Lot 4
  • 4

René Magritte

Estimate
140,000 - 180,000 EUR
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Bidding Closed

Description

  • René Magritte
  • Shéhérazade
  • signé Magritte (en haut à droite) ; titré Sheherazade, signé Magritte et daté 1947 (au dos) ; poème signé Joë Bousquet (au dos)
  • gouache sur papier
  • 16.8 by 12.7 cm ; 6 5/8 by 5 in.

Provenance

Joë Bousquet, Carcassone (acquis de l'artiste)
Jacqueline Gourbeyre, Toulouse (don du précédent en 1948)
Puis par descendance

Literature

Joë Bousquet, Lettres à Magritte, Bruxelles, 1981
Pierre Cabanne, La Chambre de Joë Bousquet. Enquêtes et écrits sur une collection, Marseille, 2005, reproduit p. 129
Joë Bousquet, Lettres à une jeune fille, Paris, 2008, p. 9 (non reproduit)

Condition

Executed on cream wove paper, not laid down, fixed to the mount at the left edge. There is a small minor flattened crease in the upper left corner and a few tiny spots of fixing visible on the reverse of the sheet. Otherwise this work is in excellent original condition.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
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Catalogue Note

signed 'Magritte' (upper right); titled 'Sheherazade', signed 'Magritte' and dated '1947' (on the reverse); gouache on paper. Executed in 1947.

"Pour ma sœur, pour moi, Joë Bousquet, ce fut d’abord, et avant toute connaissance de son œuvre, une gouache de René Magritte : Shéhérazade. Une gouache de 17 cm sur 13, fascinante d’étrangeté et de force sensuelle, où les traits d’une jeune femme au regard lumineux et aux lèvres flamboyantes, sont figurés par des rangs de perles."

in Joë Bouquet, Lettres à une jeune fille, Paris 2008, p. 9

Témoin de sa lecture enthousiaste des Mille et une nuits qui a occupé Magritte durant l’été 1946, le visage de Shéhérazade s’évanouit ici en transparence pour former une sorte de dentelle précieuse en lévitation. Ce nouveau motif témoigne du goût de Magritte pour le merveilleux : au visage de perle répond le grelot, objet fétiche que l’on retrouve à maintes reprises dans l’œuvre de l’artiste. Ce dernier précisa que ce petit objet de métal fendu et sonore fut celui qu’il admirait au cou des chevaux de son enfance. Outre ces deux éléments, Magritte joue sur le caché/montré propre à l’érotisme, par un jeu de rideau qui masque le pendant du grelot. Nul ne saura jamais ce qu’il cache. L’apparition du fabuleux, du fantasmagorique associé au souvenir d’enfance confère à ce verdoyant paysage une singulière étrangeté teintée de rose et corrobore cette invitation au plaisir et au bonheur de vivre que Magritte revendique dans son art à la fin des années 1940.

Jacqueline Gourbeyre, prénommée Linette, conserva cette œuvre près de son lit jusqu’à la fin de ses jours. Cette gouache, ode au bonheur de vivre, le poète Joë Bousquet la lui avait offerte un jour de 1948. Celle-ci avait voulu qu’il soit "le lien" entre leurs deux chambres (comme le confie Joë Bousquet à René Magritte dans une lettre en date du 29 septembre 1948) : sa chambre d’étudiante toulousaine et cette chambre de Carcassone où une terrible blessure de guerre retenait prisonnier le "poète immobile".

Au dos de cette gouache est inscrit un magnifique poème manuscrit du 28 mai 1947 signé "son ami Joë" :

"A Isel

La mort, les plus grands yeux qui m’aiment

Deux roses que j’ai dans le sang

Où la mer fuit jamais la même

La soif qui la brûle au-dedans,

Où l’enfance en dansant me chasse

D’un corps qu’elle a baigné sans moi

Mon cœur met le monde à ma place

Je deviens la nuit qui le voit."