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Kazuo Shiraga
CHISHUSEI KANCHIKOTSURITSU
SIGNED AND DATED 61; SIGNED, TITLED AND DATED 1961 ON THE REVERSE; OIL ON CANVAS. EXECUTED IN 1961.
Estimate
1,000,0001,500,000
LOT SOLD. 2,057,500 EUR
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Kazuo Shiraga
CHISHUSEI KANCHIKOTSURITSU
SIGNED AND DATED 61; SIGNED, TITLED AND DATED 1961 ON THE REVERSE; OIL ON CANVAS. EXECUTED IN 1961.
Estimate
1,000,0001,500,000
LOT SOLD. 2,057,500 EUR
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Details & Cataloguing

Art Contemporain

|
Paris

Kazuo Shiraga
1924-2008
CHISHUSEI KANCHIKOTSURITSU
SIGNED AND DATED 61; SIGNED, TITLED AND DATED 1961 ON THE REVERSE; OIL ON CANVAS. EXECUTED IN 1961.
signé et daté 61;  signé, titré et daté 1961 au dos
huile sur toile
162 x 130 cm; 63 x 51 3/16 in.
Exécuté en 1961.
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Provenance

Galerie Stadler, Paris
Galerie Couvrat Desvergnes, Paris
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel (1990)

Literature

Kazuo ShiragaPainting born out of fighting, Toyoshina, Azumino Municipal Museum of Art, Amagazaki Cultural Center, Yokosuka Museum of Art, Japon, 2009; catalogue, no.101, illustré en couleurs

Catalogue Note

1961 – Amagasaki (Japon)

Depuis quelques mois, Shiraga travaille à sa première exposition individuelle en dehors du Japon, prévue pour début janvier 1962 à la galerie Stadler à Paris. Michel Tapié, le critique d’art et théoricien, dont le nom est indissociable de l’aventure de l’art informel dans les années 1950, est à l’origine de la rencontre entre Shiraga et Rodolphe Stadler. C’est déjà dans la galerie de la rue de Seine que deux ans auparavant, lors de l’exposition collective Métamorphoses, les collectionneurs européens et américains ont pu découvrir ses œuvres pour la première fois.

Adoptant les préceptes du mouvement Gutaï dont il est l’un des leaders, l’art de Shiraga symbolise la quête d’une interaction immédiate entre le corps et la matière, entre l’énergie déployée par l’action de l’artiste et le support de son expression. Depuis l’exposition Métamorphoses de 1959, Tapié, le découvreur, et Stadler, le marchand, ont une influence grandissante sur le travail de Shiraga et en cette année 1961, la gestualité dans l’excès qui caractérisait ses premières œuvres comme Challenging Mud (1955), fait place à une peinture plus « structurée ». Peindre est plus que jamais un rituel mais Shiraga choisit de se préoccuper davantage des effets picturaux, des choix de couleurs et de la trace finale sur le support, et de minorer l’importance des performances pendant l’élaboration de l’œuvre.

Shiraga fait aussi des promesses à Rodolphe Stadler… Il promet de lui envoyer une douzaine d’oeuvres tous les ans. Il promet, comme lui a conseillé le galeriste, de travailler sur toile et abandonne le papier (son support de prédilection des années 1950) et il souscrit à une des recommandations de Michel Tapié, donner des titres à ses tableaux. Mais comment titrer une œuvre d’action painting ? Jackson Pollock et Yves Klein, deux contemporains de l’artiste japonais et eux aussi dans un rapport physique à la toile, avec respectivement leurs drippings et Anthropométries, choisissent de les numéroter chronologiquement …  Shiraga a lui aussi déjà opté pour la numérotation, comme pour Work 2, œuvre de 1958, magistrale par ses dimensions, aujourd’hui au Guggenheim Museum de New York. Cependant, depuis quelques mois, c’est une des épopées les plus importantes de la Chine médiévale qui l’inspire: Au bord de l’eau (Water Margin series). Dans ce « roman », de tradition orale, dont la compilation au XIVème siècle est attribuée à Shi Nai’an, 108 bandits/héros se révoltent contre la corruption du gouvernement et des hauts fonctionnaires de l’empereur. Il s’agit d’une des épopées les plus violentes de la littérature chinoise où les 108 combattants-justiciers sont inspirés par 108 démons, 108 un nombre magique en Chine où le chapelet bouddhiste compte 108 grains… Shiraga pour qui le combat avec la matière est intimement lié à la nécessité d’un retour aux énergies primitives, connaît bien cette œuvre, notamment au travers des estampes japonaises comme celle d’Ichiyûsai Kuniyoshi qui un siècle plus tôt représenta chaque  héros de la série, aux noms tous évocateurs de leurs qualités martiales le Léopard à tâches d’or,  Le Dragon unicorne … A partir du début de années 1960, Au bord de l’eau va inspirer Shiraga pendant près de quarante ans, pour titrer une sélection d’œuvres parmi ses grands formats, en fonction notamment de son ressenti pendant leur exécution.

