PF1332

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Lot 608
  • 608

Proust, Marcel

Estimate
8,000 - 12,000 EUR
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Description

  • Proust, Marcel
  • Lettre autographe signée à Emile Straus. [3 juin 1914]. 5 p. in-12 (181 x 133 mm) sur deux doubles feuillets au filigrane "Imperial Diadem".
La mort d’Alfred Agostinelli au large d’Antibes dans un accident d’avion le 30 mai 1914 laisse Proust dans un profond désespoir. Il surmonte néanmoins sa peine pour demander à Emile Straus d'intervenir auprès du prince de Monaco pour qu’il aide la veuve de son ancien chauffeur.

Il en profite pour dire sur Agostinelli "une chose (…) qui peut' être vous étonnera, car je ne sais si nous avons jamais parlé" : sans craindre l’exagération, Proust affirme qu’Agostinelli "était un être extraordinaire possédant peut' être les dons intellectuels les plus grands que j’ai connus". Et de raconter ensuite l’histoire de leur rencontre : "il était venu me demander de l’employer comme chauffeur (…). Je lui avais sans confiance proposé de me faire la dactylographie de mon livre. C’est alors que je l'ai découvert, que lui et sa femme sont devenus part intégrante de mon existence."



Suivent ses remords d’avoir permis qu’Agostinelli pilote des avions, ce qui le mènera à la mort : "j’ai le chagrin aujourd’hui de penser que s’il ne m’avait pas rencontré et n’avait pas gagné tant d’argent par moi, il n’aurait pas eu les moyens d’apprendre l’aviation. (…). Nous avions fini par nous brouiller, et à la suite d’un procédé par trop ingrat je lui avais écrit : Si jamais le malheur voulait que vous eussiez un accident d’aéroplane, dites bien à votre femme qu’elle ne trouvera en moi ni un protecteur, ni un ami et n’aura jamais un sou de moi. Vous pensez bien que devant ce malheur, j’ai tout oublié". Effectivement, puisque la nature généreuse de Proust le pousse à aider la veuve, malgré de "terribles spéculations financières" qui sont sur le point de le ruiner.



La fuite d’Agostinelli dans le Sud, puis sa mort en avion, seront retranscrites dans la Recherche par celles d’Albertine, morte d’une chute à cheval. Proust avait offert des cours de pilotage à Agostinelli et même, affabule-t-il dans une autre lettre, un avion, comme dans le roman le narrateur offre à Albertine un yacht.

Traces d'onglets.

Literature

Kolb, Correspondance, XIII, n° 130. — Dictionnaire Marcel Proust, H. Champion, sub verbo "Avion".