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Bloy, Léon
Estimate
5,000 - 8,000 EUR
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Description
- Bloy, Léon
- 22 lettres autographes signées à Georges Landry, 26 juillet 1870-12 septembre 1891, montées dans Lettres de jeunesse. Paris, Édouard-Joseph, 1920.
- ink on paper
50 pp. in-8 ou in-4, 8 enveloppes, montées sur onglets entre les pages d’un volume in-8 (165 x 205 mm). Maroquin tête-de-nègre janséniste, dos à nerfs, encadrement intérieur d’un filet doré, tranches dorées, couverture, étui (P.-L. Martin).
Edition originale, rehaussée de 21 bois d’après Charles Bisson. Un des 1000 exemplaires sur vélin parcheminé Lafuma (n° 1).
Précieux exemplaire enrichi d’une partie des lettres originales de cette magnifique correspondance.
Particulièrement longues et intéressantes, ces lettres qui s’étendent sur plus de 20 ans, reflètent parfaitement la forte amitié, non dénuée de critiques, qui exista entre Léon Bloy et Georges Landry. Des premières lettres écrites de Périgueux à l’âge de 25 ans, dans lesquelles Bloy déclare aimer son cher Georges beaucoup plus que ses propres frères et l’encourage au sacrifice chrétien -- lui-même confessant qu’il meurt d’envie de se faire moine bénédictin sur les conseils de Barbey d’Aurevilly – à la dernière, datée du Danemark en septembre 1891 où, tout en lui reprochant ses plaintes continuelles, il confie à son ami, employé chez l’éditeur Savine, le suivi de l’impression de La Chevalière de la mort dans le Magasin littéraire de Gand. On suit l’évolution spirituelle et littéraire du Désespéré.
Dans ces pages très denses, Bloy confie à cet ami d’enfance les déchirements de son âme face aux luttes mesquines contre la pauvreté, ses difficultés d’écrivain, ses goûts littéraires, son enthousiasme et son amour pour Barbey d’Aurevilly et Huysmans mais également son aversion pour ce "cochon" d’Alphonse Daudet ou "l’ignoble" Péladan.
Périgueux 25 avril 1873. "Mais quels amis nous devons être, ô mon Georges bien-aimé, pour avoir jusqu'à ce jour si cruellement, si parfaitement réussi ! Hélas ! de toutes les créatures humaines, vivant dans le monde, combien peu ont l'âme assez profonde pour savoir à quel point la douleur spiritualise les affections ! Les âmes vulgaires pensent que la tendresse du cœur, cet inestimable trésor de la vie, est comme une monnaie qui ne se frappe que dans des palais enchantés à l'effigie rayonnante de la magnificence et du bonheur. Je ne connais pas de pensée fausse qui soit aussi parfaitement bête que celle-là. C'est précisément le contraire qui est vrai. Il faudrait écrire un livre de génie pour démontrer cette vérité, pourtant si vulgaire, qu'il faut avoir souffert pour être capable d'amour. […] Je ne finirais pas si je voulais décrire les merveilleux effets de la Douleur sur les facultés de l'homme et sur son cœur ; elle est l'auxiliaire de la création [mots soulignés]. Cela est le sommet de la métaphysique".
Dimanche 6 juillet 1873. "tu penses qu'il est en mon pouvoir d'écrire sans aucune peine une chose quelconque. Cher ami, c'est une erreur extrême, une erreur politique. Si j'avais un bottier et qu'il me fallut par lettre lui réclamer des sous-pieds commandés depuis dix-huit mois, j'aurais autant de mal que s'il s'agissait de faire l'éloge historique de Félix Pyat par exemple ou de t'écrire sur la Providence. J'écris peu, parce que écrire est pour moi un supplice affreux. […] Cette impuissance ne doit pas toujours durer, je le sais. Elle cessera quand mon esprit aura fini sa croissance".
