PF1332

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Lot 599
  • 599

Proust, Marcel [Sous le pseudonyme d'Horatio]

Estimate
2,000 - 3,000 EUR
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Description

  • Proust, Marcel [Sous le pseudonyme d'Horatio]
  • Fête chez Montesquiou à Neuilly. (Extrait des Mémoires de Saint-Simon). S.l.n.d. [par Montesquiou pour ses amis, 1904]. Mince plaquette in-4. Demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs avec titre doré, tête dorée, gardes de papier marbré, couverture (P.-L. Martin).
édition originale de ce brillant pastiche paru en préoriginale dans le Figaro du 18 janvier 1904, le jour même du duel de Montesquiou avec Jean Stern.

Edition originale hors commerce tirée à très petit nombre (50, selon J.-Y. Tadié) sur vergé de Hollande, publiée par les soins de Montesquiou pour ses amis.



La plaquette reproduit le pastiche de Saint-Simon que Proust avait fait paraître dans le Figaro en signant Horatio, pseudonyme shakespearien qu’il avait déjà utilisé auparavant.



Sans doute Montesquiou n’avait-il pas saisi totalement l’ironie de cette chronique mondaine, qui le représente, dans son Pavillon des Muses, en monarque soucieux de l’étiquette : "Montesquiou invitait fort peu et fort bien, tout le meilleur et le plus grand, mais pas toujours les mêmes, et à dessein, car il jouait fort au Roi, avec des faveurs et des disgrâces jusqu’à l’injustice (…)". Craignant le retour de bâton, Proust préféra garder l’anonymat, mais apprit que le comte allait en publier le texte dans une plaquette : "Je vais tout de suite vous dire la chose effrayante mais tombeau [secret]", confie-t-il à Anna de Noailles, "J’ai dit à Montesquiou que ce n’était pas moi Horatio. Mais qu’est-ce que Montesquiou a fait : il m’a dit que n’ayant pas pu trouver l’auteur, il avait fait imprimer une plaquette de cet article ! en y faisant quelques corrections, de simple ponctuation m’a-t-il dit ? Je n’ai rien osé dire, craignant de me trahir si je protestais mais que dites-vous de ce coup" (Kolb, Correspondance, t. IV, [12 mars 1904], p. 86). Proust lui-même reçut un des rares exemplaires de la plaquette : "Merci mille fois de la jolie plaquette", dit-il au comte en gardant le secret (idem, p. 90).



S’il n’en avait pas identifié l’auteur, du moins le comte apprécia-t-il son portrait, celui de ses hôtes, et la relation de sa fête. Mais finalement Montesquiou accueillit de bonne grâce l’aveu du coupable (lettre à Montesquiou, Drouot, 28 avril 1969, n° 377). Plus sensible au grand genre adopté qu'à l'acuité du regard, il ignorait que Proust, intime et disciple, serait son exécuteur devant la postérité avec le personnage de Charlus.



Les pastiches de Proust constituent une charnière entre sa période mondaine et sa vie de romancier reclus. Ils apparaissent comme de petits morceaux brillants, donnés aux journaux pour l'amusement des lecteurs. C'est notamment le cas avec cette scène à la Saint-Simon, qui ne fait que donner un équivalent en grand style de la rubrique mondaine du Gaulois. Mais ce sont aussi des sortes de gammes par lesquelles Proust s'exerce, à l’ occasion des principales lectures qui nourrissent sa réflexion critique, et au travers desquelles il s'approprie un monde, un ton, les éléments d'un style — ici, la peinture sans concession des milieux aristocratiques.



Cette chronique courte à la manière de Saint-Simon sera reprise  par l’auteur, "à une date difficile à dater", dit Clarac. Retouché et développé longuement, le pastiche prend place en 1919 dans Pastiches et Mélanges six ou sept fois plus étendu qu’en 1904.

Literature

J.-Y. Tadié, Marcel Proust, 521. — Repris dans les notes de Contre Sainte Beuve, Pléiade, p. 710-713.