PF1332

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Lot 612
  • 612

Proust, Marcel

Estimate
7,000 - 10,000 EUR
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Description

  • Proust, Marcel
  • Lettre autographe signée à Louis de Robert. [Début septembre 1919]. 8 p. in-12 (134 x 178 mm) sur 2 doubles feuillets. Filigrane "[Conqueror London] 1918".
Après l’échec du Prix Goncourt pour Swann en 1913, et alors que les Jeunes filles en fleurs sont en librairie depuis le début de l’été, Proust apprend que Léon Daudet souhaite lui apporter sa voix pour le Goncourt de 1919. S’étant adressé à Louis de Robert pour qu’il use de son influence auprès des membres de l’Académie Goncourt, il se rend compte que son ami ne peut rien pour lui : "Je vous avais demandé cela à tout hasard, croyant que vous les connaissiez intimement." Et de se souvenir que, déjà en 1913, Louis de Robert lui avait expliqué que la fortune personnelle de Proust pouvait être un obstacle à son élection : "vous m’aviez objecté qu’on ne donnait généralement ce prix qu’à un écrivain pauvre et (…) je vous avais répondu que j’étais ruiné, vous me répliquâtes que cela ne faisait rien à l’affaire car j’étais malgré tout d’une famille riche, que j’avais été pas mal dans le monde, que même sans argent je faisait figure de riche." Sans doute la conclusion de sa missive est-elle une allusion à sa richesse perdue : "La vie chère n’est-elle pas incommode pour vous qui devez peut-être avoir à vous suralimenter ? Et n’accepteriez-vous pas, dans ce cas, qu’un ami allégeât fraternellement ce fardeau ?"

Auteur lui-même d’un article "Sur le style de Flaubert", Proust est intrigué par l'article que son ami a lui aussi consacré à l’auteur : "Je suis sûr que je ne serais pas d’accord avec vous, car j’admire infiniment Flaubert (du moins, L’Éducation sentimentale, titre incompréhensible et qui est une faute de français), mais je n’ai pas besoin d’être d’accord avec les conclusions d’un auteur pour admirer sa dialectique."

A l’annonce du prix Goncourt décerné à Proust en décembre 1919, la presse contestera vivement le choix des académiciens, coupables d’avoir primé un auteur trop âgé (on prête une cinquantaine d’années, voire soixante, à Proust qui a quarante-huit ans) et trop riche, alors que depuis la guerre, il ne l’est guère.

Literature

Kolb, Correspondance, XVIII, n° 221 (retranscription lacunaire).