Lot 8
  • 8

Tambour cérémoniel, Lac Sentani, Province de Papouasie Occidentale, Indonésie (ex-Irian Jaya)

Estimate
120,000 - 180,000 EUR
Sold
363,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Tambour cérémoniel, Lac Sentani, Province de Papouasie Occidentale
  • wood and skin not cites
  • haut. 83 cm
  • 32 1/2 in

Provenance

Acquis in situ par Jacques Viot en 1929
Collection Renée Marteau, Bruxelles
Collection René et Odette Delenne, Bruxelles, acquis ca. 1970

Literature

Meyer, Art Océanien, 1995, p. 70-71, n° 48-49

Figure sur une photographie de terrain prise par Jacques Viot en 1929 (Metropolitan Museum of art, n° PSC 2006.101.622)

Socle par Kichizô Inagaki

Au dos : étiquette manuscrite portant le n° 133, et "907" inscrit à l'encre rouge

Catalogue Note

Dans le Paris des années 1920, l'art océanien, et en particulier l'art de la Mélanésie orientale encensé par les Surréalistes, s'impose dans le milieu des avant-gardes. Le collectionneur et galeriste Pierre Loeb en est l'un des principaux hérauts, et la collecte menée en 1929 par Jacques Viot dans les "îles du Sud", l'expédition légendaire. Le poète et aventurier, qui en 1925 avait organisé, à la Galerie Pierre, la première exposition parisienne de Miró et celle des peintres surréalistes, obtient de Pierre Loeb qu'il finance son expédition océanienne. En 1929, après une escale dans la baie de Geelvink, Jacques Viot atteint le but de son expédition : la région du Lac Sentani. A partir de 1933, les expositions dédiées aux découvertes de Viot se succèdent, à Paris comme à New York, célébrant la beauté des arts du Lac Sentani. Parmi les trésors rapportés de ce "château enchanté" (Viot, Déposition de blanc, 1932) s'imposent tant les emblématiques statues qu'il baptisa Le Lys (Australian National Gallery, Camberra) et Le Bossu (Jolika Collection, de Young Museum, San Francisco), que ce tambour cérémoniel, œuvre maîtresse de l'art du Lac Sentani. 

Conservés dans les maisons sacrées sous la surveillance des chefs (ondoafi), les tambours cérémoniels wachu étaient joués par les hommes initiés durant le rituel du karawari. "Intermédiaires entre les esprits et le monde des vivants, [...] chaque flûte et chaque tambour avait un nom (généralement lié aux oiseaux et à d'autres animaux). Ils étaient soient mâles, soit femelles. Cette nature dualiste se reflétait dans les sons, la taille des instruments et les motifs ornementaux. [...] D'une grande importance sociale et religieuse, ils étaient associés aux rituels visant à assurer le bien-être de toute la communauté" (Hermkens, "La région du Lac Sentani" in Peltier et Morin, Ombres de Nouvelle Guinée, 2006, p. 57-58). Si certains s'individualisent par l'élaboration des motifs champlevés ornant le fût, tous se distinguent par la ceinture marquant en léger relief la taille de l'instrument, "comparable à celle en étoffe d'écorce que les ondoafi portaient autour des reins" (idem, p. 399).

Rares sont les tambours du Lac Sentani ornés de figures anthropomorphes. Généralement sculptées sur la partie inférieure (collection Helena Folch in Martinez-Jacquet, Invocando a los espiritus, 2001, n° 60, et celui de l'ancienne collection Helena Rubinstein, figurant à côté du tambour de la collection Delenne sur le cliché de Viot), leur présence "suggère que les tambours cérémoniels représentaient des hommes bien précis, ou même qu'ils incarnaient des ancêtres" (idem). Plus exceptionnel encore - et à notre connaissance, unique -, ici le personnage s'inscrit dans le volume de la poignée, qu'il transcende pour venir imposer, de manière magistrale, la présence de l'ancêtre clanique.   

A la fluidité aérienne des lignes répondent la tension de la pose et la force du long visage piriforme aux traits finement signifiés, traduisant le style le plus abouti de la statuaire de cette région. Le geste sculptural l'apparente étroitement aux figures composant Le Lys, "admirable sculpture continuant sa vie intense, éternelle, secrète, cette vie mystérieuse que les artistes de notre temps ont essayé de capter" (Pierre Loeb, Voyages à travers la peinture, 1946, p. 110). 

In 1920s Paris Oceanic art, and especially the art of eastern Melanesia, was highly praised by the Surrealists and became a reference for the avant-garde. Collector and gallery owner Pierre Loeb was one of its main promoters, and the field collecting trip by Jacques Viot in the "Southern Islands" in 1929, its legendary expedition. A poet and adventurer - who had organized the first Paris exhibition of Mirò and of the surrealist painters in 1925 at the Galerie Pierre - Viot had Pierre Loeb finance his Oceanic expedition. In 1929, after a stopover in Geelvink bay, Jacques Viot reached the goal of his expedition: the Lake Sentani region. Starting in 1933, exhibitions dedicated to Viot's discoveries took place regularly - in both Paris and New York - and celebrated the beauty of the arts of Lake Sentani. Amongst the treasures brought back from this "enchanted castle" (Viot, Déposition de blanc, 1932) were the emblematic figures that he named Le Lys (the Lily, Australian National Gallery, Camberra) and Le Bossu (the Hunchback, Jolika Collection, de Young Museum, San Francisco) and, of equal magnificence, this ceremonial drum - a masterpiece of the art of Lake Sentani.

 

 

Kept in sacred houses under the supervision of the chiefs (ondoafi), the wachu ceremonial drums were played by initiated men during the karawari ritual. "As intermediaries between spirits and the living world, [...] each flute and drum had a name (generally related to birds and other animals). They could be either male or female. This dual nature was reflected in the sounds, the size of the instruments, and ornamental motifs. [...] with great social and religious significance, they were associated with rituals performed to ensure the welfare of the whole community " (Hermkens, "La région du Lac Sentani" in Peltier and Morin, Ombres de Nouvelle Guinée, 2006, p. 57-58). Although some are individualized by champlevé motifs adorning the barrel, they all feature a slightly raised belt around the instrument's middle, "resembling that made of bark-cloth worn by the ondoafi around their waist" (ibid, p. 399).

Very few Lake Sentani drums are decorated with anthropomorphic figures. Their lower part is generally sculpted (Helena Folch collection in Martinez-Jacquet, Invocando a los espiritus, 2001, No. 60, and the drum from the former Helena Rubinstein collection, shown next to the Delenne drum in Viot's photograph) and their presence "suggests that ceremonial drums represent specific people, or even embody ancestors" (ibid). More exceptional still - and in fact unique, to the best of our knowledge - in this piece the figure is encompassed within the handle's volume, and transcends it to emphasise, in all its glory, the presence of the clan ancestor.

The ethereal flow of the outline provides a counterbalance to the tension of the figure's stance and the forcefulness of the long pear-shaped face, in the most masterful display of the sculpture of the region. The sculptural gesture ties it closely to Le Lys (the lily), a "wonderful sculpture, continuing its intense, eternal, secret life - this mysterious life that artists of our time have tried to capture"  (Pierre Loeb, Voyages à travers la peinture, 1946, p. 110).

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