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Microscope composé à ajustements micrométriques du milieu du XVIIIe siècle, probablement entre 1745 et 1755, signé sur une plaque en acier D. d[e]. L. f[ecit]. Inv[enit]
Description
- brass gitbronze
Literature
"Bernard Dillée ouvre pour vous le cabinet du collectionneur au XVIIIe siècle", in Le Journal des collectionneurs et des chercheurs de curiosités, 15 février 1956, n°2
Catalogue Note
Les trois pieds montés sur la plaque rectangulaire portent deux plateformes. Le support inférieur pour le tube portant l’objectif est attaché, en passant par la plate-forme basse, à la partie intérieur du pilier. Ce pilier traverse la plate-forme supérieure et porte à son extrémité un collier encerclant le corps de l’instrument. Un des côtés du pilier extérieur est travaillé en crémaillère et, en conjonction avec un pignon actionné par un axe en acier, permet la première mise au point de l’instrument. L’ajustement fin est effectué par une roue engrenante dans une vis hélicoïdale montée sur la partie intérieure du pilier. La hauteur de la plate-forme est contrôlée par trois vis travaillant sur trois piliers montés sur la plate-forme inférieure. Le haut du parti intérieur du pilier est orné d’un portrait d’un homme barbu.
La platine de l’instrument est montée sur les deux pieds porteurs du miroir. Son bras horizontal offre l’aperture du porte-objet et le support pour deux chariots d’ajustements micrométriques enregistrés sur deux cadrans en émail blanc divisé de 0 à 100 par divisions de 1. L’un des chariots porte une pince horizontale avec ajustement vertical de l’aperture par vis, et ajustement latéral par crémaillère courbée et pignon ; l’autre chariot n'a pas ces accessoires. L’oculaire est composé de deux lentilles plano-convexes avec un fil d’acier pour l’ajustement micrométrique enregistré sur un troisième cadran en émail blanc attaché au collier supérieur.
Dans son état actuel, la plupart des mouvements de l’instrument sont gommés.
Historiquement important, mais jusqu’à maintenant inconnu, cet instrument est à mettre en relation avec le programme de recherches mené au milieu des années 1740 dans l’atelier privé de Michel Ferdinand d’Albert d’Ailly, duc de Chaulnes (1714-1769), membre de l’Académie Royale des Sciences à partir de 1743, et Président de cette compagnie en 1746, 1750 et 1759.
Chaulnes, en collaboration avec Nicolas Noël (1712/13-1783), son mécanicien André Maingaut, et peut-être Alexis Magny (fl. 1743-post 1792), imaginait à ce moment un nouveau modèle de microscope composé, en ajoutant au microscope à pilier à deux ajustements de l’opticien londonien John Cuff (1744), un support suffisamment solide pour lui appliquer des micromètres de sa façon.
Présenté à Louis XV en 1750, le microscope de Noël et Chaulnes était à la fois très pratique et très décoratif. L’instrument présenté ici, tout en restant décoratif, favorise la partie pratique. Même s’il y a une parenté évidente avec le modèle Noël-Chaulnes, il se démarque en plusieurs aspects. Partout il y a un souci de solidité, mais néanmoins le support pour la plateforme micrométrique est moins large et en conséquence moins stable. Les modèles définitifs du microscope de Chaulnes intègrent un seul micromètre sur la plateforme porte-objectif tandis qu’il y en a deux sur notre exemplaire. La forme du corps de notre microscope, avec son long et mince nez, est plus proche du modèle original de Cuff, ou des copies habilement exécutées par Passement, que de ceux de Noël-Chaulnes et comprend des ajustements plus complexes. Les éléments décoratifs sur notre instrument sont typiques de la période 1745-1755. Combinés aux éléments techniques, ils suggèrent que ‘D de L’ était soit un collaborateur du duc de Chaulnes, soit suffisamment proche de son cercle pour être fortement influencé par ses recherches.
Nous remercions monsieur Anthony Turner d'avoir catalogué ce lot.