (a work from 1924 now kept at the Musee national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris) and L’Oiseau mort (1925) are very similar in both style and composition; originating from the Galerie Simon directed by Kahnweiler, these two canvases were part of Andre Breton’s collection.

If their compositions are of a similar structure and the recurrence of the hand around the edges of each painting seals their initial destiny, something – beyond the subject – distinguishes them. Within the gap of a few months, we can feel that Masson underwent the determining experience of automatic drawing (in 1925, several of these drawings – including one entitled La Naissance des oiseaux (The Birth of Birds) – appear in La Revolution surrealiste).

With Miró and Max Ernst (in a lesser fashion), it is important to remember that Masson was one of the pioneers of surrealist painting which grew out of Cubism. This is the Cubism of Picasso, Braque and Juan Gris whom Masson frequently met at Kahnweiler’s house on Sundays in Boulogne. This purely rhythmical conception of space is still visible in the general layout of L’Oiseau mort, in the framing interspersed by the three hands that point to the heart of the drama as they play.

In 1924-25, automatism erupts into the middle of this architecture. L’Oiseau mort well bears the imprint of this network of underlying references derived from automatic drawing from which Masson determined the subject of his canvas. This results in the residual cubist syntax embracing the morphology of the poetry of free association. Thus, it is in a work as masterful and majestic as L’Oiseau mort that Masson seems to achieve, in a particularly innovative manner, the outcome of the dialectic between cubism and imaginary lyricism (stimulated by the experience of automatic drawing).

Above and beyond this one-off and decisive dualism, there is also a duality in the iconography of the painting, between death, the fight for life, war and peace, violence and love. When man is not more of a beast than the animal, he is its predator. L’Oiseau mort is the perfect receptacle for these antagonisms where the painter tackles questions more fundamental than painting itself. Even before Breton, Kahnweiler had felt and understood this: “Masson’s universe was not one of forms, like that of the Cubists, but a universe of forces ... The Cubists lived in an Eden from which they had banished unhappiness and death. Andre Masson’s world is shaken by violent passions. It is a world where men are born and die, where they know hunger and thirst, love and war... This tragic painting, which remains familiar with all that is human, is truly the painting of a generation which as it aspires to the Dionysian exaltation of Nietzsche, trembles with Weltangst”.

Art Impressionniste et Moderne / Impressionist & Modern Art

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