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Léon Spilliaert
Description
- Léon Spilliaert
- La Buveuse d’absinthe
- signé Léon Spilliaert et daté 1907 (en haut à droite)
- aquarelle, gouache, encre de Chine, lavis et craie de couleur sur papier
- 105 x 77 cm ; 42 1/8 x 30 3/8 in.
Provenance
Vente : Oud-Ostende, succession de M. Paul Van Houtte, années 1960
Collection particulière, Belgique (acquis avant 1975)
Par descendance au propriétaire actuel
Exhibited
Ostende, Galerij Onze Schilders, Léon Spilliaert, 1967, no. 106
Bruxelles, Musée d'Ixelles, Léon Spilliaert, 1972, no. 19
Helsinki, Kluuvin Galleria, Léon Spilliaert 1881-1946, 1975, no. 8
Oslo, Kunstnernes Hus, Léon Spilliaert, 1977, no. 9
Washington, The Phillips Collection & New York, The Metropolitan Museum of Art, Léon Spilliaert, Symbol and Expression in 20th century Belgian art, 1980, no. 10
Paris, Galeries nationales du Grand Palais & Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Léon Spilliaert 1881-1946, 1981-2, no. 18, reproduit p. 69
Lisbonne, Fundaçao Calouste Gulbenkian, Galeria de Exposiçoes Temporariás, Léon Spilliaert, 1984, n.n.
Winnipeg, The Winnipeg Art Gallery, Léon Spilliaert 1881-1946, 1985, no. 10
Francfort, Kunstverein, Pastelle und Zeichnungen des belgischen Symbolismus, 1988, n.n.
Ostende, Provinciaal Museum voor Moderne Kunst, Van Ensor tot Delvaux : Ensor, Spilliaert, Permeke, Magritte, Delvaux, 1996-97, n.n.
Paris, Musée-Galerie de la Seita, Spilliaert : œuvres de jeunesse, 1900-1918, Paris, 1997, n.n.
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Léon Spilliaert : Un esprit libre, 2006, no. 53
Literature
Francine-Claire Legrand, The Symbolist Movement, New York, 1980, reproduit p. 32
Francine-Claire Legrand, Léon Spilliaert et son époque, Anvers, 1981, reproduit p. 127
Xavier Tricot, Léon Spilliaert, les années 1900-1915, Gent, 1996, reproduit p. 163
Anne Adriaens-Pannier & Norbert Hostyn, Spilliaert, Paris, 1996, reproduit pp. 75-75
Anne Adriaens-Pannier, Spilliaert, Bruxelles, 1998, reproduit p. 67
Anne Adriaens-Pannier, Spilliaert, le regard de l'âme, Bruxelles, 2006, no. 104, reproduit p. 82
Condition
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Catalogue Note
Elle est triste enfin d’être lasse,
Elle est lasse enfin d’être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin
Et j’attends vos mains sur ma face."
Maurice Maeterlinck, 'Âme de nuit', Serres chaudes, 1889.
Dès la fin du XIXe siècle, l’absinthe est un thème récurrent d’inspiration pour les artistes. Célébrée par les poètes (que ce soit par Verlaine dans ses Confessions, Zola avec l’histoire tragique de Nana, Baudelaire, Hugo, Rimbaud ou Musset), cette liqueur nocive très en vogue à l’époque a également donné lieu à de multiples représentations picturales. De L’Absinthe de Degas (1876, Paris, Musée d’Orsay) aux nombreuses versions de La Buveuse d’absinthe que fit Picasso (en 1901 et 1902) en passant par les œuvres de Manet, Daumier, Toulouse-Lautrec ou par La Buveuse d’absinthe de Félicien Rops qui fit scandale en son temps (1865, Bibliothèque royale de Bruxelles, Cabinet des Estampes), de nombreux artistes se sont confrontés au thème de la "fée verte".
Dans cette œuvre magistrale de Spilliaert, le verre d’absinthe n’est pas expressément représenté. La composition met en scène une femme au teint spectral, dont la longue chevelure sombre se perd dans le noir de sa robe. De ses yeux exorbités, elle fixe le spectateur, son poing posé à l’angle droit pour se retenir de vaciller. L’attitude chancelante et la mine hagarde font de cette femme l’image-même de la femme droguée, oscillant entre la mort et la vie, à demi-consciente. Pour reprendre les termes d’Anne Adriaens-Pannier, "la femme trop parée de Spilliaert est sur le point de perdre tout ancrage dans le monde réel […]. Elle semble percer tout à coup l’énigme insondable de la vie par ses yeux exorbités, aux pupilles dilatées. Pour elle il n’y a pas de retour possible. […] Elle traîne le sentiment déchirant d’une existence perdue. La femme fatale est devenue un ange déchu, et les ombres de son regard trahissent déjà la fatalité de son destin" (Anne Adriaens-Pannier, Spilliaert, le regard de l’âme, Bruxelles, 2006, p. 83).
Le cadrage de la composition, l’angularité des formes, le contraste des sombres et des clairs et l’expressivité du visage confèrent à cette œuvre une puissance visuelle qui la rapproche des œuvres d’un Munch qui partage les mêmes influences que Spilliaert. Nous sommes ici au cœur-même de la démarche artistique de Spilliaert qui vise à retranscrire les ténèbres intérieures de chacun. La Buveuse d’absinthe reprend ainsi les mêmes canons plastiques que les iconiques autoportraits de l’artiste : teint livide, yeux hallucinés, cernes noirs, attitude vacillante, autant d’éléments visant à traduire l’enfoncement dans le gouffre de la conscience humaine. Afin d’exprimer cette démarche introspective, et dans le prolongement des noirs déjà explorés par Whistler et Redon, Spilliaert utilise principalement dans son art la technique de l’encre, du pastel et de la gouache, qui lui permet de mieux incarner cette atmosphère d’inquiétante étrangeté, mélange de mystère, de solitude et d’hallucination.