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Torres-García, Joaquín -- Jules Supervielle
Estimate
30,000 - 40,000 EUR
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Description
- Torres-García, Joaquín -- Jules Supervielle
- Gravitations. Livre unique, entièrement manuscrit avec de nombreux dessins originaux, daté et signé. Paris, mars 1931.
Un livre unique illustré, encore inconnu, du grand peintre d’avant-garde.
41 p. manuscrites non paginées (dont la couverture et la doublure du second plat), sur un carnet de 48 p. reliure comprise. Papier vergé. Signé. Relié en un volume petit in-8 (160 x 125 mm). Cartonnage couvert de papier, dos couvert de papier rouge, ficelle (Reliure de Torres-García, 1931).
Coins légèrement frottés, petit manque en tête, très fines rousseurs sur la marge supérieure des f.2 et 21.
"Chaque page est une construction et en même temps un battement de vie" (Michel Seuphor).
Un manuscrit illustré. Torres-García a calligraphié 3 poèmes du recueil le plus fameux de son ami Jules Supervielle, Gravitations, paru à la N.R.F. en 1925. Le volume se présente comme suit :
- Couverture illustrée.
- [f. 1r°]. Page de faux-titre, illustrée ;
- [f. 2r° et f. 3v°-19r°]. Page de titre du poème "Métaphysique du 47 boulevard Lannes", illustrée, suivie du texte du poème (Pléiade, p. 166-168) ;
- [f. 20v°-22r°]. "Sous le large" (idem, 209-210) ;
- [f. 22v°]. 2 premières strophes de "Départ" (idem, p. 208), avec la référence de l’édition originale de 1925 ("p. 148") ;
- [Doublure du second plat]. Colophon signé "J. Torres-GARCIA", daté "PARIS MARS 1931", illustré.
Mise en page. Torres-García dispose les mots du poème sur la page de manière non linéaire -- comme Mallarmé le fit pour son Coups de Dés --, créant un rythme de lecture. La disposition des mots illustre parfois le propos, tels ces mots posés en escalier descendant : "Je / rest[e] / seul / avec / mes / os". Le peintre retranscrit les vers de Supervielle en caractères d’imprimerie minuscules, parfois en capitales pour les expressions qui lui semblent les plus riches de sens. Les longs vers du premier poème s’étendent, à nouveau comme Un Coups de Dés, sur la double page, tandis que ceux des deux autres poèmes, plus courts, ont pour justification la largeur d’une simple page.
Dessins entre représentation et abstraction. Le texte est parsemé d’une trentaine de petits dessins, qui évoquent les mots forts des poèmes : "paquebot", "bouteille", "chien", "réverbère", "balcons", "soleil", "lune", "boussole", "parachute", "navire", "hublot", "poissons", "pendule", etc., mais aussi certaines expressions ("je vois", "caché derrière"). Très schématiques, ces dessins -- symboles, devrions-nous dire -- sont tout à fait caractéristiques du langage pictural de Torres-García de ces années. Dans ses recherches pour synthétiser représentation et abstraction, théorisées en 1932 dans Raison et Nature, l’artiste a trouvé la solution en employant des signes, ou symboles, dont il parsème ses toiles dans une construction complexe. Ces symboles lui permettent d’envisager une correspondance entre la chose réelle et un plan universel. L’utilisation de ce système pour illustrer "Métaphysique du 47 boulevard Lannes" est d’ailleurs tout à fait en adéquation avec l’intention du poème, dont le titre met "l’accent sur la métamorphose d’une réalité familière -- l’immeuble où habitait le poète -- transposée dans un ciel physique et métaphysique. […] Dissociation entre le moi terrestre, mortel, et le moi céleste. Le poète cherche à conjurer la mort en peuplant le ciel des objets et des êtres les plus chers" (Pléiade, p. 735).
Notons que le peintre reproduit le texte de l’édition originale de Gravitation de 1925, différent de celui aujourd’hui édité, mais avec quelques coquilles bien compréhensibles de la part d’un hispanophone ("movements" pour "mouvements", "rest" pour "reste", "qui" pour "que", "ces" pour "ses", etc.).
