PF1313

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Lot 82
  • 82

Bloy, Léon

Estimate
5,000 - 8,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Bloy, Léon
  • La Résurrection de Villiers de L'Isle-Adam. Paris, E. Lecampion - A. Blaizot éditeur, 1906.
édition originale. Grand in-8 (245 x 150 mm). Demi-chagrin rouge à coins, dos lisse titré et orné de filets dorés et estampés, couverture. Tirage à 1 000 exemplaires sur vélin, après 25 sur Japon.
Plaquette de souscription pour l’érection d’un monument en hommage à Villiers de l’Isle-Adam, dix-sept ans après la mort de l’écrivain, avec un envoi autographe signé à la justification, "à mon ami Féli Gautier / pour l’amour de cette somptueuse crapule de Baudelaire". Une correction autographe est portée au titre, Bloy ayant ajouté  "avec une reproduction 'de la maquette' du monument".
Ce projet confié au breton Frédéric Brou (1862-1925) resta inachevé, le sculpteur en réalisant deux plâtres, dont un grandeur nature, offert au musée de Saint-Brieuc.

- En tête, ont été montées sur onglets huit lettres autographe signées de bloy à villiers de l’isle-adam, 7 avril 1886-6 septembre 1888. 16 pages in-8. A travers cet important ensemble dans lequel Huysmans est cité à plusieurs reprises, on mesure toute l’amitié orageuse qui liait ces trois hommes. Car si ces pages sont emplies de chaleureuses exergues, on perçoit tout autant les reproches de Bloy envers Villiers, son compagnon de misère, mais dont il ne supporte, ni l’ironie ni les indécisions, notamment lors de l’épisode de Dieppe lorsqu’il l’exhorte en vain à se rendre auprès du ministre anglais, Lord Salisbury, pour y obtenir de l’aide.
Le 7 avril 1886, il lui confie sa nouvelle adresse, rue Blomet, sous le sceau du secret : "C’est là que je me cache. Il est d’une importance inexprimable de ne communiquer cette adresse à personne. Sur le gril même, vous devriez héroïquement la céler. Sinon, vous serez mon assassin". Et après avoir cité deux psaumes de la Bible : "j’ai tort de répandre mes citations devant toi, ô écrivain dénué de symbolisme et d’exégèse, mais, vois-tu, partout [mot souligné] dans le Livre, le mot ARGENT signifie PAROLE DE DIEU"…  Dix jours plus tard, il réclame l’aide promise par Villiers pour aider son frère "condamné pour don quichottisme violent, aux TRAVAUX FORCES !!! Je sais que vous êtes un homme malheureux et que c’est peut-être énorme de vous demander cela. Mais croyez-moi, Villiers, si j’étais en agonie et que vous eussiez besoin de moi, je vous aime tant qu’il me semble que je retrouverais un peu de force pour vous secourir"...  Frère cadet de Léon, ancien soldat et colon en Indochine, Georges Bloy fut effectivement condamné à 6 ans de travaux forcés en Nouvelle-Calédonie, s’y installant après sa libération et y décédant en 1908 [voir en fin de volume, l'article de presse consacré à cette affaire].
Bloy renouvelle ses appels au secours : "je crève, faute de quelques sous. Vous n’avez pas idée de ma détresse. […] Les serviteurs de Charles XI se montreront-ils aussi durs et aussi profondément malhabiles que les domestiques de Chambord, qui n’ont jamais su que repousser les gens de talent et faire mourir de misère ou de dégoût ?". Alors que Bloy travaille à la copie du conte de Villiers, Midas, il conseille à son ami de se rendre à Dieppe, prophétisant le succès de ce voyage, le pressant de se faire payer son manuscrit, d’aller chez un tailleur, d’agir sur le champ avec une énergie de désespéré et surtout d’accepter d’être "sordide" ! Mais Villiers rechignant visiblement à cet effort, Bloy l’accable : "Tu écoutes mal, comme font les tigres, alors qu’on voudrait de toi l’acoustique respectueuse des éléphants. Le redoutable équivoque d’un seul mot te déracine de mes harangues les plus nutritives & fait aussitôt verser ton esprit dans le sauve-qui-peut des calembredaines"… Il affirme avec force que s'il est prêt à donner des morceaux de sa propre chair et de sa vie pour le sauver, Villiers est le principal responsable de sa situation misérable : "Tu n’as pas voulu et tu ne veux pas avoir d’amis. Quand il s’en est offert, tu as pris à tâche de les rebuter, ne faisant nulle différence entre eux & le premier compagnon venu. Imprudence terrible car les AMES ne sont pas une denrée commune"
Deux pages de cette dernière lettre sont couvertes de gribouillis enfantins (peut-être de la main du fils de Villiers, Victor, né en 1881 de sa compagne Marie).

En fin de volume, on trouvera quelques coupures de presse et documents dont un article de 1948 par Albert Béguin qui s’est inspiré de ces lettres communiquées par le libraire Saffroy (lettres jointes), ou encore deux pages de notes par l’illustrateur Henry Detouche "En revenant de l’inauguration de la tombe de Villiers de l’Isle-Adam au Père Lachaise"…