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Bloy, Léon
Estimate
2,000 - 3,000 EUR
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Description
- Bloy, Léon
- 12 lettres autographes signées à René Martineau. Lagny 6 mai 1901-Bourg-la-Reine 23 octobre 1916.
- ink on paper
22 p. in-4 ou in-8, dont 2 sur carte-lettre avec adresse au verso et 2 au verso de feuillets d’annonce de Christophe Colomb devant les taureaux [1890], montées sur onglet en un volume in-8 (235 x 190 mm). Demi-maroquin rouge avec coins, dos lisse titré à l’horizontale, étui (Georges Cretté).
A un ami providentiel qui ne l’abandonnera jamais, et qui deviendra son premier biographe.
Léon Bloy avait reçu une première lettre de René Martineau en mars 1901. Il ne tarda pas à lui répondre et très vite une amitié solide s’établit entre les deux hommes, l’écrivain n’hésitant pas à demander de l’aide financière aux Martineau, admirateurs de son œuvre et sensibles à sa situation.
Sur un ton relativement modéré, Léon Bloy -- outre ses appels à l’aide -- fait part à son ami de l’avancée de ses travaux littéraires, lui confiant par exemple la copie inédite de Belluaires et Porchers. Il lui confie ses rares admirations, Ernest Hello, Jehan Rictus ("le seul poète de génie & le seul catholique depuis Verlaine, catholique bien entendu non pas selon la formule mais selon l’esprit"), l’oublié Raymond Brucker le plus étonnant improvisateur qu’il y ait jamais eu selon Barbey d’Aurevilly lui-même, mais aussi ses inimitiés, notamment à l’égard de Joris-Karl Huysmans auquel il consacre des pages ironiques dans Les dernières Colonnes de l'Eglise (1903).
Il fait allusion au décès de Victor, le fils de Villiers de l’Isle-Adam, qu’il n’a pas revu depuis la mort de son père : "vous savez sans doute compris que l’horrible mariage in extremis de l’Isle-de-France dans la Femme pauvre, mariage voulu par Folantin (Huysmans) a été réellement le mariage du pauvre Villiers. Le futur oblat m’avait écarté diaboliquement. […] ô les souscriptions pour le fils de Villiers qui servaient surtout à payer les soulographies de la comtesse & de quelques vieilles horribles ! Quant à Totor, il recevait surtout, je crois, des coups de trique" (6 mai 1901).
Courant après le peu d’argent que lui rapportent ses livres, il enrage du silence qui entoure la parution de son Exégèse des lieux communs : "Lorsque l’injustice est si flagrante, si acharnée, si invincible, il n’existe aucun moyen de n’en pas souffrir, si on est un peu au-dessus du niveau des porcs". Il regrette de n’avoir pas pu annoter et préfacer comme il l’aurait voulu le volume des Lettres à Jules Barbey d’Aurevilly, Louise Read, "la Read", s’y étant opposée. En 1906, Alfred Vallette va éditer au Mercure de France des Pages choisies, "livre bon à faire lire à ceux qui m’ignorent". Et, en 1914, il apprécie la réédition de Je m’accuse (violent pamphlet attaquant Emile Zola, d'abord paru en 1900) : "On ne sait pas ce que coûte un beau livre & ceux qui en jouissent ne pensent pas assez aux souffrances de l’auteur".
[On joint, du même :]
Lettre autographe signée, à Laurent Tailhade. Paris, 8 mai 1895. 2 p. petit in-8, enveloppe à l'adresse de L. Tailhade chez les Drs Guimbail & Accolas à Neuilly-sur-Seine.
Bloy reproche à Tailhade son ingratitude. Il l’accuse de reniement à propos d’une lettre que Tailhade a adressé au capitaine Bigand-Kaire, organisateur d’une tombola au profit du ménage des Bloy. "vous auriez pu, lorsqu'à cause de vous, les plus vils goujats de lettres m'insultaient, murmurer au moins quelques syllabes à l'oreille de l'interviewer. [...] vous vous êtes si parfaitement dérobé qu'une année entière a pu se passer, une année terrible pour moi, sans que je reçusse deux lignes de vous, sans que je vous rencontrasse !!! Pour finir, vous écrivez une lettre atroce au seul homme qui ait entrepris de guérir l'effroyable plaie dont je souffrais à cause de vous. Cela dépasse la mesure des lâchetés, monsieur le torero". En avril 1894, Bloy avait pris la défense de Tailhade, mis en cause après l'attentat anarchiste au restaurant Foyot et ses propos lui auraient valu son renvoi du Gil Blas, sa principale source de revenus.