Chishusei Kanchikotsuritsu, l’oeuvre que nous présentons, ou Zhu Gi en chinois est l’un de ces 108 héros, il est le "Caïman hors de l’eau". Avec Chishusei Kanchikotsuritsu  notre regard est happé par l’intensité des couches successives de couleurs qui s’entremêlent. Les tourbillons de rouges résultent d’une gestuelle de combat où l’esthétisme rouge-sang évoque l’univers du héros. L’artiste y déploie librement son énergie de part en part. Dans cette dramatique de tons, l’huile est appliquée généreusement, en amas évoquant la texture de la lave. Les projections et éclats de peinture témoignent de la force du geste. L’enchevêtrement des couleurs atteste une agilité triomphante.

En 1961, Shiraga marque à jamais l’histoire de l’abstraction de son empreinte.

1961 – Amagasaki (Japan)

Shiraga has been working for a few months on his first solo show outside of Japan, scheduled for early January 1962 at the Stadler Gallery in Paris. Michel Tapié, the art critic and historian whose name is inseparable from the venture of informal art since the 1950s, is behind Shiraga’s meeting with Rodolphe Stadler. Two years before, European and American collectors were already able to see his works, for the first time, at the rue de Seine gallery during the group show Métamorphoses.

Shiraga’s art adopts the guidelines of the Gutai movement, of which he was one of the leaders, and symbolises the search for an immediate interaction between the body and the material, between the energy deployed by the artist’s action and the medium of his expression. Since the Métamorphoses exhibition in 1959, Tapié, the discoverer, and Stadler, the dealer, have had a growing influence on Shiraga’s work and in 1961, the gestural excess that characterised his first works such as Challenging Mud (1955), gives way to a more “structured” painting technique. More than ever, painting is a ritual yet Shiraga chooses to work more on the pictorial effects, the choice of colour and the final strokes on the support and to reduce the importance of performance during the making of the work.

Shiraga also makes promises to Rodolphe Stadler. He promises to send him a dozen works every year. He promises, as his art dealer advised him, to work on canvas and to abandon paper (his favourite medium in the 1950s) and he subscribes to one of Michel Tapié’s recommendations,  giving titles to his paintings. But how to title an action painting? Jackson Pollock and Yves Klein, two of the Japanese artist’s contemporaries who also had a physical relationship with the medium with, respectively, their drippings and Anthropométries, chose to number their works chronologically. Shiraga also opted for numbering himself, as with the large format Work 2, dating from 1958 and now at the Guggenheim Museum in New York. However, during the past few months he was inspired by one of the most important epic sagas of Medieval China: Water Margin Series. In this “novel” of oral tradition, whose compilation in the 14th century is attributed to Shi Nai’an, 108 bandits/heroes rebel against the corruption of the government and the emperor’s senior officials. It is one of the most violent sagas in Chinese literature where the 108 fighting Robin Hood characters were inspired by 108 demons, 108 is a magic number in China where the Buddhist prayer beads contain 108 grains... Shiraga, for whom the fight with material is intimately linked to the necessity of a return to primitive energies, knew this work well, especially through Japanese prints such as those by Ichiyusai Kuniyoshi who, a century earlier, had represented each hero in the series with names evocative of their martial qualities The Leopard with the Golden Spots, The Unicorn Dragon. From the beginning of the 1960s, Water Margin would inspire Shiraga for almost forty years, as the title of a selection of works among his larger formats, in particular according to his feelings during their creation.

Chishusei Kanchikotsuritsu, the present work, or Zhu Gi in Chinese, is one of these 108 heros, it is the “Caiman out of water”. With Chishusei Kanchikotsuritsu our gaze is caught by the intensity of the successive layers of combining colour. The whirls of red are the result of a gesture of combat where the red-blood aestheticism evokes the hero’s world. Here, the artist freely distributes his energy right through the work. In this dramatic play of tones, the oil colour is applied generously, in piles suggestive of lava. The splashes and splatters of paint testify to the force of his gestures. The jumble of colours demonstrates a triumphant agility.

In 1961, Shiraga left his mark forever on the history of abstraction.

Ichiyûsai Kuniyoshi, Chishusei Kanchikotsuritsu, circa 1850 © D.R.
Kazuo Shiraga dans son atelier circa 1965 © D.R.

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