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Rhénanie, Mayence, vers 1410-1420 Important ensemble de cinq reliefs figurant chacun deux Apôtres
Estimate
300,000 - 500,000 EUR
bidding is closed
Description
- Important ensemble de cinq reliefs figurant chacun deux Apôtres
- en grès jaune des Vosges
- Chaque relief 82 x 118 x 23 cm; 32 1/3 by 46 1/2 by 9 in.
Literature
M. Woelk, Bildwerke vom 9. bis zum 16. Jahrhundert aus Stein, Holz und Ton im Hessischen Landesmuseum Darmstadt, Berlin, 1999, p. 164-166, n° 24; R. Suckale, Schöne Madonnen am Rhein, cat. exp., Landesmuseum Bonn, 2009, p. 70 et 79, cat. 21.; M. Maek-Gérard, Liebieghaus Museum alter Plastik, t. III, Die deutschsprachigen Länder ca. 1380-1530/40, Melsungen, 1985, p. 175-178, n° 77
Condition
These five reliefs are fantastically carved in hard sand stone, with fine modelling of the physionomies and the drapery. The reliefs are in good overall condition with some weathering and surface erosion of the stone due to outside exposure. A thourough expertise has been established by Dr. Michael Grandmontagne,
which is available on request in a separate catalogue.
As can be seen on the photographs, there is some surface dirt as well as chips and lacks of stone at several places. Each relief has some lacks to the finials and foliage works as well as to the edges of the architectural framing. The reliefs vary slightly in colour due to differences in outside exposure.
The sides of each relief are chamfered to form an octagonal architectural element once assembled (the sixth relief supposedly missing), forming presumably a pulpit. There are four rectangular fixing holes on the backside of each relief, as well as two old drilling holes to the underside of each relief, which is decorated with grotesque animals sculpted in the round.
Relief 1:
St John: finger tips of his proper right hand are missing and his nose is damaged. Some erosion to the head of the eagle and minor damages to the drapery.
St Matthew: a few minor lacks and chips to the drapery.
Relief 2:
The Apostle on the left: his proper right hand and forearm are missing and his beard is damaged.
St Jack: his proper right hand and forearm are missing and the lower part of his stick as well.
Relief 3
St Barthelemy: to the left: a dent to his nose; erosion to the left side of his lower dress, with some lacks, as well as to the grotesque animal under his feet.
Saint Matthieu: some erosion to his face, and a few lacks to the lower right edge of the architectural framing.
Relief 4:
St Peter: his proper right hand and forearm are missing.
St Paul: his left hand and forearm are missing. The edge of the lower right corner of the relief is damaged.
Relief 5: as can be discerned from the photograph this relief had a horizontal fracture which has been restored and one Apostle's head missing. There are lacks to both edges and elements of the architectural framing missing.
A stone analysis has been established by Annie Blanc determining the provenance of the stone to the quaries of Volksberg, canton Drulingen/ near Sucht available on request.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
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Catalogue Note
Cet ensemble de cinq reliefs représentant le collège apostolique ornait vraisemblablement le registre supérieur d'un jubé, mur transversal séparant la nef du choeur. Ils devaient constituer la chair du jubé, surplombant l'assemblée des fidèles, d'où s'effectuaient les prêches et lectures des évangiles prônés par un nouveau courant théologique émergeant dans le bassin rhénan au début du XIVe siècle, autour de personnalités telles que Maître Eckhart et Henri Suso. Le jubé, véritable mur d'images et support liturgique, était ainsi abondamment orné de sujets propices à la communion spirituelle.
