- 602
Proust, Marcel
Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description
- Proust, Marcel
- Lettre autographe signée à Robert de Montesquiou. [Vers le 18, 19 ou 20 juin 1905]. 4 p. in-8 (178 x 115 mm) sur papier de deuil Waterford (pliures fragiles), avec le chiffre de Montesquiou en haut de la première page.
Très malade il ne peut écrire son article "En tous cas il est tout fait dans ma tête, et d’autres aussi vous concernant, de sorte que si je n’ai pas de débouché actuel, les différentes choses que je veux dire, seront toujours dites un jour ou l’autre, même lointain (…) J’ai été aussi très malheureux moralement, en dehors des souffrances physiques de la maladie, parce qu’on m’a dit que vous aviez voulu (et par conséquent réalisé) m’aliéner la bienveillance d’amis à vous (…) j’ai été extrêmement ennuyé et ai fini par me persuader que j’avais dû être trompé par de faux rapport. Tout quand on est malade prend une amplitude de vibration qui tient à l’atmosphère de silence et de solitude et aussi de perpétuelle trépidation intime où on vit". Il vante le livre de Montesquiou [Professionnelles beautés] "Je fais de votre livre mon livre de chevet. Chaque jour une nouvelle chose m’y enchante". Il explique sa crise d’asthme "de ce que j’ai voulu aller voir les Whistler, pour faire pour un mort ce qu’on ne ferait pas pour des vivants et pensant au 'jamais plus' […] mais l’expiation physique a été bien douloureuse." Et il conclut en lui promettant de lui donner des nouvelles de l’article.
Le 2 juin Montesquiou était venu lire le chapitre XIV de Professionnelles beautés consacré à Mme Aubernon (modèle principal de Mme Verdurin) intitulé "La sonnette". Malgré une crise d’asthme épouvantable dans les jours qui suivirent cette soirée, Proust rédigea des échos pour Le Gaulois et pour le New York Herald, mais ainsi qu’il le mentionne dans cette lettre, Proust souhaite rédiger un véritable article.
"Un professeur de beauté" paraîtra le 15 août dans Les Arts de la vie. Proust y fait le portrait de Montesquiou tout en établissant un parallèle avec Ruskin. "Montesquiou est d’abord un aristocrate de l’étymologie […]. C’est aussi quelqu’un qui, comme Ruskin, sait tout voir, tout nommer […]. Aussi l’imagine-t-il à l’Académie française […] c’est l’occasion d’évoquer l’ironie, la verve, le feu de son sujet, qu’on sent déjà prêt pour revêtir le déguisement de Charlus. Quant à la critique d’art, qui est en effet restée la meilleure part de l’œuvre de Montesquiou elle fait […] voir un tableau" (J-Y. Tadié. Marcel Proust, I, p. 768-770).
Ils se rencontrent le 13 avril 1893 chez Madeleine Lemaire ; Proust a alors vingt-deux ans et Montesquiou trente-huit. Leur relation fut un mélange d’admiration et d’antipathie, parsemée de brouille et de réconciliation. A l’époque de cette lettre c’est encore l’admiration qui prime. Montesquiou eut une telle influence sur Proust que François Mauriac et Jacques-Emile Blanche dirent que "la personne et l’œuvre de Proust n’auraient jamais été ce qu’elles furent sans Montesquiou".
Montesquiou se reconnut avec tristesse et énervement sous les traits du Baron de Charlus, même si Proust disait s’être inspiré du baron Doazan.
Le 2 juin Montesquiou était venu lire le chapitre XIV de Professionnelles beautés consacré à Mme Aubernon (modèle principal de Mme Verdurin) intitulé "La sonnette". Malgré une crise d’asthme épouvantable dans les jours qui suivirent cette soirée, Proust rédigea des échos pour Le Gaulois et pour le New York Herald, mais ainsi qu’il le mentionne dans cette lettre, Proust souhaite rédiger un véritable article.
"Un professeur de beauté" paraîtra le 15 août dans Les Arts de la vie. Proust y fait le portrait de Montesquiou tout en établissant un parallèle avec Ruskin. "Montesquiou est d’abord un aristocrate de l’étymologie […]. C’est aussi quelqu’un qui, comme Ruskin, sait tout voir, tout nommer […]. Aussi l’imagine-t-il à l’Académie française […] c’est l’occasion d’évoquer l’ironie, la verve, le feu de son sujet, qu’on sent déjà prêt pour revêtir le déguisement de Charlus. Quant à la critique d’art, qui est en effet restée la meilleure part de l’œuvre de Montesquiou elle fait […] voir un tableau" (J-Y. Tadié. Marcel Proust, I, p. 768-770).
Ils se rencontrent le 13 avril 1893 chez Madeleine Lemaire ; Proust a alors vingt-deux ans et Montesquiou trente-huit. Leur relation fut un mélange d’admiration et d’antipathie, parsemée de brouille et de réconciliation. A l’époque de cette lettre c’est encore l’admiration qui prime. Montesquiou eut une telle influence sur Proust que François Mauriac et Jacques-Emile Blanche dirent que "la personne et l’œuvre de Proust n’auraient jamais été ce qu’elles furent sans Montesquiou".
Montesquiou se reconnut avec tristesse et énervement sous les traits du Baron de Charlus, même si Proust disait s’être inspiré du baron Doazan.
Literature
Kolb, Correspondance de Marcel Proust, V, n° 115, p. 227 à 229.