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Proust, Marcel
Description
- Proust, Marcel
- Poème autographe signé à Maurice Rostand sur le duc de Richmond, sous une reproduction du tableau de Van Dyck. [Vers 1912-1913].
Catalogue Note
Sur le Duc de Richmond,
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux
En chemise bleu pâle, une main à la hanche,
Dans l'autre, un fruit feuillu détaché de la branche
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux.
Debout, mais reposé dans cet obscur asile,
Duc de Richmond, ô jeune sage ! — ou charmant fou ? —
Je te reviens toujours... — Un saphir à ton cou,
A des feux aussi doux que ton regard tranquille. »
Ces vers de Proust font partie du portrait d’Antoon Van Dyck qui fut récité, avec d’autres portraits de Cuyp, Watteau et Potter, sur une musique de Reynaldo Hahn le 28 mai 1895 chez Madeleine Lemaire. Publiés ensuite le 21 juin 1895 dans Le Gaulois, les Portraits de Peintres seront édités en volume le 1896 Au Menestrel en même temps que les partitions de Hahn, puis intégrés dans Les Plaisirs et les Jours(cf. Pléiade, p. 81-82).
Ces vers sont en rapport avec l'évocation de l'amour de jeunesse de Proust, Willie Heath, disparu en 1893 à l’âge de vingt ans. La longue dédicace de Proust à Willie Heath des Plaisirs et des Jours compare le jeune homme avec ces "jeunes seigneurs anglais qu'à peint Van Dyck, dont [il avait] l’élégance pensive" (idem, p. 5-6).
référence : Marcel Proust, l’écriture et les arts. Catalogue Gallimard/B.N.F., 1999, cf. cat. n° 55. – Proust et les peintres. Musée de Chartes, 1991, cat.13, p.192-194.
provenance : fils d’Edmond Rostand, le jeune Maurice Rostand navigue dès son enfance dans le monde littéraire. Proust l’ayant remarqué à l'Opéra, déjà dandy extraverti et voyant, il écrit à Cocteau pour qu’il le lui présente, ce que Cocteau ne fait pas. Après un début de correspondance, Maurice Rostand rencontre Marcel Proust durant l'hiver 1912-1913. Il était si outrageusement parfumé que son apparition donnait à Proust des crises d'asthme. Proust l'invite chez lui et lui lit les premières pages de Du côté de chez Swann, qui sont une révélation pour le jeune dandy. Maurice Rostand tentera en vain d'intercéder auprès de Fasquelle pour qu’il édite. Après la parution chez Grasset, Maurice Rostand écrira un article brillant et dithyrambique dans Coemedia. La dédicace de Marcel Proust au jeune Maurice date probablement des premiers mois de leur rencontre, en 1912-1913. Le dandy, alors âgé de 21 ans, devait avoir la même « élégance tranquille » que Willie Heath.