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Alain-Fournier
Estimate
6,000 - 8,000 EUR
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Description
- Alain-Fournier
- Lettre autographe signée "H. F.", à René Bichet. Lundi matin, 27 mai [19]07.
8 pages in-8 sur papier quadrillé (170 x 110 mm), montées sur onglets. Très légères rousseurs. Reliure souple plein maroquin noir, titre doré, étui.
Alain-Fournier comprend la fatigue et le désespoir de son camarade qui effectue son service militaire, et cherche à le soutenir : "Ce sont ces grands soulèvements, ces désirs infinis qui nous transportent dans l’Autre Pays ; ce sont ces paysages de nos désirs, peut-être de nos souvenirs qu’il faut atteindre, dont il faut se rendre dignes". Il raconte comment, avec Jacques Rivière, ils ont adressé à Maurice Denis une lettre d’admiration qui leur ont valu d’être invités par le peintre à Saint-Germain-en-Laye, où ils ont été reçus avec chaleur. "On sent cette sureté tranquille, cette certitude joyeuse que nous avions pressentie. Il dit en peinture comme en littérature, il y a eu à partir des impressionnistes, un mouvement nouveau… Il parle de Gauguin, de Sérurier, de Cézanne". Maurice Denis, les ayant conviés dans son atelier, la conversation s’est poursuivie autour des œuvres du maître : "Il est très difficile de dire ce que nous en pensons, car il ne parle jamais de lui-même, et ne répond pas quand on en parle". Avec Mme Denis, ils ont discuté de Paul et Camille Claudel, Charles-Louis Philippe, André Gide, Suarès, Charles Guérin, Eugène Carrière ou encore de la ville de Florence. "On se sent entouré de paix et de joie". Il est ensuite question des poèmes de Bichet, en vers libres qu'Alain-Fournier juge trop faciles même s’il s’y trouve de très jolies choses. Sont encore évoquées les figures de Paul Fort qui laisse couler la revue Vers et Prose, André Gide à l’esprit très protestant, Francis Jammes qui a découvert Paul Claudel. A propos d’un mot de Jacques Rivière sur Charles Guérin, Alain-Fournier exprime une exigence de pensée toute singulière : "Il faut abandonner cette intuition littéraire dangereuse, ou au moins l’appuyer sur la technique et les renseignements que nous acquérons en ce moment avec passion".
Montée à la suite, une lettre autographe signée de Maurice Denis, adressée au poète et essayiste Marcel Abraham (1 page in-12, adresse au verso), parlant de la lettre rédigée à deux mains par Rivière et Alain-Fournier qu’il a peu fréquenté mais qu’il a trouvé charmant "sans me douter qu’il portait en lui cet admirable Grand Meaulnes qui est un chef d’œuvre et fut un événement littéraire. Je suis très fier qu’il est inscrit mon nom en tête du Corps de la femme, autre chef d’œuvre, et tellement touchant".
Alain-Fournier comprend la fatigue et le désespoir de son camarade qui effectue son service militaire, et cherche à le soutenir : "Ce sont ces grands soulèvements, ces désirs infinis qui nous transportent dans l’Autre Pays ; ce sont ces paysages de nos désirs, peut-être de nos souvenirs qu’il faut atteindre, dont il faut se rendre dignes". Il raconte comment, avec Jacques Rivière, ils ont adressé à Maurice Denis une lettre d’admiration qui leur ont valu d’être invités par le peintre à Saint-Germain-en-Laye, où ils ont été reçus avec chaleur. "On sent cette sureté tranquille, cette certitude joyeuse que nous avions pressentie. Il dit en peinture comme en littérature, il y a eu à partir des impressionnistes, un mouvement nouveau… Il parle de Gauguin, de Sérurier, de Cézanne". Maurice Denis, les ayant conviés dans son atelier, la conversation s’est poursuivie autour des œuvres du maître : "Il est très difficile de dire ce que nous en pensons, car il ne parle jamais de lui-même, et ne répond pas quand on en parle". Avec Mme Denis, ils ont discuté de Paul et Camille Claudel, Charles-Louis Philippe, André Gide, Suarès, Charles Guérin, Eugène Carrière ou encore de la ville de Florence. "On se sent entouré de paix et de joie". Il est ensuite question des poèmes de Bichet, en vers libres qu'Alain-Fournier juge trop faciles même s’il s’y trouve de très jolies choses. Sont encore évoquées les figures de Paul Fort qui laisse couler la revue Vers et Prose, André Gide à l’esprit très protestant, Francis Jammes qui a découvert Paul Claudel. A propos d’un mot de Jacques Rivière sur Charles Guérin, Alain-Fournier exprime une exigence de pensée toute singulière : "Il faut abandonner cette intuition littéraire dangereuse, ou au moins l’appuyer sur la technique et les renseignements que nous acquérons en ce moment avec passion".
Montée à la suite, une lettre autographe signée de Maurice Denis, adressée au poète et essayiste Marcel Abraham (1 page in-12, adresse au verso), parlant de la lettre rédigée à deux mains par Rivière et Alain-Fournier qu’il a peu fréquenté mais qu’il a trouvé charmant "sans me douter qu’il portait en lui cet admirable Grand Meaulnes qui est un chef d’œuvre et fut un événement littéraire. Je suis très fier qu’il est inscrit mon nom en tête du Corps de la femme, autre chef d’œuvre, et tellement touchant".
Catalogue Note
C’est en décembre 1907 qu’Henri Alban Fournier avait fait paraître son premier article, sous le pseudonyme d’Alain-Fournier dans La Grande revue. Quant à René Bichet, camarade de Rivière et de Fournier lors de leurs années de normaliens au Lycée Lakanal de Sceaux, il devait mourir à 25 ans d’une overdose de morphine, laissant derrière lui quelques poèmes publiés dans la NRF et le souvenir de cette grande amitié avec le futur auteur du Grand Meaulnes.
[On joint :] Lettres d’Alain-Fournier au petit B[ichet]. Précédées de La Fin de la jeunesse par Claude Aveline. Paris, Emile-Paul frères, 1930. In-8 broché sous chemise et étui. édition originale. Un des 20 exemplaires de tête sur Japon, n° 7.