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Barbey d'Aurevilly, Jules
Estimate
2,000 - 3,000 EUR
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Description
- Barbey d'Aurevilly, Jules
- Lettre autographe signée à Trébutien. 31 décembre [18]49.
- ink on paper
4 p. in-8 (205 x 132 mm). Signée "Jules B. d’Aurevilly".
Petite trace de cachet au dernier feuillet.
Superbe lettre sur ses œuvres, d’Une vieille Maîtresse au Chevalier des Touches, et évoquant la mémoire de Maurice de Guérin.
Ayant écrit une "ratelée" de lettres et vu du monde toute la journée, il veut consacrer sa dernière heure à son très cher ami : "Elle sera pour vous comme je voudrais que tout fût pour vous, vous que j’aime et que j’estime et porte dans mon cœur sur un pavois, soutenu par tous les sentiments et tous les souvenirs de la vie !"
En pleine rédaction du Chevalier des Touches [qui paraîtra en 1863], il remercie Trebutien de tous les précieux détails qu’il lui a donnés : "vous êtes mon Principium et mon Jupiter et mon Zeus, en fait de renseignements, d’intelligence et d’amitié. Vous avez bien compris ce qu’il me faut. J’étais bien sûr que l’idée de mon Ouest vous plairait. Allez, je ferai cela royalement. C’est déjà commencé. J’ai une moitié du volume écrite. On y reconnaîtra la main du normand, cette main crochue qui prend et qui garde, cette main de la force, moitié serre d’aigle, moitié pince de crabbe (sic), qui devrait étreindre une poignée d’épée et qui n’a qu’une plume, mais dans laquelle il coule la vertu de l’acier. Vous verrez que je n’y parlerai pas normand du bout des lèvres, mais hardiment, sans bégaiment comme un homme qui n’a pas désappris la langue du terroir dans les salons de Paris et qui porte, comme un descendant des pêcheurs-pirates, d’azur à deux barbets adossés et écaillés d’argent. J’ai déjà dit deux mots de ma vieille Normandie. La côte de la Manche est peinte à grands traits dans le second volume de Vellini, et les poissonniers y parlent comme des poissonniers véritables. Est-ce que Shakespeare, s’il avait été normand tout entier, au lieu de l’être à moitié, au lieu de l’être à moitié, aurait eu peur de notre patois ? Et toute langue n’est-elle pas le moule à balles du génie dans lequel il coule son or et en fait de ces projectiles qui cassent toutes les résistances sur leur passage et traversent les siècles avec un sifflement harmonieux ?"
Assez content de l’effet produit par son article Les Prophètes du Passé, Barbey espère l’avis de Trebutien, étant amoureux de son approbation [Trébutien éditera ce texte en volume quelques mois plus tard]. Il attend toujours des nouvelles du Constitutionnel dans lequel pourrait paraître Une vieille Maîtresse, craignant d’y être refusé : "Je sais bien que Ste Beuve y écrit, mais le Ste Beuve un peu courbé sous le joug officiel de son collet de velours vert. Quoique le Constitutionnel ait bien blanchi son bonnet, cependant il n’est pas tellement blanc, qu’il n’y ait dans mon livre de ces tendances d’aristocratie et de hardiesses d’observation et de style à faire horripiler le vieux vilain et l’antique épicier".
Dès qu’il aura l’argent que doit lui rapporter Vellini [Une vieille Maîtresse qui paraîtra quelques semaines plus tard, non pas dans Le Constitutionnel mais en librairie, chez Cadot], il ira voir Trebutien à Caen, les lettres ne pouvant pas remplacer leurs bonnes causeries. Enfin, une heure du matin venant de sonner, il lève sa coupe solitaire et porte le premier toast de l’année à son ami, regrettant qu’il ne puisse pas boire ce punch, "pas trop mauvais" en sa compagnie. "Adieu. Je vais prolonger l’illusion de cette première heure de l’année 1850 en associant la pensée de notre Guérin à la pensée que j’ai de vous, vivant et visible pour l’imagination et le cœur, et en relisant quelques pages de ses adorables manuscrits"…
Références : Correspondance générale, II, p. 141.
provenance : Colonel Daniel Sickles (II, 1989, n° 266).
