Lot 116
  • 116

Delaunay, Robert

Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description

  • Robert Delaunay
  • 2 lettres autographes signées. [Paris] 31-1-[19]14 et [début février 1914].
  • ink on paper
Une p. in-4 chacune (265 x 205 mm) sur papier ivoire, à l’encre rouge, signées "RD". L'une d'elle, à en-tête original au pochoir par Sonia Delaunay (à son nom et à leur adresse parisienne, 3 rue des Grands Augustins).

Belles lettres, dont une illustrée d’un dessin original au crayon de couleur.



Le 31 janvier 1914, Robert Delaunay donne des renseignements et souhaite connaître la date de départ de son correspondant pour lui envoyer les notes demandées : "il faut que je les rassemble étant éparses dans mon atelier. Il est joint aux tableaux une petite caisse d’albums que je crois peut être intéressant comme évolution de mon art. […] Sur la feuille pour le catalogue tu verras rectifié le mot sculpture qui est remplacé avantageusement puisque je suis contre la sculpture !!!!! (archaïsme neo nègre etc.)". L’expression "archaïsme neo nègre" à propos de la sculpture à laquelle il s'oppose s’explique par le fait que, pour Delaunay, seule la toile permet de représenter la réalité dans la simultanéité, au spectateur d’en appréhender immédiatement tout le contenu.



Non datée, la seconde lettre est écrite quelques jours plus tard : "J’attends toujours que tu me donnes le jour de ton départ -- As-tu reçu la liste de mes œuvres ???? Je voudrais te demander un renseignement sur ton métier. Pousses-tu le scrupule jusqu’à former les mots que tu emploies pour t’exprimer devant la vie. Je te demande cela car ça me semble indispensable pour la construction de l’Art poétique et représentatif simultané".



Le post-scriptum, au crayon, évoque le Douanier Rousseau, que, selon Sonia Delaunay, son mari considérait comme "le grand-père de la révolution artistique moderne" (Nous irons jusqu’au soleil, Laffont, 1978, p. 61) : "J’ai l’heureuse nouvelle de t’annoncer la commande du portrait de Rousseau et sa femme pour Madame Bernard-Rousseau sa fille" (portrait est aujourd’hui conservé au Centre d’Art Moderne Georges Pompidou). L’admiration et l’amitié de Delaunay pour l’œuvre d’Henri Rousseau ne se démentit jamais. Il participa, avec Apollinaire et le groupe cubiste de Montmartre, aux soirées organisées dans l’atelier du peintre. Après la mort d'Henri Rousseau, Delaunay vendit des toiles qu’il avait achetées au peintre pour lui offrir une sépulture décente.



Delaunay a illustré sa lettre d'une composition circulaire aux couleurs contrastées, au crayon gras (68 x 75 mm), qui évoque bien les disques simultanés de la célèbre série des Formes circulaires (1912-1913). Un dessin similaire figurait au bas d'un envoi de Robert Delaunay à Marc Vromant sur un exemplaire des Fenêtres d'Apollinaire (Vente R. et B.L., II, 2012, n° 35).



Ces lettres semblent suggérer la préparation d’une exposition, peut-être celle à la Galerie Doré à Londres (12 octobre 1913-16 janvier 1914) ou celle de la Société des Artistes Indépendants (1er mars-30 avril 1914).



Nous remercions M. Richard Riss pour les informations qu’il a bien voulu nous communiquer à propos de ces lettres.
Voir autre reproduction p. 6.