Lot 11
  • 11

Baudelaire, Charles

Estimate
6,000 - 8,000 EUR
Sold
10,625 EUR
bidding is closed

Description

  • Baudelaire, Charles
  • Lettre autographe signée à sa mère. [Paris] mercredi 17 novembre 1858.
  • ink on paper
1 p. ½ in-8 (205 x 135 mm), adresse autographe au verso du second feuillet, timbre et marques postales, cachet de cire rouge. Signée "Charles". La lettre présente en marge une série de comptes et de chiffres de la main de Mme Aupick.

Belle lettre, au ton rageur.



Baudelaire, déménageant du quai Voltaire à Paris, a fait envoyer des caisses de livres chez sa mère, à Honfleur, ainsi qu’un exemplaire de L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly.  



"Mais tu es folle, radicalement folle. J'avais trois fois plus de livres, et j'en avais de magnifiques. Je les ai vendus dans le courant de l'année par nécessité. Ceux que tu as vus sont les derniers débris. Le nom de Castel s'est trouvé sur les caisses, parce qu'il en avait plusieurs chez lui (en gage ; il m'avait prêté de l'argent dessus -- le billet de 100 fr. le prouve) -- et que naturellement je lui ai envoyé ceux qui étaient restés chez moi, en le priant de faire lui-même les emballages. En ce moment-là, j'avais hâte d'envoyer tout cela là-bas, ne fût-ce que pour me sauver de la tentation d'en vendre. C'est ce qui explique trois caisses au lieu d'une. Cela s'est fait successivement. Voilà qui est expliqué. Ainsi tu t'es fait beaucoup de mal pour une pure vision. Cela m'a été fort amer. Quelle étonnante faculté pour se faire souffrir !
Je t'ai envoyé
L'Ensorcelée parce que c'est un livre admirable, tu le penseras comme moi, malgré son style chargé et bousculé. Tes remarques sont puériles [...]".



Baudelaire avait écrit quelques jours plus tard à Poulet-Malassis à propos de L'Ensorcelée (rééditée chez Bourdilliat) qu'il venait de relire et qui lui avait paru "encore plus chef-d'oeuvre que la première fois".
Il est probable que Mme Aupick recevant tous ces livres -- que son fils, dans cette lettre, lui suggère de ranger par catégorie -- a dû s’inquiéter de leur nombre, craignant des dépenses inconsidérées.
Baudelaire quitta définitivement l’hôtel Voltaire à la fin de l’année 1858, alternant ensuite les séjours à Alençon chez Poulet-Malassis, à Honfleur chez sa mère, ou encore chez Jeanne Duval, avant de s’installer rue d’Amsterdam, à l’hôtel de Dieppe.



Jules Barbey d'Aurevilly avait été un soutien amical et affectueux pour Baudelaire lors du procès des Fleurs du Mal, tentant de mobiliser ses amis autour du poète et d'une œuvre qu'il jugea de la plus forte unité dans l'article qu'il écrivit pour la défense du livre, article refusé par Le Pays et publié en août 1857 dans le recueil des Articles justificatifs pour Charles Baudelaire.



Références : Correspondance, I, p. 525 et notes.

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