Lot 41
  • 41

Berlioz, Hector

Estimate
3,500 - 4,500 EUR
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Description

  • Berlioz, Hector
  • Lettre autographe signée à sa sœur Nanci Berlioz. Paris, 17 mars 1830.
  • ink on paper
5 pages 1/2 in-8 (198 x 127 mm), à l'encre brune, avec adresse autographe.

Remarquable lettre indignée sur l'échec du mariage de sa sœur et sur ses tourments de musicien pauvre et incompris. Elle semble bien inédite.



Le jeune Berlioz, qui a 27 ans, s'emporte d'apprendre que ses parents ont éconduit un prétendant pour sa sœur sans même la consulter : "[...] J'ai toujours eu sur le cœur le mystère qu'on m'a fait jusqu'à présent de tout ce qui concerne ton établissement mais je vois qu'on a eu raison de me cacher cela. [...] mais ce que mon oncle m'a appris, a, non pas mis, mais soufflé le feu de la rage dans mon cœur. Ainsi donc, ce n'est pas pour soi qu'on se marie. Les enfants sont les instruments dont se servent les parents, pour exécuter leurs plans favoris [...] Je n'aurais jamais cru cela de nos parents; sans TE consulter..."
Il revient alors sur lui-même et sur son art, et le découragement le gagne : " Oh je le vois bien tout m'isole de plus en plus, mes rêves s'évanouissent successivement, les vagues se retirent et ma barque demeure à sec sur le rivage désolé. Moore a raison qui voudrait habiter seul un monde désert. La musique me tient toujours à bras le corps; mais ses étreintes m'étoufferont, je me sens une aptitude extraordinaire, je vois ma force ; je vois aussi que cette force réagit sur elle-même ; il faudrait que je sois indépendant pour pouvoir l'exercer, et je suis déjà obligé d'obséder mon père, pour pouvoir vivre mal à Paris; je vois combien je suis à charge à la famille [...] si mon testament musical était fait, tu peux croire que je ne le serais pas longtemps."
Il tance ensuite sa sœur : "Tu es d'une faiblesse ! tu ne pouvais pas dire positivement, il me convient, c'est moi qui me marie, je le veux. Voilà ce que c'est que ces timidités de jeunes filles qui n'osent pas parler et ne savent jamais que pleurer." Il termine en fanfare, par une profession de foi extrêmement exaltée et qui témoigne de sa grande indépendance et de sa révolte : "Je voudrais, si j'avais quelque chose à moi, si je n'étais pas un être inutile et pesant pour ceux qui m'ont mis au monde, si j'étais un homme libre enfin, je voudrais AIMER une femme qui fût à la fois, Négresse, juive, actrice et bâtarde d'un Bourreau et je l'épouserais avec transport et en trépignant sur ce faisceau de préjugés que je briserais en poudre impalpable. Si je l'aimais. Et..."