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Proust, Marcel
Estimate
6,000 - 8,000 EUR
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Description
- Proust, Marcel
- Air du Pont des Soupirs. Lettre à Reynaldo Hahn parodiée d'Offenbach. [Versailles, peu avant le 11 décembre 1906].
- ink on paper
Une page in-12 (176 x 114 mm).
Amusante lettre en vers imitée d'Offenbach.
Cette lettre précède probablement de quelques jours l'annonce de l'envoi d'une action de tramway électrique datant du 11 décembre 1906.
"Air du Pont des Soupirs
Un jour l'ermite de Versailles
Écrivit à son Reynaldo
Comme je suis sans sou ni mailles a, ailles
Ah ! ne crois pas à un kasdeau
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
C'est une action de tramway électrique
Que pour toi, j'ai su bien placer,
Et tu ne vas pas, je m'en figure,
Me refuser, Refuser !
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
Cette affaire où ma science unique
A bien su pour toi spéculer
(avec force)
C'est le tramway électrique
Je vais, je vais te l'envoyer !
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !"
Proust parodie ici le "duettino des Aventuriers" du Pont des Soupirs d'Offenbach, opéra bouffe créé en 1861 sur un livret d'Hector Crémieux et de Ludovic Halévy. Les deux aventuriers d'Offenbach "faisant un peu tous les métiers" ne parviennent pas à "remplir leur bourse", ce qui est aussi le thème de la parodie de Proust, mais de manière inversée : ayant gagné de l'argent à la Bourse, Proust en fait profiter son ami en lui achetant des actions. Comme l'air parodié, son poème est ponctué de "Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !". Si Proust se targue de sa "science unique" de spéculateur, on sait que ce n'était pas sa qualité première : suites à ses opérations hasardeuses et malgré les conseils de son ami et courtier Lionel Hauser, qu'il ne suivait pas toujours, le capital de Proust a fondu de moitié en octobre 1915. Avec ses problèmes de santé, ses enthousiasmes pour des investissements irrésistibles, suivis bien souvent de déceptions, sont l'un des leitmotivs de sa correspondance.
Reynaldo Hahn et Marcel Proust s'étaient rencontrés au début de l’été 1894 au château de Réveillon chez Madeleine Lemaire. Les lettres que Proust écrit à Reynaldo revêtent une savoureuse originalité : parfois illustrées de dessins originaux, souvent écrites dans un langage faussement moyenâgeux (comme ici ce "kasdeau"), elles sont aussi souvent écrites sous forme de poèmes grotesques ou de parodies littéraires. C'est ainsi que dans les derniers mois de 1906, Proust lui écrit une dizaine de lettres en vers, certaines pastichant Madeleine de Scudéry, Paul Reboux, Robert de Montesquiou, etc.
L'"ermite de Versailles" logea à l'hôtel versaillais des Réservoirs durant 6 mois (6 août-fin décembre 1906), après avoir quitté la rue de Courcelles suite à la mort de sa mère et avant d'aménager au boulevard Haussmann.
Nous remercions Mme Françoise Leriche, qui a identifié l'air d'Offenbach parodié.
Références : Kolb, Correspondance, VI, n° 183 ; voir, à la même période, d’autres lettres en vers : n° 124, 126, 164, 171, 174, 175, 188, 190.
Amusante lettre en vers imitée d'Offenbach.
Cette lettre précède probablement de quelques jours l'annonce de l'envoi d'une action de tramway électrique datant du 11 décembre 1906.
"Air du Pont des Soupirs
Un jour l'ermite de Versailles
Écrivit à son Reynaldo
Comme je suis sans sou ni mailles a, ailles
Ah ! ne crois pas à un kasdeau
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
C'est une action de tramway électrique
Que pour toi, j'ai su bien placer,
Et tu ne vas pas, je m'en figure,
Me refuser, Refuser !
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
Cette affaire où ma science unique
A bien su pour toi spéculer
(avec force)
C'est le tramway électrique
Je vais, je vais te l'envoyer !
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !"
Proust parodie ici le "duettino des Aventuriers" du Pont des Soupirs d'Offenbach, opéra bouffe créé en 1861 sur un livret d'Hector Crémieux et de Ludovic Halévy. Les deux aventuriers d'Offenbach "faisant un peu tous les métiers" ne parviennent pas à "remplir leur bourse", ce qui est aussi le thème de la parodie de Proust, mais de manière inversée : ayant gagné de l'argent à la Bourse, Proust en fait profiter son ami en lui achetant des actions. Comme l'air parodié, son poème est ponctué de "Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !". Si Proust se targue de sa "science unique" de spéculateur, on sait que ce n'était pas sa qualité première : suites à ses opérations hasardeuses et malgré les conseils de son ami et courtier Lionel Hauser, qu'il ne suivait pas toujours, le capital de Proust a fondu de moitié en octobre 1915. Avec ses problèmes de santé, ses enthousiasmes pour des investissements irrésistibles, suivis bien souvent de déceptions, sont l'un des leitmotivs de sa correspondance.
Reynaldo Hahn et Marcel Proust s'étaient rencontrés au début de l’été 1894 au château de Réveillon chez Madeleine Lemaire. Les lettres que Proust écrit à Reynaldo revêtent une savoureuse originalité : parfois illustrées de dessins originaux, souvent écrites dans un langage faussement moyenâgeux (comme ici ce "kasdeau"), elles sont aussi souvent écrites sous forme de poèmes grotesques ou de parodies littéraires. C'est ainsi que dans les derniers mois de 1906, Proust lui écrit une dizaine de lettres en vers, certaines pastichant Madeleine de Scudéry, Paul Reboux, Robert de Montesquiou, etc.
L'"ermite de Versailles" logea à l'hôtel versaillais des Réservoirs durant 6 mois (6 août-fin décembre 1906), après avoir quitté la rue de Courcelles suite à la mort de sa mère et avant d'aménager au boulevard Haussmann.
Nous remercions Mme Françoise Leriche, qui a identifié l'air d'Offenbach parodié.
Références : Kolb, Correspondance, VI, n° 183 ; voir, à la même période, d’autres lettres en vers : n° 124, 126, 164, 171, 174, 175, 188, 190.