Lot 17
  • 17

Baudelaire, Charles

Estimate
10,000 - 15,000 EUR
Sold
22,500 EUR
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Description

  • Baudelaire, Charles
  • Lettre autographe signée à sa mère. Bruxelles, 5 mars 1866.
  • ink on paper
4 p. in-8 (210 x 135 mm), en-tête gaufré de l’Hôtel du Grand Miroir. Signée "C.B."

Il envoie l’article que Paul Verlaine lui a consacré dans L’Art, refusant l'idée d’être le maître de qui que ce soit, tout en estimant le talent de la jeune génération.



"Il y a du talent chez ces jeunes gens ; mais que de folies ! quelles exagérations et quelle infatuation de jeunesse ! Depuis quelques années je surprenais, çà et là, des imitations et des tendances qui m'alarmaient. Je ne connais rien de plus compromettant que les imitateurs et je n'aime rien tant que d'être seul. Mais ce n'est pas possible ; et il paraît que l'école Baudelaire existe".



Le poète, qui compte travailler activement au Spleen de Paris, envisage son retour prochain en France et de ne revenir en Belgique que peu de jours.
"J’ai été dupe, dupe de la Belgique, et puis dupe de Lemer. […] il faut maintenant que je me débrouille tout seul, et que je répare le mal. Tu pourrais bien m’abandonner à mon sort, sans y ajouter des reproches.
Enfin j’aime encore mieux des reproches que rien du tout. Car ton silence est toujours pour moi ce qu’il y a de plus alarmant.
[…] Crois-tu donc que j’éprouve du plaisir à vivre dans un lieu peuplé de sots et d’ennemis, où j’ai vu plusieurs Français malades comme moi et où je crois que l’esprit s’altère comme le corps, sans compter que je me fais oublier et que je dénoue, sans le vouloir, toutes mes relations en France ?
Mon installation à Honfleur a toujours été le plus cher de mes rêves".



Après avoir donné des nouvelles de Sainte-Beuve qui a subi une intervention douloureuse (au pénis, suite de la malformation dont il souffrait secrètement), il parle de lui, de son régime alimentaire, craignant désormais les maux de tête, à l’exemple de l’éditeur Lécrivain, "repris par les névralgies, les affections bilieuses et les sueurs froides. Or cet homme, qui est un colosse de force, est dans un état pire que n’a été le mien".
Et il ajoute en post-scriptum qu’il n’a rien reçu d’Ancelle, se demandant s’il l’a offensé, et se promettant de le voir à son retour à Paris.



Les 16, 30 novembre et 23 décembre 1865, Verlaine, qui venait de publier ses Poèmes saturniens sous l’influence avouée de Baudelaire, avait fait paraître en trois livraisons une étude sur le poète représentant, selon lui, puissamment et essentiellement l’homme moderne "avec ses sens aiguisés et vibrants, son esprit douloureusement subtil, son cerveau saturé de tabac, son sang brûlé d’alcool". On connaît avec quelle compréhension et quelle finesse, Verlaine analyse dans cet article l’œuvre poétique et critique de l’auteur des Fleurs du Mal et des Salons, solidaire des railleries subies par lui en Belgique, admirateur absolu de son "impertinence flegmatique" et de sa "cruauté sublime", selon ses propres termes.



Provenance : Armand Godoy (1982, n° 211). -- Colonel Daniel Sickles (VII, 1991, n° 2707).



Références : Correspondance, II, p. 625.

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