Si Bloy reproche parfois à son ami ses plaintes continuelles, il l’encourage cependant avec chaleur, comme le 23 novembre [1874] : "Je ne te regarde pas comme un garçon ordinaire. Il y a en toi de brillantes facultés qu'il serait coupable de laisser avorter. Je te prédis du talent pour l'avenir. Il viendra sûrement [mots soulignés] C'est une plante qui pousse dans tous les milieux et dont l'éclosion est spontanée. Mais il faut qu'elle soit fécondée par quelque chose". Certaines lettres sont écrites en 1878 de la Grande Trappe de Soligny, dans l’Orne, où Bloy dit avoir remis son âme entre les mains de Dieu : "J'ai reçu hier matin, avec un profond sentiment religieux, la sainte communion au milieu des moines. Il m'a semblé que les flammes de l'Esprit Saint entraient en moi avec le corps de Jésus Christ. J'ai prié violemment, ardemment, j'ai retourné contre Dieu les langues de feu de la Pentecôte et cela pour vous, mes chers amis, pour toi mon Georges et très particulièrement pour M. d'Aurevilly, le créancier de mon espérance éternelle. Ne crois pas que la vie religieuse soit si éloignée de mon âme ! J'ai des soubresauts de poulain sauvage mais, dans la partie élevée je suis plus calme. Je juge le monde, et saint Antoine, le plus grand de ceux qui l'ont foulé sous leurs pieds ne l'a pas plus méprisé que moi. Seulement le plus parfait détachement métaphysique peut fort bien se combiner avec l'esclavage du cœur et voilà pourquoi il y a les Sts Antoines du Dandysme et les anachorètes de la littérature impopulaire. Me sera-t-il donné de devenir un anachorète de Dieu seul ? Peut- être, justement, comme tu l'as fort bien dit parce que je suis un enthousiaste, un irrégulier et un homme littéraire". Et lors d’un pèlerinage au sanctuaire de La Salette : "rêver être l'inventeur de la Pompéi chrétienne, voilà, je pense, la plus magnifique ambition littéraire qui se puisse humainement concevoir et dont la réalisation ne demanderait, après tout, que de l'héroïsme et du génie".
Les dernières lettres sont datées du Danemark, pays natal de sa femme Jeanne, où Bloy effectue une série de conférences : "je suis tombé en pleine guerre de naturalistes et d’antinaturalistes, c'est-à-dire de conservateurs, la politique en ce pays se confondant avec la littérature. Je ne sais pas un mot de danois, mais j'imagine ce que peut être en cette langue l'imitation de Zola qui s'y pratique, paraît-il avec rage. Il en résulte, m'assure-t-on, d'inexprimables cochonneries. J'ai donc pris aussitôt parti, avec l'autorité très grande ici, d'un ‘littérateur français’ pour les antinaturalistes & ma conférence […] n'était encore qu'une présentation de ma personne et un exposé de mes doctrines. Cela a suffi pour déterminer un intérêt assez vif. J'ai déjà des ennemis. […] On saura à Paris que je suis ici pour déshonorer littérairement Zola, Daudet, Maupassant, Goncourt, etc., & pour exalter quelques autres, tels que Huysmans" (24 mars 1891). Et si Bloy affirme ici son admiration pour l’auteur de Là-bas, il ne peut s’empêcher toutefois de s’inquiéter de son influence sur Landry : "Il m'a empêché d'assister aux derniers moments de mon pauvre Villiers qui n'était devenu son ami que par moi je te prie de le croire. Aura-t-il le pouvoir de détourner ton âme de la mienne ? C'est une question".