Nés à Montevideo tous deux, Joaquín Torres-García (1874-1949) et Jules Supervielle (1884-1960) se rencontrent à Paris en septembre 1928. Très probablement, le peintre fréquenta l’élégant appartement que Supervielle habitait au 47 boulevard Lannes de 1912 à 1935 et où il recevait ses nombreux amis sud-américains de passage à Paris.
Le peintre catalano-uruguayen, après des débuts noucentistes à Barcelone où il avait collaboré avec Gaudí, s’était installé à Paris en 1926. Travaillant sur l’équilibre entre figuration et abstraction, il joua un rôle essentiel dans l’évolution de la peinture abstraite dans les années 20, avec Van Doesburg, Mondrian, Vantongerloo ou Le Corbusier qu’il fréquente à Paris. Réalisé en mars 1931, son manuscrit Gravitations s’inscrit en plein dans sa période la plus féconde, dite constructiviste (1929-1944). La date de mars 1931 est aussi, pour Torres-García, celle de la publication du premier numéro de la revue Cercle et Carré, qu’il a fondée avec le belge Michel Seuphor, et de sa séparation avec Van Doesburg. En 1941, le peintre rentra à Montevideo où il ouvrit le "Taller Torres-García", académie d’art constructif. Supervielle lui dédia son poème "Hermétisme", paru en 1945 dans Lettres françaises.
Construire le monde : livres, jouets et objets. L’artiste fut aussi artisan : à côté de sa production picturale, Torres-García produisit de très nombreux objets, comme des livres et des jouets en bois peint (voitures, personnages, maisons, etc.). Ces livres qu’il calligraphie, illustre et relie lui-même sont de véritables répertoires de ses idées. Selon Michel Seuphor, "chaque page est une construction et en même temps un battement de vie" (Catalogue 2002, p. 107).
En janvier-février 1931, il présenta livres et jouets à la Galerie Jeanne Bucher, puis, en décembre de la même année, à nouveau ses livres à la librairie Oliviero à Paris. Sans que l’on puisse affirmer que le manuscrit Gravitations, terminé en mars 1931, ait été conçu en vue de l’une de ces deux expositions, il est certain qu’il s’inscrit dans ce contexte de production.
Le corpus des manuscrits uniques de Torres-García comporte environ 30 exemplaires. Il s’agit principalement de traités esthétiques ou autobiographiques, tels Raison et Nature (1932), La Ciuadad sin Nombre (1941), La Regla abstracta (1946). Le grand public connait surtout ceux qui ont été édités en de précieux facsimilés, certains de son vivant. D’autres manuscrits uniques, relèvent cependant d’une autre veine, à laquelle il convient de rattacher Gravitations : les recueils poétiques d’autres auteurs. Aux manuscrits d’après des poèmes de Reverdy, Alejandro Casona ou Walt Whitman, il convient à présent d’ajouter ces Gravitations de Jules Supervielle.
Nous remercions Mme Cecilia de Torres et Mme Susanna V. Temkin de nous avoir confirmé l’authenticité et le caractère inédit de ce manuscrit. Il sera inclus dans leur catalogue raisonné (C. de Torres et S.V. Temkin, "Literature: Supervielle 1931", in Joaquín Torres-García Catalogue Raisonné, http://torresgarcia.com/literature/entry.php?id=1931, consulté le 5 novembre 2015).
Références : Joaquín Torres-García, un monde construit. Hazan/Musée de Strasbourg, 2002 (voir notamment p. 74-77 pour la reproduction de deux carnets manuscrits illustrés moins connus que ceux aujourd’hui édités). -- T. Llorens, Torres-García : a les seves cruïlles. Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya, 2011. -- J. Supervielle, Œuvres poétiques complètes. Pléiade, 1996. -- R. Paseyro, Jules Supervielle, le forçat volontaire. Éditions du Rocher, 2002 ; notons que Torres-García n’est nulle part mentionné dans cette biographie.