Chaque relief représente deux apôtres se détachant en quasi ronde bosse sous des arcades gothiques, ornées de fleurons et d'un pinacle fleurie, surmontée de baies géminées et d'une frise de feuilles d'acanthe. Les apôtres, certains désignés par leur attribut distinctif ou de petits personnages, tiennent debout sur des consoles sculptés de créatures fantastiques, accréditant un point de vue en contreplongée. Le premier relief réunit Jean, désigné par l'aigle et le pied du calice, aujourd'hui disparu, qu'il tenait de la main gauche, et Matthieu déployant un phylactère et accompagné de l'ange sous la dictée duquel il rédigea ses évangiles. Le second représente un apôtre non identifié, qui semble tenir un livre et un rouleau, et Jacques le Majeur équipé de son bâton et de sa besace. Sur le troisième figurent Barthélémy, tenant un livre et le couteau de son martyre, et Matthias également désigné par l'instrument de son sacrifice: la hache. Pierre, reconnaissable à son prognathisme marqué et au livre qu'il tient, et Paul, au front dégarni comme il est de coutume de le représenter et armé de son épée, occupent le quatrième relief. Enfin, Thaddée tenant sa massue, accompagné de Philippe et sa croix, ou peut être Thomas et son équerre, occupent le cinquième et dernier relief. Des douze apôtres, les deux manquants sont probablement André et Jacques le Mineur.
Cet ensemble cohérent, visiblement issu d'un même atelier, offre une vision harmonieuse et une iconographie mûrement réfléchie où les physionomies, bien que répondant aux impératifs stylistiques de l'époque, se distinguent les unes des autres, individualisant chaque saint, lui accordant une identité propre, un supplément de personnalité. Ainsi, Jean, réputé être le plus beau des apôtres, arborer un sourire juvénile sur son visage imberbe, et une certaine bonhommie se dégage du visage replet de Pierre. Un type physique commun aux dix saints dessine une silhouette trapue, aux têtes solidement ancrées dans des épaules presque sans cous et aux courtes jambes. Les visages ronds, développés tout en largeur, la robustesse des corps ainsi que le traitement en cascade des plis des drapés, évoquent un autre Apôtre, réalisé entre 1390 et 1410, au Liebighaus de Francfort (inv. n° 586, voir R. Suckale, 2009, n° 21, reproduit ci-dessous), et un second, malheureusement partiellement mutilé, conservé au Landesmuseum de Darmstadt (inv. n° Pl 10:10). Les apôtres de Francfort et de Darmstadt sont probablement originaires d'Eltville en Rheingau et sont attribués à l'entourage du Maître de la Madone Carmélite. Ce dernier est l'auteur de la Vierge dite de la Korbgasse de Mayence, réalisée entre 1395 et 1405 (Landesmuseum, inv. n° S 3097, voir M. Woelk, Berlin, 1999, n° 24). Une autre Vierge, datant autour de 1400 et provenant de la Betzgasse de Mayence (Cologne, Schnütgen Museum, inv. n° K256) présente une même silhouette mêlant une étonnante combinaison de robustesse et de grâce. Légèrement antérieurs à nos apôtres, ces remarquables exemples de l’art rhénan vers 1400, retracent le fil chronologique de la genèse à l’épanouissement du gothique international, ou Weicher Stil, dans lequel s'inscrivent les reliefs que nous présentons.
Dans son analyse du support, Annie Blanc indique que le grès jaune d'un grain fort dans lequel ont été sculptés ces reliefs est une version dure du grès de Trias originaire des Vosges. Ce grès proviendrait d'une carrière à Volksberg, dans le Bas -Rhin, canton de Drulingen, près de la frontière avec l’Allemagne et de la ville de Soucht. Il a aussi été utilisé pour les restaurations de la cathédrale de Spyre. Un grès à grain plus régulier, et donc plus prévisible à travailler, était aisément disponible dans le bassin rhénan et donc largement employé par les sculpteurs sur pierre des XIVe et XVe siècles. Il est donc probable que le choix d'un grès à grain plus fort ait été le fruit d'un choix délibéré et non d'une quelconque contrainte géographique.