Petite trace de cachet au dernier feuillet.
Superbe lettre sur ses œuvres, d’Une vieille Maîtresse au Chevalier des Touches, et évoquant la mémoire de Maurice de Guérin.
Ayant écrit une "ratelée" de lettres et vu du monde toute la journée, il veut consacrer sa dernière heure à son très cher ami : "Elle sera pour vous comme je voudrais que tout fût pour vous, vous que j’aime et que j’estime et porte dans mon cœur sur un pavois, soutenu par tous les sentiments et tous les souvenirs de la vie !"
En pleine rédaction du Chevalier des Touches [qui paraîtra en 1863], il remercie Trebutien de tous les précieux détails qu’il lui a donnés : "vous êtes mon Principium et mon Jupiter et mon Zeus, en fait de renseignements, d’intelligence et d’amitié. Vous avez bien compris ce qu’il me faut. J’étais bien sûr que l’idée de mon Ouest vous plairait. Allez, je ferai cela royalement. C’est déjà commencé. J’ai une moitié du volume écrite. On y reconnaîtra la main du normand, cette main crochue qui prend et qui garde, cette main de la force, moitié serre d’aigle, moitié pince de crabbe (sic), qui devrait étreindre une poignée d’épée et qui n’a qu’une plume, mais dans laquelle il coule la vertu de l’acier. Vous verrez que je n’y parlerai pas normand du bout des lèvres, mais hardiment, sans bégaiment comme un homme qui n’a pas désappris la langue du terroir dans les salons de Paris et qui porte, comme un descendant des pêcheurs-pirates, d’azur à deux barbets adossés et écaillés d’argent. J’ai déjà dit deux mots de ma vieille Normandie. La côte de la Manche est peinte à grands traits dans le second volume de Vellini, et les poissonniers y parlent comme des poissonniers véritables. Est-ce que Shakespeare, s’il avait été normand tout entier, au lieu de l’être à moitié, au lieu de l’être à moitié, aurait eu peur de notre patois ? Et toute langue n’est-elle pas le moule à balles du génie dans lequel il coule son or et en fait de ces projectiles qui cassent toutes les résistances sur leur passage et traversent les siècles avec un sifflement harmonieux ?"
Assez content de l’effet produit par son article Les Prophètes du Passé, Barbey espère l’avis de Trebutien, étant amoureux de son approbation [Trébutien éditera ce texte en volume quelques mois plus tard]. Il attend toujours des nouvelles du Constitutionnel dans lequel pourrait paraître Une vieille Maîtresse, craignant d’y être refusé : "Je sais bien que Ste Beuve y écrit, mais le Ste Beuve un peu courbé sous le joug officiel de son collet de velours vert. Quoique le Constitutionnel ait bien blanchi son bonnet, cependant il n’est pas tellement blanc, qu’il n’y ait dans mon livre de ces tendances d’aristocratie et de hardiesses d’observation et de style à faire horripiler le vieux vilain et l’antique épicier".
Dès qu’il aura l’argent que doit lui rapporter Vellini [Une vieille Maîtresse qui paraîtra quelques semaines plus tard, non pas dans Le Constitutionnel mais en librairie, chez Cadot], il ira voir Trebutien à Caen, les lettres ne pouvant pas remplacer leurs bonnes causeries. Enfin, une heure du matin venant de sonner, il lève sa coupe solitaire et porte le premier toast de l’année à son ami, regrettant qu’il ne puisse pas boire ce punch, "pas trop mauvais" en sa compagnie. "Adieu. Je vais prolonger l’illusion de cette première heure de l’année 1850 en associant la pensée de notre Guérin à la pensée que j’ai de vous, vivant et visible pour l’imagination et le cœur, et en relisant quelques pages de ses adorables manuscrits"…
Références : Correspondance générale, II, p. 141.
provenance : Colonel Daniel Sickles (II, 1989, n° 266).
Condition
Petite trace de cachet au dernier feuillet.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
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