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Suite de six panneaux en bois peint en camaïeu vert sur fond de dorure à la mecca d'époque Louis XIV, vers 1710, d'après la série des Douze Mois de Claude III Audran (1658-1734)
Description
- Haut. 248 cm, larg. 73 cm
- Height 97 1/2 in; width 30 in
Provenance
Literature
P. Verlet, M. Florissoone, A. Hoffmeister, F. Tabard, La Tapisserie, histoire et technique du XIVe au XXe siècle, Lausanne, Edita, 1977
Christelle Inizan, « Découverte à Paris d’un plafond peint à décor de singeries attribué à Claude III Audran, Antoine Watteau et Nicolas Lancret », In Situ, Revue des Patrimoines, mis en ligne le 22 août 2011
Catalogue Note
Pierre-Jean Mariette loua son talent dans les notes de l'édition de 1752 de la Description de Paris par Germain Brice (tome III, p.404-405) : Audran "est regardé avec justice comme l'un des premiers dessinateurs qui aient jamais paru pour les arabesques et les grotesques... Il a fait des choses dignes d'admiration, plus belles et ingénieuses que tout ce qui s'était encore vu jusqu'ici en France dans ce genre singulier".
La série des « Douze Mois Grotesques »
Alors qu’il est occupé à la décoration des Appartements du Grand Dauphin au Château Neuf de Meudon, Claude Audran imagine les ‘Douze Mois Grotesques’, harmonieuses compositions aux divinités antiques et aux ornements de grotesques destinées à orner une suite de tapisseries. Les Comptes des Bâtiments du Roi Année 1709 mentionnent en effet des ‘peintures faites aux Gobelins en 1708 et 1709, pour le nouveau bâtiment de Monseigneur à Meudon 495 livres’. Pour mener à bien ce projet, Audran a probablement collaboré avec son élève Antoine Watteau (dont un dessin préparatoire est conservé à l'Albertina, Vienne) ainsi qu’avec Alexandre-François Desportes (pour les dessins d’animaux).
Si les cartons des Gobelins sont aujourd’hui perdus, ils ont été gravés par Jean Audran, frère de l’artiste en 1699, et reproduits par Gotfried Rogg d’Augsburg dans son œuvre ‘Neues Unterschidildiches Bilder laub une Grotechgenwerk’. Les tentures originales comportent deux séries de trois panneaux et une série de six panneaux raccordés : à l’exception des mois d’octobre, novembre et décembre, elles sont conservées au Mobilier National. Au moins trois séries de tapisseries, créées à partir du même modèle, sont connues à ce jour. De même, sont conservées dans des collections privées plusieurs séries ou parties de série des « Douze Mois Grotesques » en version peinte, à l’exemple de nos panneaux. Ces séries peuvent comporter quelques variations, notamment au niveau des ornements de la partie haute. Nos panneaux sont toutefois particulièrement proches des gravures de Jean Audran.
Un âge d’or pour les grotesques
Durant le règne de Louis XIV, les ornementations de grotesques et d’arabesques, remises au goût du jour à la Renaissance par Raphaël (loggia du Vatican) et en France par l’Ecole de Fontainebleau, sont toujours d’actualité. Berain les a développées, et, à sa suite, Claude Audran dispose d’inventifs éléments dans des compositions symétrisées. Ces ornements se retrouvent sur les lambris, mais aussi sur les plafonds et les tentures des Cabinets royaux, leur légèreté et leur délicatesse faisant contrepoint aux opulentes décorations de marbre et de miroirs des grands appartements.
Nos panneaux, peints en camaïeu sur fond de dorure à la mecca, sont caractéristiques de leur époque, d’un point de vue technique autant que stylistiques. Trophées et emblèmes, saynètes aux animaux, divinités antiques encadrées par des portiques, cartouches et signes zodiacaux se succèdent selon une progression verticale, agrémentés de rubans et d’ornements géométriques et floraux. Il est à noter que le mois de Novembre, que l'on retrouve sur notre lot, est représenté par Diane et dédié à la chasse. Il s'agissait de l'une des activités favorites du Grand Dauphin, né un 1er novembre.
Ces compositions riches et inventives sont traitées selon un camaïeu de tons gris-vert qui n’est pas sans rappeler la logique du trompe-l’œil et son effet théâtral, très appréciés à l’époque. Les fonds dorés étaient également très recherchés.
Parmi les créations d’arabesques et de grotesques sur fond d’or les plus célébrées figurent celles de notre artiste à la Ménagerie de Versailles. Quelques esquisses et des plafonds à fond d’or sont également conservés au Musée des Arts Décoratifs de Paris.