Lettre autographe signée, Bourg-la-Reine, 29 décembre 1915 (1 p. petit in-8). Il envoie des épreuves corrigées et réclame un autre jeu [d'Au seuil de l'Apocalypse, dernier tome de son Journal, paru au Mercure de France en 1916].
A un ami providentiel qui ne l’abandonnera jamais, et qui deviendra son premier biographe.
Léon Bloy avait reçu une première lettre de René Martineau en mars 1901. Il ne tarda pas à lui répondre et très vite une amitié solide s’établit entre les deux hommes, l’écrivain n’hésitant pas à demander de l’aide financière aux Martineau, admirateurs de son œuvre et sensibles à sa situation.
Sur un ton relativement modéré, Léon Bloy -- outre ses appels à l’aide -- fait part à son ami de l’avancée de ses travaux littéraires, lui confiant par exemple la copie inédite de Belluaires et Porchers. Il lui confie ses rares admirations, Ernest Hello, Jehan Rictus ("le seul poète de génie & le seul catholique depuis Verlaine, catholique bien entendu non pas selon la formule mais selon l’esprit"), l’oublié Raymond Brucker le plus étonnant improvisateur qu’il y ait jamais eu selon Barbey d’Aurevilly lui-même, mais aussi ses inimitiés, notamment à l’égard de Joris-Karl Huysmans auquel il consacre des pages ironiques dans Les dernières Colonnes de l'Eglise (1903).
Il fait allusion au décès de Victor, le fils de Villiers de l’Isle-Adam, qu’il n’a pas revu depuis la mort de son père : "vous savez sans doute compris que l’horrible mariage in extremis de l’Isle-de-France dans la Femme pauvre, mariage voulu par Folantin (Huysmans) a été réellement le mariage du pauvre Villiers. Le futur oblat m’avait écarté diaboliquement. […] ô les souscriptions pour le fils de Villiers qui servaient surtout à payer les soulographies de la comtesse & de quelques vieilles horribles ! Quant à Totor, il recevait surtout, je crois, des coups de trique" (6 mai 1901).
Courant après le peu d’argent que lui rapportent ses livres, il enrage du silence qui entoure la parution de son Exégèse des lieux communs : "Lorsque l’injustice est si flagrante, si acharnée, si invincible, il n’existe aucun moyen de n’en pas souffrir, si on est un peu au-dessus du niveau des porcs". Il regrette de n’avoir pas pu annoter et préfacer comme il l’aurait voulu le volume des Lettres à Jules Barbey d’Aurevilly, Louise Read, "la Read", s’y étant opposée. En 1906, Alfred Vallette va éditer au Mercure de France des Pages choisies, "livre bon à faire lire à ceux qui m’ignorent". Et, en 1914, il apprécie la réédition de Je m’accuse (violent pamphlet attaquant Emile Zola, d'abord paru en 1900) : "On ne sait pas ce que coûte un beau livre & ceux qui en jouissent ne pensent pas assez aux souffrances de l’auteur".
[On joint, du même :]
Lettre autographe signée, à Laurent Tailhade. Paris, 8 mai 1895. 2 p. petit in-8, enveloppe à l'adresse de L. Tailhade chez les Drs Guimbail & Accolas à Neuilly-sur-Seine.
Bloy reproche à Tailhade son ingratitude. Il l’accuse de reniement à propos d’une lettre que Tailhade a adressé au capitaine Bigand-Kaire, organisateur d’une tombola au profit du ménage des Bloy. "vous auriez pu, lorsqu'à cause de vous, les plus vils goujats de lettres m'insultaient, murmurer au moins quelques syllabes à l'oreille de l'interviewer. [...] vous vous êtes si parfaitement dérobé qu'une année entière a pu se passer, une année terrible pour moi, sans que je reçusse deux lignes de vous, sans que je vous rencontrasse !!! Pour finir, vous écrivez une lettre atroce au seul homme qui ait entrepris de guérir l'effroyable plaie dont je souffrais à cause de vous. Cela dépasse la mesure des lâchetés, monsieur le torero". En avril 1894, Bloy avait pris la défense de Tailhade, mis en cause après l'attentat anarchiste au restaurant Foyot et ses propos lui auraient valu son renvoi du Gil Blas, sa principale source de revenus.
Lettre autographe signée, Bourg-la-Reine, 29 décembre 1915 (1 p. petit in-8). Il envoie des épreuves corrigées et réclame un autre jeu [d'Au seuil de l'Apocalypse, dernier tome de son Journal, paru au Mercure de France en 1916].