Lot 9
  • 9

Statue masculine, Kopar, Village de Kopar, Embouchure du Sepik, Papouasie Nouvelle-Guinée

Estimate
150,000 - 200,000 EUR
Sold
483,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Statue masculine, Kopar, Village de Kopar, Embouchure du Sepik
  • wood and pigment
  • haut. 70 cm
  • 27 1/2 in

Provenance

Acquis in situ par M. H. Lissauer dans le village Kopar, ca. 1960
Collection M. H. Lissauer, Australie
Collection René et Odette Delenne, Bruxelles, acquis en 1969

Literature

Meyer, Art Océanien, 1995, p. 188, n° 193

Catalogue Note

Les grandes statues kandimbong de la région du Bas Sepik composent un corpus très étroit, à l'apogée duquel s'impose cette effigie de l'ancêtre mythique Andio. Collectée vers 1960 dans le village de Kopar, à l'embouchure du fleuve Sepik, elle traduit magistralement, entre force et sensibilité, les liens vitaux tissés entre le clan et les ancêtres, entre le visible et l'invisible.

Selon Smidt (in van Damme, Herreman et Smidt, Sculptuur uit Afrika en Oceanië, 1990, p. 236), les grandes statues kandimbong représenteraient, chez les peuples vivant dans la région de l'embouchure des fleuves Sepik et Ramu, le héros mythique fondateur du clan. Les informations recueillies par Mark Lissauer lors de sa collecte identifient cette figure masculine à la représentation de l'ancêtre Andio, "arrivé au village après un long voyage en pirogue à travers l'océan. [...] Andio était exhibé devant les guerriers à la veille d'une bataille" (Meyer, Art océanien, 1995, p. 188). La puissance de la représentation est d'emblée signifiée par la tension de la pose, exacerbant, dans la carrure des épaules et le décrochement des jambes, les forces vitales masculines. S'impose dès lors la beauté sévère du visage naturaliste, dont les traits resserrés sous le haut front bombé accentuent la saisissante prégnance. A ce manifeste de la force répond la parure hautement élaborée, puisant dans les motifs et les ajouts de matières pour signifier le lien entre le clan et le monde des ancêtres. Le haut statut d'Andio est signifié par les ornements en vannerie symbolisant "les vrais anneaux, richement décorés de dents de chien, de chauve-souris géante (roussette) et de cochon" (Kaufmann in Peltier et Morin, Ombres de Nouvelle-Guinée, Arts de la grande île d'Océanie dans la collection Barbier-Mueller, 2006, p. 413) et les petits coquillages ponctuant la barbe surmodelée et tressée. Tandis que les pigments ocre rouge - essentiellement préservés sur le visage - se réfèrent à la coutume consistant pour les hommes à s'enduire le corps d'un mélange de terre brûlée et d'huile de coco lors de festivités, les motifs curvilignes Taganap sigia profondément gravés sur les pectoraux et au dos, rappellent les scarifications pratiquées lors d'importantes étapes de la vie, telles que l'initiation ou le deuil d'un proche, "en gage d'alliance avec le monde surnaturel dans lequel le défunt venait d'entrer" (Smidt, idem).   

Sculptées et soigneusement préservées comme "des êtres dotés d'une âme" (idem), les grandes figures kandimbong de la région du Bas Sepik étaient exposées dans la maison cérémonielle des hommes, sollicitées lors des rituels d'initiation et considérées comme garantes du bien-être du clan. Si certaines étaient sculptées sur une base en dôme, d'autres, comme ici, s'achevant par des pieds en pointe, étaient présentées suspendues dans la maison des hommes (cf. Reche, 1913, pl. LXX, n° 7 et 8 ; Bülher, 1969, p. 85 ; et Sotheby's, Paris, 16 juin 2010, n° 13, pour une autre, anciennement dans les collections de Pierre Loeb, Pierre Vérité, et Marcia et John Friede). Si chacune témoigne des styles anciens les plus accomplis de la statuaire du Bas Sepik, l'effigie de l'ancêtre mythique Andio se distingue par l'éloquence avec laquelle l'artiste a donné souffle à son œuvre, prodigieux manifeste de l'union sacrée entretenue entre le monde des hommes et l'invisible. 

The great Kandimbong figures from the lower Sepik region are part of a very restricted corpus, the paragon of which is this effigy of the mythical ancestor Andio, from the René and Odette Delenne collection. Collected around 1960 in the village of Kopar on the Sepik estuary, it is a beautiful testament - both in its strength and sensitivity - to the bonds woven between the clan and its ancestors, between the Visible and the Unseen. 

According to Smidt (in van Damme, Herreman and Smidt, Sculptuur uit Afrika en Oceanië, 1990, p. 236), for the people living on the Ramu and Sepik river estuaries, the great Kandimbong statues are representations of the mythical hero who founded the clan. Information obtained by Mark Lissauer when he collected this piece identifies this male figure as a representation of the ancestor named Andio, "who came into the village after a long journey across the ocean in a canoe. [...] Andio was shown to the warriors on the eve of battle" (Meyer, Art océanien, 1995, p. 188). The might of the representation is instantly apparent in the tension of the figure's stance, exacerbating - in the squaring of the shoulders and the jutting-out of the legs - the vital masculine forces. The striking beauty of the naturalistic face thus stands out, with condensed facial features underneath the high domed forehead, emphasizing its striking presence. This show of strength is echoed in the highly intricate ornamentation, using patterns and adjuncts of various substances to materialize the bond between the clan and the world of the ancestors. Andio's elevated status is signified in the wicker ornaments that symbolise "the real rings, richly decorated with the teeth of dogs, bats (pteropus) and pigs." (Kaufmann in Peltier et Morin, Ombres de Nouvelle-Guinée, Arts de la grande île d'Océanie in the Barbier-Mueller collection, 2006, p. 413) and the tiny shells dotted across the over-modelled and braided beard. Whilst the red ochre pigments - preserved mostly on the face - are a reference to a custom practised by men, whereby they lathered their body in a mixture of burnt earth and coconut oil during festivities, the Taganap sigia curvilinear pattern deeply carved into the chest and back is reminiscent of the scarification practised at key stages of life, such as initiation or the mourning of a loved one, "as a covenant with the supernatural world that the deceased has entered". (Smidt, ibid).

 Carved and carefully preserved as "beings with a soul" (ibid), large Kandimbong figures from the lower Sepik were displayed in the ceremonial men's house, called upon during initiation rituals and considered guarantors of the welfare of the clan. Although some were sculpted on a domed base, others, such as this one, with their feet tapering to a point, were displayed hanging in the men's house (cf. Reche, 1913, pl. LXX, No. 7 and 8; Bülher, 1969, p. 85; and Sotheby's, Paris, 16 June 2010, lot 13, for another formerly in the Pierre Loeb, Pierre Vérité and Marcia and John Friede collections). If each statue is an embodiment of the most accomplished ancient styles of the Lower Sepik statuary, the effigy of the mythical ancestor Andio stands out for the eloquence with which the artist breathed life into his work, a prodigious testament to the sacred alliance between the world of men and the Unseen.

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