Lot 43
  • 43

Berlioz, Hector

Estimate
5,000 - 6,000 EUR
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Description

  • Berlioz, Hector
  • Lettre autographe signée à sa sœur Nanci Berlioz. Paris, 1er septembre 1848 [sic pour 1849].
  • ink on paper
4 pp. in-8 (212 x 134 mm).

Belle lettre sur sa "fureur musicale", et par ailleurs très critique sur Lamartine, "le vaniteux poète". Berlioz y exprime toute sa désaffection vis-à-vis de la Révolution de 1848.



Par erreur, la lettre est datée de 1848, mais comme elle contient une longue référence à un article de Cuvillier-Fleury sur Lamartine, paru dans le Journal des Débats du 17 août 1849, il est évident qu’elle date du 1er septembre 1849.



Berlioz a été "...très pris dernièrement par un grand diable de Final, double chœur [de son Te Deum]... qui m’empêchait de dormir et me donnait des distractions fabuleuses", mais il l’a "esquissé de manière à ce qu’il ne puisse plus m’échapper, je rentre dans le monde réel et me voilà". Il ajoute : "Cette recrudescence de fureur musicale chez moi va sans doute t’étonner. Mais je t’avouerai qu’elle a pour cause  un désir très vif de terminer pour longtemps mes affaires d’art ; c’est comme le dernier chapitre d’un roman qu’on écrit avec d’autant plus de joie qu’on se jure bien de ne pas recommencer. La musique est perdue chez nous, pour longtemps, et je ne songe qu’à me rendre insensible aux douleurs que fait naître en moi le spectacle de son agonie...". Il rêve en effet de voyages : "J’ai le mal des pays lointains...", et voudrait fuir l’Europe, mais en est empêché par la mauvaise santé de sa femme Harriett Smithson. Il parle ensuite longuement d’un article de Cuvillier-Fleury sur le livre de Lamartine, Révolution de 1848, "satyre sanglante et mortelle des vanités, des ambitions, des incertitudes, des divagations et du personnalisme du chantre d’Elvire". L’auteur a réussi à "venger la famille d’Orléans du coup d’état de Lamartine qui nous a valu la république". Justement, "cette foudroyante flagellation" a été lue devant Louis-Philippe et sa famille en exil à Claremont, "et Louis-Philippe en a bondi d’aise, comme tu peux le penser. Vraiment, en dehors de la question politique, comme œuvre d’art, ce Concerto de Fouet est un chef-d’œuvre." Il vient de lire Le Cosmos de Humboldt, "lecture impérieuse et despotique", qu’il commente... Il souhaite que sa nièce Mathilde "apprendra à tirer proprement un coup de fusil ! C’est un talent qui peut devenir utile même à une jeune femme dans notre heureux temps et dans notre fortuné pays." Citons enfin cette très belle définition de l’art : "ce qu’il y a de sûr c’est qu’il est à peu près la seule chose regrettable et durable de ce monde, et que pour sentir sa puissance et admirer sa beauté il vaut la peine de subir cette mystification qu’on appelle la vie..."



 



Correspondance générale, éd. P. Citron, t. III, Flammarion, 1978, lettre n° 1279 (publiée avec la bonne date de 1849).