PF1313

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Lot 59
  • 59

[Zola, Emile] -- Alfred Dreyfus

Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description

  • [Zola, Emile] -- Alfred Dreyfus
  • Carte pneumatique autographe signée à Emile Zola. Jeudi [29 nov. 1900], 53 rue de Châteaudun.
Pneumatique à  l'adresse d'Emile Zola, 21bis rue de Bruxelles envoyé par Alfred Dreyfus à son retour à Paris : "Cher Maître, Je suis heureux de vous dire que je suis arrivé à Paris. Je sors fort peu en ce moment, mais dès que je serai plus libre de mes mouvements, je satisferai enfin un de mes désirs les plus ardents, celui de faire votre connaissance et de vous exprimer de vive voix toute mon admiration, toute mon affection et toute ma reconnaissance. Bien à vous. A. Dreyfus".

Catalogue Note

Arrêté le 15 octobre 1894, Alfred Dreyfus est incarcéré à la prison du Cherche-Midi. Il passe en conseil de Guerre le 19 décembre 1894 ; le 22 décembre, il est condamné à l’unanimité pour trahison "à la destitution de son grade, à la dégradation militaire et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée". Le 22 février, il est déporté à destination de l’île du Diable où il demeurera cinq ans. Le 3 juin 1899, la cour de cassation casse le jugement du 22 décembre 1894. Dreyfus apprend la nouvelle le 5 juin, il quitte l'île le 9 pour débarquer le 1er juillet dans la prison militaire de Rennes. "Là où je croyais trouver des hommes unis dans une commune pensée de justice et de vérité, désireux de faire oublier toute la douleur d'une effroyable erreur judiciaire, je ne trouvais que des visages anxieux, des précautions minutieuses, un débarquement fou en pleine nuit sur une mer démontée...." (cf. Cinq année de ma vie, p. 323). Il vit d'abord sa femme, puis le 3 juillet ses avocats, maîtres Demarge et Labori qui lui exposèrent rapidement "L'Affaire". Le 4 juillet, ils lui remirent les compte-rendus des procès de 1898, l'enquête de la chambre criminelle, les débats devant la cour de cassation. Il lut alors le procès de Zola "dans la nuit qui suivit, sans pouvoir m'en détacher. Je vis comment Zola fut condamné pour avoir voulu et dit la vérité...." (idem, p. 325).
"Si je n'ai pas été un des premiers, dès votre retour en France, à vous écrire toute ma sympathie, toute mon affection, lui écrit Zola à son retour, c'est que j'ai craint que ma lettre ne reste pour vous incompréhensible. Et j'ai voulu attendre que votre admirable frère vous ait vu, vous ait dit notre long combat".
Le capitaine Dreyfus passera ses premiers mois à Carpentras avec sa famille puis en Suisse à Cologny. Mais à la fin de l'automne 1900, son frère Matthieu lui demande de revenir à Paris, où son absence est mal interprétée. Il rentre donc fin novembre.
A son arrivée, le 29 novembre, Dreyfus adresse ce pneumatique à Zola pour lui témoigner sa reconnaissance et l'envie de le connaître.
En 1901, paraissent La Vérité en marche de Zola ainsi que Cinq années de ma vie de Dreyfus. Les deux hommes s'adressent leurs exemplaires avec sur chacun un envoi autographe signé.
Malheureusement, dans la nuit du 28 septembre 1902, Zola meurt victime d'une intoxication au monoxyde de carbone dans sa chambre à coucher de la rue de Bruxelles. Dreyfus accourt chez Zola pour se reccueillir devant sa dépouille. Dans la nuit du 4 au 5 octobre, il veille Zola avec sa femme et se rendra aux obsèques le lendemain écouter l'éloge rendu par Anatole France à l'auteur de J'accuse... ! : "Envions-le : il a honoré sa patrie et le monde par une oeuvre immense et un grand acte. [...] Il fut un moment de la conscience humaine".