Comptable puis commis chez l’éditeur Savine, Georges Landry (1848-1924) est portraituré dans Le Désespéré sous le nom de Leverdier : "Ce Georges Leverdier, à peine connu dans le monde des lettres, était bien, en réalité, le seul homme sur lequel Marchenoir pût compter. L'avare destinée ne lui avait donné que cet ami, et, encore, elle l'avait choisi pauvre, comme pour empoisonner le bienfait. […] Leverdier, passionné pour Marchenoir, qu'il regardait comme un homme du plus rare génie, et dont il s'honorait d'être l'inventeur, avait réalisé des prodiges de dévouement. Il se comptait pour rien devant lui et ne s'estimait qu'à la mesure des services qu'il pouvait lui rendre"…
Edition originale, rehaussée de 21 bois d’après Charles Bisson. Un des 1000 exemplaires sur vélin parcheminé Lafuma (n° 1).
Précieux exemplaire enrichi d’une partie des lettres originales de cette magnifique correspondance.
Particulièrement longues et intéressantes, ces lettres qui s’étendent sur plus de 20 ans, reflètent parfaitement la forte amitié, non dénuée de critiques, qui exista entre Léon Bloy et Georges Landry. Des premières lettres écrites de Périgueux à l’âge de 25 ans, dans lesquelles Bloy déclare aimer son cher Georges beaucoup plus que ses propres frères et l’encourage au sacrifice chrétien -- lui-même confessant qu’il meurt d’envie de se faire moine bénédictin sur les conseils de Barbey d’Aurevilly – à la dernière, datée du Danemark en septembre 1891 où, tout en lui reprochant ses plaintes continuelles, il confie à son ami, employé chez l’éditeur Savine, le suivi de l’impression de La Chevalière de la mort dans le Magasin littéraire de Gand. On suit l’évolution spirituelle et littéraire du Désespéré.
Dans ces pages très denses, Bloy confie à cet ami d’enfance les déchirements de son âme face aux luttes mesquines contre la pauvreté, ses difficultés d’écrivain, ses goûts littéraires, son enthousiasme et son amour pour Barbey d’Aurevilly et Huysmans mais également son aversion pour ce "cochon" d’Alphonse Daudet ou "l’ignoble" Péladan.
Périgueux 25 avril 1873. "Mais quels amis nous devons être, ô mon Georges bien-aimé, pour avoir jusqu'à ce jour si cruellement, si parfaitement réussi ! Hélas ! de toutes les créatures humaines, vivant dans le monde, combien peu ont l'âme assez profonde pour savoir à quel point la douleur spiritualise les affections ! Les âmes vulgaires pensent que la tendresse du cœur, cet inestimable trésor de la vie, est comme une monnaie qui ne se frappe que dans des palais enchantés à l'effigie rayonnante de la magnificence et du bonheur. Je ne connais pas de pensée fausse qui soit aussi parfaitement bête que celle-là. C'est précisément le contraire qui est vrai. Il faudrait écrire un livre de génie pour démontrer cette vérité, pourtant si vulgaire, qu'il faut avoir souffert pour être capable d'amour. […] Je ne finirais pas si je voulais décrire les merveilleux effets de la Douleur sur les facultés de l'homme et sur son cœur ; elle est l'auxiliaire de la création [mots soulignés]. Cela est le sommet de la métaphysique".
Dimanche 6 juillet 1873. "tu penses qu'il est en mon pouvoir d'écrire sans aucune peine une chose quelconque. Cher ami, c'est une erreur extrême, une erreur politique. Si j'avais un bottier et qu'il me fallut par lettre lui réclamer des sous-pieds commandés depuis dix-huit mois, j'aurais autant de mal que s'il s'agissait de faire l'éloge historique de Félix Pyat par exemple ou de t'écrire sur la Providence. J'écris peu, parce que écrire est pour moi un supplice affreux. […] Cette impuissance ne doit pas toujours durer, je le sais. Elle cessera quand mon esprit aura fini sa croissance".
