Lot 68
  • 68

Statue commémorative du Fon Tchatchuang, Royaume de Batoufam, Bamiléké, Cameroun

Estimate
500,000 - 700,000 EUR
Sold
735,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Statue commémorative du Fon Tchatchuang, Royaume de Batoufam, Bamiléké
  • wood

Provenance

Acquis au Cameroun, ca. 1970
Collection René et Odette Delenne, Bruxelles
Transmis par descendance

Exhibited

Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, Utotombo, L'art d'Afrique Noire dans les Collections privées belges, 25 mars - 5 juin 1988 

Literature

Lecoq, Les Bamiléké : Une civilisation africaine, 1953, n.p., fig. 92-93
Harter, Arts Anciens du Cameroun, 1986, p. 54
Heusch (de), Utotombo, L'art d'Afrique Noire dans les Collections privées belges, 
1988, p. 194, n° 141
Petridis, Fragments of the Invisible : The René and Odette Delenne collection of Congo Sculpture, 2013, p. 27, fig. 25

Catalogue Note

En octobre 2013, le Cleveland Museum of Art dévoilait au public, avec l’exposition et l’ouvrage Fragment of the Invisible, The René and Odette Delenne Collection, Congo Sculpture, un ensemble remarquable de trente-quatre œuvres du Congo. Elles avaient été cédées en 2011 (partiellement par donation) par Odette Delenne au musée de Cleveland, « afin qu’elles soient reconnues pour leurs qualités esthétiques et historiques » (in Petridis, 2013). Le public y découvrit l’œil et la personnalité hors du commun de René et Odette Delenne, comptant parmi les rares couples à avoir partagé une passion engagée pour les arts d’Afrique et d’Océanie.

Commencée vers la fin des années 1950, au lendemain de leur mariage, leur collection se distingue par la force et l’audace de son esthétique, reflétant le regard de l’artiste que fut René Delenne et que partagea dès leur rencontre son épouse Odette. Leur œuvre de collectionneur fut marquée par d’innombrables voyages d’exploration à travers le monde, et par leur profond engagement pour la reconnaissance des arts d’Afrique, notamment à travers les prêts majeurs consentis pour les expositions Kunst aus Schwartz-Africa (Zurich, 1970) et - l’emblématique - Utotombo (Bruxelles, 1988). Mis en lumière lors de cette exposition puis retourné pendant plus de vingt-cinq ans dans l'intimité de leur collection, ce portrait royal s'impose parmi les œuvres majeures de la statuaire africaine.  

Dans la région du Grassland camerounais, la statuaire monumentale était essentiellement dédiée à la célébration des souverains : elle exprimait leur puissance et signifiait à la communauté leur rôle de garant de la prospérité du royaume. Réalisée le plus souvent au cours des deux premières années de règne, l'effigie royale avait d'emblée valeur de mémorial. Elle était exhibée « à l'occasion d'un culte ancestral personnel du fon [roi] figuré, lors d'une liturgie liée à la protection de la tribu, à la fécondité ou à la fertilité de la terre, et parfois au cours de grandes solennités périodiques » (Harter, Arts Anciens du Cameroun, 1986, p. 54). Par ailleurs, l'exposition des effigies des rois et reines successifs contribuait à affirmer tant la légitimité que l'autorité de la dynastie régnante.

Dans le royaume de Batoufam, fondé à la fin du XVIIIe siècle et situé sur les hauts plateaux de la région de Batié, au centre du pays Bamiléké, Pierre Harter retrouva en 1957, « sous l'auvent d'une case richement décorée », et exactement tel qu'il avait été photographié en 1925 par Christol puis en 1947 par Lecoq, l'alignement chronologique des « statues commémoratives des huit derniers règnes successifs » de son histoire.