Provenance : Jules Supervielle. -- Par descendance aux actuels propriétaires.
41 p. manuscrites non paginées (dont la couverture et la doublure du second plat), sur un carnet de 48 p. reliure comprise. Papier vergé. Signé. Relié en un volume petit in-8 (160 x 125 mm). Cartonnage couvert de papier, dos couvert de papier rouge, ficelle (Reliure de Torres-García, 1931).
Coins légèrement frottés, petit manque en tête, très fines rousseurs sur la marge supérieure des f.2 et 21.
"Chaque page est une construction et en même temps un battement de vie" (Michel Seuphor).
Un manuscrit illustré. Torres-García a calligraphié 3 poèmes du recueil le plus fameux de son ami Jules Supervielle, Gravitations, paru à la N.R.F. en 1925. Le volume se présente comme suit :
- Couverture illustrée.
- [f. 1r°]. Page de faux-titre, illustrée ;
- [f. 2r° et f. 3v°-19r°]. Page de titre du poème "Métaphysique du 47 boulevard Lannes", illustrée, suivie du texte du poème (Pléiade, p. 166-168) ;
- [f. 20v°-22r°]. "Sous le large" (idem, 209-210) ;
- [f. 22v°]. 2 premières strophes de "Départ" (idem, p. 208), avec la référence de l’édition originale de 1925 ("p. 148") ;
- [Doublure du second plat]. Colophon signé "J. Torres-GARCIA", daté "PARIS MARS 1931", illustré.
Mise en page. Torres-García dispose les mots du poème sur la page de manière non linéaire -- comme Mallarmé le fit pour son Coups de Dés --, créant un rythme de lecture. La disposition des mots illustre parfois le propos, tels ces mots posés en escalier descendant : "Je / rest[e] / seul / avec / mes / os". Le peintre retranscrit les vers de Supervielle en caractères d’imprimerie minuscules, parfois en capitales pour les expressions qui lui semblent les plus riches de sens. Les longs vers du premier poème s’étendent, à nouveau comme Un Coups de Dés, sur la double page, tandis que ceux des deux autres poèmes, plus courts, ont pour justification la largeur d’une simple page.
Dessins entre représentation et abstraction. Le texte est parsemé d’une trentaine de petits dessins, qui évoquent les mots forts des poèmes : "paquebot", "bouteille", "chien", "réverbère", "balcons", "soleil", "lune", "boussole", "parachute", "navire", "hublot", "poissons", "pendule", etc., mais aussi certaines expressions ("je vois", "caché derrière"). Très schématiques, ces dessins -- symboles, devrions-nous dire -- sont tout à fait caractéristiques du langage pictural de Torres-García de ces années. Dans ses recherches pour synthétiser représentation et abstraction, théorisées en 1932 dans Raison et Nature, l’artiste a trouvé la solution en employant des signes, ou symboles, dont il parsème ses toiles dans une construction complexe. Ces symboles lui permettent d’envisager une correspondance entre la chose réelle et un plan universel. L’utilisation de ce système pour illustrer "Métaphysique du 47 boulevard Lannes" est d’ailleurs tout à fait en adéquation avec l’intention du poème, dont le titre met "l’accent sur la métamorphose d’une réalité familière -- l’immeuble où habitait le poète -- transposée dans un ciel physique et métaphysique. […] Dissociation entre le moi terrestre, mortel, et le moi céleste. Le poète cherche à conjurer la mort en peuplant le ciel des objets et des êtres les plus chers" (Pléiade, p. 735).
Notons que le peintre reproduit le texte de l’édition originale de Gravitation de 1925, différent de celui aujourd’hui édité, mais avec quelques coquilles bien compréhensibles de la part d’un hispanophone ("movements" pour "mouvements", "rest" pour "reste", "qui" pour "que", "ces" pour "ses", etc.).