Si Bloy reproche parfois à son ami ses plaintes continuelles, il l’encourage cependant avec chaleur, comme le 23 novembre [1874] : "Je ne te regarde pas comme un garçon ordinaire. Il y a en toi de brillantes facultés qu'il serait coupable de laisser avorter. Je te prédis du talent pour l'avenir. Il viendra sûrement [mots soulignés] C'est une plante qui pousse dans tous les milieux et dont l'éclosion est spontanée. Mais il faut qu'elle soit fécondée par quelque chose". Certaines lettres sont écrites en 1878 de la Grande Trappe de Soligny, dans l’Orne, où Bloy dit avoir remis son âme entre les mains de Dieu : "J'ai reçu hier matin, avec un profond sentiment religieux, la sainte communion au milieu des moines. Il m'a semblé que les flammes de l'Esprit Saint entraient en moi avec le corps de Jésus Christ. J'ai prié violemment, ardemment, j'ai retourné contre Dieu les langues de feu de la Pentecôte et cela pour vous, mes chers amis, pour toi mon Georges et très particulièrement pour M. d'Aurevilly, le créancier de mon espérance éternelle. Ne crois pas que la vie religieuse soit si éloignée de mon âme ! J'ai des soubresauts de poulain sauvage mais, dans la partie élevée je suis plus calme. Je juge le monde, et saint Antoine, le plus grand de ceux qui l'ont foulé sous leurs pieds ne l'a pas plus méprisé que moi. Seulement le plus parfait détachement métaphysique peut fort bien se combiner avec l'esclavage du cœur et voilà pourquoi il y a les Sts Antoines du Dandysme et les anachorètes de la littérature impopulaire. Me sera-t-il donné de devenir un anachorète de Dieu seul ? Peut- être, justement, comme tu l'as fort bien dit parce que je suis un enthousiaste, un irrégulier et un homme littéraire". Et lors d’un pèlerinage au sanctuaire de La Salette : "rêver être l'inventeur de la Pompéi chrétienne, voilà, je pense, la plus magnifique ambition littéraire qui se puisse humainement concevoir et dont la réalisation ne demanderait, après tout, que de l'héroïsme et du génie".
Les dernières lettres sont datées du Danemark, pays natal de sa femme Jeanne, où Bloy effectue une série de conférences : "je suis tombé en pleine guerre de naturalistes et d’antinaturalistes, c'est-à-dire de conservateurs, la politique en ce pays se confondant avec la littérature. Je ne sais pas un mot de danois, mais j'imagine ce que peut être en cette langue l'imitation de Zola qui s'y pratique, paraît-il avec rage. Il en résulte, m'assure-t-on, d'inexprimables cochonneries. J'ai donc pris aussitôt parti, avec l'autorité très grande ici, d'un ‘littérateur français’ pour les antinaturalistes & ma conférence […] n'était encore qu'une présentation de ma personne et un exposé de mes doctrines. Cela a suffi pour déterminer un intérêt assez vif. J'ai déjà des ennemis. […] On saura à Paris que je suis ici pour déshonorer littérairement Zola, Daudet, Maupassant, Goncourt, etc., & pour exalter quelques autres, tels que Huysmans" (24 mars 1891). Et si Bloy affirme ici son admiration pour l’auteur de Là-bas, il ne peut s’empêcher toutefois de s’inquiéter de son influence sur Landry : "Il m'a empêché d'assister aux derniers moments de mon pauvre Villiers qui n'était devenu son ami que par moi je te prie de le croire. Aura-t-il le pouvoir de détourner ton âme de la mienne ? C'est une question".
Comptable puis commis chez l’éditeur Savine, Georges Landry (1848-1924) est portraituré dans Le Désespéré sous le nom de Leverdier : "Ce Georges Leverdier, à peine connu dans le monde des lettres, était bien, en réalité, le seul homme sur lequel Marchenoir pût compter. L'avare destinée ne lui avait donné que cet ami, et, encore, elle l'avait choisi pauvre, comme pour empoisonner le bienfait. […] Leverdier, passionné pour Marchenoir, qu'il regardait comme un homme du plus rare génie, et dont il s'honorait d'être l'inventeur, avait réalisé des prodiges de dévouement. Il se comptait pour rien devant lui et ne s'estimait qu'à la mesure des services qu'il pouvait lui rendre"…