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Importante veilleuse à la turque en bois richement sculpté et doré d'époque Louis XVI, vers 1780, estampillée G.IACOB
Description
- Haut. 75 cm, larg. 187 cm, prof. 71 cm
- Height 29 1/2 in; width 73 1/2 in; depth 28 in
Provenance
Ancienne collection de Paula de Koenigsberg, vente Buenos Aires, le 18 novembre 1963, lot 33
Vente Sotheby's à Monaco, le 9 décembre 1995, lot 49
Literature
(1) A.J. Roubo, L’Art du Menuisier, Paris, 1782, pl. 237
(2) M. Jarry, Le Siège Français, Fribourg, 1973, p. 212, fig. 201
E. Ducamp et al, Pavlovsk, Paris, 1993, p.96
Condition
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Catalogue Note
La désignation de ce type de canapé au XVIIIe siècle, appelé veilleuse par André-Jacob Roubo (1), nous rappelle son usage premier : un siège confortable pour se reposer, avec la possibilité d'y allonger ses jambes. L’extraordinaire qualité de sculpture associée à l’originalité des ornements sculptés – sirène, tête de bélier, corne d’abondance et bouquets de roses - sont la signature d’un grand siège exécuté par Georges Jacob pour un personnage illustre. Le motif de sirène se retrouve sur une maquette en cire de Jacques Gondoin, dessinateur pour le mobilier de la Couronne. Cet ornement ne fut pas retenu pour la bergère du pavillon du Belvédère de Marie-Antoinette. Le motif de corne d’abondance de notre accotoir se retrouve sur des fauteuils créés par Georges Jacob pour la reine Marie-Antoinette dans son cabinet doré à Versailles en 1779. Ces cornes d’abondance ornent aussi une duchesse brisée de Georges Jacob (2). Les pieds en console sont un motif récurent chez Georges Jacob que l’on retrouve la plupart du temps simplement mouluré comme sur ses fauteuils de bureau. Les pieds de notre veilleuse sont ornés de deux roses renforçant le caractère féminin de ces veilleuses destinées au repos des dames de qualité. La tête de bélier est quant à elle un motif plus rare sur des pièces de menuiserie et montre les infinies variations possibles dans le décor des sièges. La maquette de cire de Gondoin mentionnée plus haut nous permet de mieux comprendre l’élaboration d’un siège : une maquette d’un fauteuil comportant plusieurs variations ornementales était présentée au destinataire pour qu’il choisisse les éléments qui lui plaisait. Ainsi la maquette de Gondoin présente-t-elle un accotoir orné d’une sirène et l’autre d’un mufle de lion. Les pieds aussi présentent des variations. Notre veilleuse est sans doute elle aussi le travail d’un ornemaniste comme Jacques Gondoin. Ces veilleuses étaient particulièrement à la mode auprès des grands ornemanistes du règne de Louis XVI comme en témoignent plusieurs projets de sièges par Jean-Charles Delafosse et Richard de Lalonde.
La piste russe
L’absence de toute étiquette ou toute marque sur notre veilleuse nous empêche d’en déterminer exactement son commanditaire. Le catalogue de la vente de Buenos Aires indique qu’elle provient du palais de Pavlovsk, puis des collections de Paula de Koenigsberg. Cette dernière était mariée à Nicholas de Koenigsberg issu d’une dynastie de célèbres antiquaires établis depuis le début du XXe siècle à Paris, puis à New York (sous le nom de Le Passé Ltd), Mexico et Buenos Aires. Paula et Nicholas de Koenigsberg étaient en charge de l’Argentine. Cette marchande était connue pour ses achats en Europe dans les années 30. Le gouvernement soviétique vendit à cette même époque une partie du mobilier impérial russe aux enchères, mais aussi auprès de grands marchands internationaux. Notre veilleuse a pu ainsi être achetée par Paula de Koenigsberg directement auprès du gouvernement soviétique à cette époque. Malheureusement les inventaires de Pavlovsk sont trop vagues quant aux descriptions des lots pour identifier clairement notre veilleuse. Ces inventaires comprennent celui que Maria Féodorovna établit elle-même en 1795, un second juste après l’incendie du palais en 1803, les modifications apportées à celui de 1803 faites en 1817 après la reconstruction faisant suite à l’incendie et l’inventaire de 1848 qui recense majoritairement les peintures. Les inventaires de la fin du XIXe siècle, ainsi que les inventaires soviétiques des années 1920 et 1930, furent malheureusement tous détruits pendant la Seconde guerre mondiale. Si cette veilleuse était à Pavlovsk, elle a aussi pu être transférée au palais Mikhaïlovsky après l’incendie de 1803. Le catalogue de la vente de Buenos Aires indique que cette veilleuse fut commandée par le Tsarévitch Paul Ier de Russie (1754-1801), fils de Catherine II, lors de son voyage en France en 1782. Ce dernier se rendit à Paris avec son épouse la Grande Duchesse Maria Féodorovna sous les noms d’emprunt comte et comtesse du Nord. Ce voyage était l’occasion pour le couple de se rendre chez les meilleurs artisans français pour passer commande de mobilier et d’étoffes. Le projet d’ameublement de Pavlovsk était tellement important que les artisans russes ne suffisaient pas à remplir les commandes. Le couple était aussi particulièrement amateur du raffinement et des innovations françaises. Malheureusement aucune archive ne nous est parvenue nous indiquant clairement leurs achats. La baronne Oberkirch, amie d’enfance de la Grande Duchesse, accompagna le couple dans leur voyage et laissa quelques indications dans ses mémoires. Ainsi peut-on y lire les noms des marchands merciers Ericourt et Daguerre chez qui le couple se rendit rue du Faubourg Saint-Honoré. De nombreux sièges estampillés de Henri Jacob sont encore conservés à Pavlovsk mais on peut imaginer sans peine qu’ils aient pu rencontrer Georges Jacob qui était à cette époque le menuisier le plus important auprès du Garde-meubles royal français. Leur visite à Marie-Antoinette lors de leur voyage en France fut l’occasion pour eux d’admirer les chefs-d’œuvre de ce menuisier, l’un des plus grands sculpteurs du XVIIIe siècle français.