Nés à Montevideo tous deux, Joaquín Torres-García (1874-1949) et Jules Supervielle (1884-1960) se rencontrent à Paris en septembre 1928. Très probablement, le peintre fréquenta l’élégant appartement que Supervielle habitait au 47 boulevard Lannes de 1912 à 1935 et où il recevait ses nombreux amis sud-américains de passage à Paris.
Le peintre catalano-uruguayen, après des débuts noucentistes à Barcelone où il avait collaboré avec Gaudí, s’était installé à Paris en 1926. Travaillant sur l’équilibre entre figuration et abstraction, il joua un rôle essentiel dans l’évolution de la peinture abstraite dans les années 20, avec Van Doesburg, Mondrian, Vantongerloo ou Le Corbusier qu’il fréquente à Paris. Réalisé en mars 1931, son manuscrit Gravitations s’inscrit en plein dans sa période la plus féconde, dite constructiviste (1929-1944). La date de mars 1931 est aussi, pour Torres-García, celle de la publication du premier numéro de la revue Cercle et Carré, qu’il a fondée avec le belge Michel Seuphor, et de sa séparation avec Van Doesburg. En 1941, le peintre rentra à Montevideo où il ouvrit le "Taller Torres-García", académie d’art constructif. Supervielle lui dédia son poème "Hermétisme", paru en 1945 dans Lettres françaises.
Construire le monde : livres, jouets et objets. L’artiste fut aussi artisan : à côté de sa production picturale, Torres-García produisit de très nombreux objets, comme des livres et des jouets en bois peint (voitures, personnages, maisons, etc.). Ces livres qu’il calligraphie, illustre et relie lui-même sont de véritables répertoires de ses idées. Selon Michel Seuphor, "chaque page est une construction et en même temps un battement de vie" (Catalogue 2002, p. 107).
En janvier-février 1931, il présenta livres et jouets à la Galerie Jeanne Bucher, puis, en décembre de la même année, à nouveau ses livres à la librairie Oliviero à Paris. Sans que l’on puisse affirmer que le manuscrit Gravitations, terminé en mars 1931, ait été conçu en vue de l’une de ces deux expositions, il est certain qu’il s’inscrit dans ce contexte de production.
Le corpus des manuscrits uniques de Torres-García comporte environ 30 exemplaires. Il s’agit principalement de traités esthétiques ou autobiographiques, tels Raison et Nature (1932), La Ciuadad sin Nombre (1941), La Regla abstracta (1946). Le grand public connait surtout ceux qui ont été édités en de précieux facsimilés, certains de son vivant. D’autres manuscrits uniques, relèvent cependant d’une autre veine, à laquelle il convient de rattacher Gravitations : les recueils poétiques d’autres auteurs. Aux manuscrits d’après des poèmes de Reverdy, Alejandro Casona ou Walt Whitman, il convient à présent d’ajouter ces Gravitations de Jules Supervielle.
Nous remercions Mme Cecilia de Torres et Mme Susanna V. Temkin de nous avoir confirmé l’authenticité et le caractère inédit de ce manuscrit. Il sera inclus dans leur catalogue raisonné (C. de Torres et S.V. Temkin, "Literature: Supervielle 1931", in Joaquín Torres-García Catalogue Raisonné, http://torresgarcia.com/literature/entry.php?id=1931, consulté le 5 novembre 2015).
Références : Joaquín Torres-García, un monde construit. Hazan/Musée de Strasbourg, 2002 (voir notamment p. 74-77 pour la reproduction de deux carnets manuscrits illustrés moins connus que ceux aujourd’hui édités). -- T. Llorens, Torres-García : a les seves cruïlles. Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya, 2011. -- J. Supervielle, Œuvres poétiques complètes. Pléiade, 1996. -- R. Paseyro, Jules Supervielle, le forçat volontaire. Éditions du Rocher, 2002 ; notons que Torres-García n’est nulle part mentionné dans cette biographie.
Provenance : Jules Supervielle. -- Par descendance aux actuels propriétaires.
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Coins légèrement frottés, petit manque en tête, très fines rousseurs sur la marge supérieure des f.2 et 21.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."