Huitième fon de la dynastie royale de Batoufam, Tchatchuang régna aux alentours des années 1880, et son portrait marque l'apogée du style : « au cours des règnes de Tchatchuang et de Pokam, le style du nouveau sculpteur royal était plus affiné [...]. Les torses des personnages étaient sveltes, allongés et cylindriques, depuis le bassin jusqu'à la partie haute du thorax, puis s'élargissaient à hauteur des épaules. L'élégance des cous était particulièrement frappante. [...] Le long nez fin, les paupières demi-closes et le grand front fuyant sont autant de détails qui [leur] donne une sereine noblesse » (Harter, idem, p. 298).  

Par-delà la représentation de ses attributs (haute coiffe ndop, corne à libation tenue dans la main droite, collier de dents de félins et multiples bracelets d'ivoire portés au bras gauche) et de la pose qui lui était réservée, c'est bien à l'individualité de l'artiste et à son talent remarquable que l'on doit, dans ce portrait du fon Tchatchuang, l'expression la plus sensible de la dignité royale.  

Bamileke commemorative figure of Fon Tchatchuang, Batoufam Kingdom, Cameroon

In October 2013, the Cleveland Museum of Art displayed a remarkable collection of thirty-four pieces from the Congo given (as part of a donation) by Odette Delenne to the museum of Cleveland in 2011, "in order for them to be recognized for their aesthetic and historical qualities" (in Petridis, 2013) for an exhibition, with an accompanying catalog, entitled Fragment of the Invisible, The René and Odette Delenne Collection, Congo Sculpture. The public discovered the eye and extraordinary personalities of René and Odette Delenne, who count among the few couples to have shared an unwavering passion for the arts of Africa and Oceania.

They started in the late 1950s, shortly after their marriage, and their collection stands out for the strength and boldness of its aesthetics, reflecting the vision of the artist that was René Delenne, a vision shared with his wife Odette from the moment they met. Their work as collectors was marked by countless journeys around the world and by their strong commitment to the recognition of the arts of Africa, which they particularly exercised through major loans for the exhibitions Kunst aus Schwartz-Africa (Zurich, 1970) and the emblematic Utotombo (Brussels, 1988). A star attraction of that exhibition, before being returned to the confines of their collection for the next twenty-five years, this royal portrait stands as a major piece of African statuary.

In the Cameroonian Grassland region, monumental statuary was essentially dedicated to the celebration of sovereigns: it expressed their power and signified to the community their role as guarantor of the kingdom's prosperity. Most often carved during the first two years of a monarch's reign, the royal effigy instantly gained memorial value. It was exhibited "during an ancestral personal cult of the figured Fon [king], during a liturgy relating to the protection of the tribe, to fecundity or to soil fertility, and sometimes at other important solemn occasions" (Harter, Arts Anciens du Cameroun, 1986, p. 54). Moreover, the exhibition of effigies of successive kings and queens helped to assert both the legitimacy and the authority of the ruling dynasty.

In the Batoufam kingdom, founded in the late 18th century and located in the highlands of the Batie region, in central Bamileke country, Pierre Harter found, in 1957, "under the awning of a richly decorated hut", exactly as it had been photographed in 1925 by Christol and then again in 1947 by Lecoq, the chronological alignment of the "commemorative statues of the last eight successive reigns" of its history.

The eighth Fon of the Batoufam royal dynasty, Tchatchuang reigned around 1880, and his portrait marks the culmination of the style: "during the reigns of Tchatchuang and Pokam, the style of the new royal sculptor was more refined [...]. The busts of the figures were slender, elongated and cylindrical from the pelvis up to the upper part of the chest, and then widened at shoulder height. The elegance of the necks was particularly striking. [...] The long slender nose, half-closed eyes and large sloping forehead are all details that imbue [them] with a serene nobility " (Harter, ibid, p. 298).

Aside from the representation of his attributes (high “Ndop” coiffure, libation horn held in the right hand, feline-tooth necklace and with multiple ivory bracelets worn on the left arm) and from the pose, that was the king's prerogative, it is undoubtedly the individuality of the artist and his remarkable talent that make this portrait of the Fon Tchatchuang the most percipient expression of royal dignity.

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