Chaque relief représente deux apôtres se détachant en quasi ronde bosse sous des arcades gothiques, ornées de fleurons et d'un pinacle fleurie, surmontée de baies géminées et d'une frise de feuilles d'acanthe. Les apôtres, certains désignés par leur attribut distinctif ou de petits personnages, tiennent debout sur des consoles sculptés de créatures fantastiques, accréditant un point de vue en contreplongée. Le premier relief réunit Jean, désigné par l'aigle et le pied du calice, aujourd'hui disparu, qu'il tenait de la main gauche, et Matthieu déployant un phylactère et accompagné de l'ange sous la dictée duquel il rédigea ses évangiles. Le second représente un apôtre non identifié, qui semble tenir un livre et un rouleau, et Jacques le Majeur équipé de son bâton et de sa besace. Sur le troisième figurent Barthélémy, tenant un livre et le couteau de son martyre, et Matthias également désigné par l'instrument de son sacrifice: la hache. Pierre, reconnaissable à son prognathisme marqué et au livre qu'il tient, et Paul, au front dégarni comme il est de coutume de le représenter et armé de son épée, occupent le quatrième relief. Enfin, Thaddée tenant sa massue, accompagné de Philippe et sa croix, ou peut être Thomas et son équerre, occupent le cinquième et dernier relief. Des douze apôtres, les deux manquants sont probablement André et Jacques le Mineur.
Cet ensemble cohérent, visiblement issu d'un même atelier, offre une vision harmonieuse et une iconographie mûrement réfléchie où les physionomies, bien que répondant aux impératifs stylistiques de l'époque, se distinguent les unes des autres, individualisant chaque saint, lui accordant une identité propre, un supplément de personnalité. Ainsi, Jean, réputé être le plus beau des apôtres, arborer un sourire juvénile sur son visage imberbe, et une certaine bonhommie se dégage du visage replet de Pierre. Un type physique commun aux dix saints dessine une silhouette trapue, aux têtes solidement ancrées dans des épaules presque sans cous et aux courtes jambes. Les visages ronds, développés tout en largeur, la robustesse des corps ainsi que le traitement en cascade des plis des drapés, évoquent un autre Apôtre, réalisé entre 1390 et 1410, au Liebighaus de Francfort (inv. n° 586, voir R. Suckale, 2009, n° 21, reproduit ci-dessous), et un second, malheureusement partiellement mutilé, conservé au Landesmuseum de Darmstadt (inv. n° Pl 10:10). Les apôtres de Francfort et de Darmstadt sont probablement originaires d'Eltville en Rheingau et sont attribués à l'entourage du Maître de la Madone Carmélite. Ce dernier est l'auteur de la Vierge dite de la Korbgasse de Mayence, réalisée entre 1395 et 1405 (Landesmuseum, inv. n° S 3097, voir M. Woelk, Berlin, 1999, n° 24). Une autre Vierge, datant autour de 1400 et provenant de la Betzgasse de Mayence (Cologne, Schnütgen Museum, inv. n° K256) présente une même silhouette mêlant une étonnante combinaison de robustesse et de grâce. Légèrement antérieurs à nos apôtres, ces remarquables exemples de l’art rhénan vers 1400, retracent le fil chronologique de la genèse à l’épanouissement du gothique international, ou Weicher Stil, dans lequel s'inscrivent les reliefs que nous présentons.
Dans son analyse du support, Annie Blanc indique que le grès jaune d'un grain fort dans lequel ont été sculptés ces reliefs est une version dure du grès de Trias originaire des Vosges. Ce grès proviendrait d'une carrière à Volksberg, dans le Bas -Rhin, canton de Drulingen, près de la frontière avec l’Allemagne et de la ville de Soucht. Il a aussi été utilisé pour les restaurations de la cathédrale de Spyre. Un grès à grain plus régulier, et donc plus prévisible à travailler, était aisément disponible dans le bassin rhénan et donc largement employé par les sculpteurs sur pierre des XIVe et XVe siècles. Il est donc probable que le choix d'un grès à grain plus fort ait été le fruit d'un choix délibéré et non d'une quelconque contrainte géographique.
Nous remercions le Dr Michael Grandmontagne et Madame Annie Blanc pour leurs indications dans la rédaction de cette notice.
Un Certificat pour Bien Culturel a été délivré pour cet ensemble de cinq reliefs en autorisant leur libre circulation.
Bibliographie complémentaire:
J. E. Jung, The gothique screen. Space, sculpture and community in the cathedrals of France and Germany ca. 1200-1400, Cambridge, 2013, p. 109.