- 51
Sand, George
Estimate
8,000 - 12,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed
Description
- Sand, George
- Lettre autographe signée à Eugène Delacroix. Paris, 23 (?) septembre 1840.
6 p. in-8 (204 x 133 mm).
"Vous savez bien que vous me manquez diablement et que les soirées sont longues et tristes sans vous". Elle a été admirer le drame du Naufrage de la Méduse : "Cela nous a enchanté comme vous l'avez été, le radeau est vraiment une chose étonnante. C'est le tableau de Géricault animé, et ce qui m’a le plus surpris c’est qu’on soit arrivé à rendre la couleur terrible et blafarde ; la voile du vaisseau sauveur est aussi une chose merveilleuse. Que cela devait être beau quand les peintures étaient fraîches ! A présent tout cela est un peu éraillé, et pourtant c’est encore si impressionnant que nous en sommes sortis le cœur tout gros. Mais aussi, quelle situation à se représenter, quelles angoisses, et quel désespoir !". A propos du procès de Madame Lafarge : « Jamais affaire a-t-elle été plus mystérieuse, plus confuse, plus mal menée, plus sèchement plaidée, plus salement poursuivie par le ministère public, et plus étrangement dénouée ? Oui, elle est coupable – oui, elle est sauvée de la mort par les circonstances atténuantes. Quelle atténuation, si elle a empoisonné son gueusard de mari avec tant de perfidie, de sang-froid et d’impudence ? [...]". Elle mentionne alors Balzac : "Et voilà que pour en finir et pour s’épargner l’ennui de s’éclairer davantage, on finit par la réalisation du mot de Balzac : elle est coupable, mais comme c’est son mari qu’elle a occis, il faut admettre les circonstances atténuantes !" Geoges Sand a elle-même été "tentée d’écrire là-dessus une sortie contre les statuts judiciaires, et l’esprit des lois. Ça n’aurait pas été aussi beau ni aussi savant que Montesquieu. Mais ça aurait été plus vrai sur bien des points". Elle ne veut en aucun cas suivre la démarche de Balzac avec l’affaire Peytel : "Cela n'était pas beau de sa part, et je ne sais pas si après cela, une plume littéraire pourra de longtems se consacrer à la défense d'un principe de ce genre, sans inspirer de vilaines méfiances sur le bon sens ou le désintéressement de l'auteur. [...]" Quant à elle : "[...] Je griffonne toujours toute la sainte nuit, pour ne pas dire la sacrée nuit.
[...] Heureusement qu’il y a encore pour chacun de nous une demi-douzaine d’êtres à chérir et à estimer. Moi j’ai des mioches à morigéner, un infâme gamin de Chopin à rosser et des coquins de vieux frères comme vous à donner au diable quand ils s’en vont courir la prétentaine loin de moi. [...] Courage mon vieux, faites de la mélancolie pas trop noire. Nous nous aimerons toujours de près comme de loin, ce qui est plus rare que de s’aimer de loin comme de près, et vous nous ferez de la couleur pour nous remettre un peu du froid qu’il fait et des tableaux comme Stratonice [d'Ingres] [...]".
"Vous savez bien que vous me manquez diablement et que les soirées sont longues et tristes sans vous". Elle a été admirer le drame du Naufrage de la Méduse : "Cela nous a enchanté comme vous l'avez été, le radeau est vraiment une chose étonnante. C'est le tableau de Géricault animé, et ce qui m’a le plus surpris c’est qu’on soit arrivé à rendre la couleur terrible et blafarde ; la voile du vaisseau sauveur est aussi une chose merveilleuse. Que cela devait être beau quand les peintures étaient fraîches ! A présent tout cela est un peu éraillé, et pourtant c’est encore si impressionnant que nous en sommes sortis le cœur tout gros. Mais aussi, quelle situation à se représenter, quelles angoisses, et quel désespoir !". A propos du procès de Madame Lafarge : « Jamais affaire a-t-elle été plus mystérieuse, plus confuse, plus mal menée, plus sèchement plaidée, plus salement poursuivie par le ministère public, et plus étrangement dénouée ? Oui, elle est coupable – oui, elle est sauvée de la mort par les circonstances atténuantes. Quelle atténuation, si elle a empoisonné son gueusard de mari avec tant de perfidie, de sang-froid et d’impudence ? [...]". Elle mentionne alors Balzac : "Et voilà que pour en finir et pour s’épargner l’ennui de s’éclairer davantage, on finit par la réalisation du mot de Balzac : elle est coupable, mais comme c’est son mari qu’elle a occis, il faut admettre les circonstances atténuantes !" Geoges Sand a elle-même été "tentée d’écrire là-dessus une sortie contre les statuts judiciaires, et l’esprit des lois. Ça n’aurait pas été aussi beau ni aussi savant que Montesquieu. Mais ça aurait été plus vrai sur bien des points". Elle ne veut en aucun cas suivre la démarche de Balzac avec l’affaire Peytel : "Cela n'était pas beau de sa part, et je ne sais pas si après cela, une plume littéraire pourra de longtems se consacrer à la défense d'un principe de ce genre, sans inspirer de vilaines méfiances sur le bon sens ou le désintéressement de l'auteur. [...]" Quant à elle : "[...] Je griffonne toujours toute la sainte nuit, pour ne pas dire la sacrée nuit.
[...] Heureusement qu’il y a encore pour chacun de nous une demi-douzaine d’êtres à chérir et à estimer. Moi j’ai des mioches à morigéner, un infâme gamin de Chopin à rosser et des coquins de vieux frères comme vous à donner au diable quand ils s’en vont courir la prétentaine loin de moi. [...] Courage mon vieux, faites de la mélancolie pas trop noire. Nous nous aimerons toujours de près comme de loin, ce qui est plus rare que de s’aimer de loin comme de près, et vous nous ferez de la couleur pour nous remettre un peu du froid qu’il fait et des tableaux comme Stratonice [d'Ingres] [...]".
Catalogue Note
Sand et Delacroix firent connaissance en 1834-1835 par l'intermédiaire de l'éditeur Buloz. En 1838, le peintre réalisa le fameux portrait de Sand et Chopin qu'il ne termina jamais et qui se trouve aujourd'hui séparé en deux (huile sur toile, Musée du Louvre, Paris et Musée d’Ordrupgaard, Danemark). Très proches l'un de l'autre, Sand et Delacroix ont échangé une abondante correspondance. Admiratrice de sa peinture, Sand lui demanda, à partir de 1839, d'accueillir son fils Maurice dans son atelier. Sand recut Delacroix à plusieurs reprises à Nohant en 1842, 1843 et 1846, séjours au cours desquels il réalisa de nombreux croquis. En 1855, elle lui a consacré un chapitre dans Histoire de ma vie. Dans une lettre datée du 12 janvier 1861, Delacroix lui écrivit : « Je n’ai plus de place que pour vous dire que je vous aimerai toujours ».
références : a figuré à l'exposition George Sand, visage du romantisme, Bibliothèque Nationale 1977 (n° 317). -- Balzac et le Berry, Maison de Balzac, 1980 (n° 124). -- Voir Correspondance (éd. G. Lubin, t. V, p. 143).
provenance : Alfred Dupont -- Colonel Daniel Sickles (IV, 1990, n° 1357).