- 596
Proust, Marcel
Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description
- Proust, Marcel
- Lettre autographe signée à Madame Alphonse Daudet. [Peu après le 22 mars 1898]. 8 p. in-8 (180 x 145 mm) à l'encre, sur papier à son chiffre MP filigrané "Original Turkey Mill, Kent".
Lettre écrite à la suite de l’envoi de Soutien de famille paru à titre posthume. Il évoque le mort d’Alphonse Daudet : "Il est si vivant en moi qu’il semble vivre encore et c’est triste d’être obligé de vous écrire à vous les remerciements qu’on lui adresse involontairement à lui. Je vais le lire et ce sera une consolation d’un chagrin qui se ravive en moi chaque jour". Il l’évoque, elle et Lucien, présente ses excuses pour ne lui parler que de sa maladie à lui qui l’empêche d’aller la voir "tous les jours, car il n’y a pas de jour où le désir ne m’en soit si vif que ce m’est chaque soir une déception que de ne l’avoir satisfait. Mais ma santé m’a fait une si étrange situation que je commence depuis quelques semaines surtout à exister à 4 heures de l’après-midi (...). Pourtant les choses qu’on désire depuis trop longtemps, on finit par les faire, parce que ce n’est pas une vie que vivre avec un désir qui n’est jamais satisfait". Il la complimente sur ses fils "Madame avoir deux fils comme ceux-là, tout ce que j’ai jamais connu, l’un de plus fort, l’autre de plus exquis (et fort aussi quand il faut) dans ce que j’ai pourtant jamais connu de plus remarquable. A voir ce que Lucien est pour moi, j’imagine ce qu’il peut être pour vous".
Il enchaîne alors avec une multitude de compliments concernant son "cher petit" : "Je sens que tout ce qui se presse dans son esprit si multiple si universel que par moments il me semble que la peinture ne sera pas suffisante à l’exprimer, qu’il lui faudrait un autre art, celui où tous ceux qui ont porté le nom d’Alphonse Daudet excellent et dont tant de lettres de Lucien que je conserve pour vous et pour tant d’autres sont déjà de délicieux chefs-d’œuvre, avec le sourire merveilleux d’un Vinci épistolaire. Par exemple je le voudrais bien portant pour qu’il soit heureux car il a besoin de bonheur je crois pour produire. (...) Malheureusement je ne suis pas un bon ami pour lui, trop nerveux aussi. Il lui faudrait quelqu’un qui avec de semblables aspirations intellectuelles et morales eût un tempérament opposé, calme au lieu d’agité, résolu, heureux. J’aimerai lui trouver un tel ami ou le devenir".
Proust fait la connaissance des Daudet à un dîner chez Mme Athur Baignières en décembre 1894. Puis Hahn l’introduira dans leur salon du Faubourg Saint Germain. Le 16 décembre 1897, Alphonse Daudet meurt subitement chez lui rue de l’Université. Cette mort met fin à d’atroces souffrances dues à une longue maladie. Il sera l’un des modèles de Bergotte.
Mme Alphonse Daudet, née Julia Allard, à laquelle cette lettre est adressée, eut toujours beaucoup de sympathie pour Proust "un garçon charmant, d’une amabilité rare" confiera-t-elle à son fils Lucien.
Lucien, dont Marcel vante les qualités dans cette lettre et avec lequel il aura une amitié amoureuse entre 1895 et 1897, juste après celle qu’il partagea avec Reynaldo Hahn. Lucien sera, après Louis de Robert, le second à lire Swann avant sa publication.
Soutien de famille, dont il est question dans cette lettre, parut le mardi 22 mars 1898 chez Fasquelle, trois mois après la mort d’Alphonse Daudet.
Il enchaîne alors avec une multitude de compliments concernant son "cher petit" : "Je sens que tout ce qui se presse dans son esprit si multiple si universel que par moments il me semble que la peinture ne sera pas suffisante à l’exprimer, qu’il lui faudrait un autre art, celui où tous ceux qui ont porté le nom d’Alphonse Daudet excellent et dont tant de lettres de Lucien que je conserve pour vous et pour tant d’autres sont déjà de délicieux chefs-d’œuvre, avec le sourire merveilleux d’un Vinci épistolaire. Par exemple je le voudrais bien portant pour qu’il soit heureux car il a besoin de bonheur je crois pour produire. (...) Malheureusement je ne suis pas un bon ami pour lui, trop nerveux aussi. Il lui faudrait quelqu’un qui avec de semblables aspirations intellectuelles et morales eût un tempérament opposé, calme au lieu d’agité, résolu, heureux. J’aimerai lui trouver un tel ami ou le devenir".
Proust fait la connaissance des Daudet à un dîner chez Mme Athur Baignières en décembre 1894. Puis Hahn l’introduira dans leur salon du Faubourg Saint Germain. Le 16 décembre 1897, Alphonse Daudet meurt subitement chez lui rue de l’Université. Cette mort met fin à d’atroces souffrances dues à une longue maladie. Il sera l’un des modèles de Bergotte.
Mme Alphonse Daudet, née Julia Allard, à laquelle cette lettre est adressée, eut toujours beaucoup de sympathie pour Proust "un garçon charmant, d’une amabilité rare" confiera-t-elle à son fils Lucien.
Lucien, dont Marcel vante les qualités dans cette lettre et avec lequel il aura une amitié amoureuse entre 1895 et 1897, juste après celle qu’il partagea avec Reynaldo Hahn. Lucien sera, après Louis de Robert, le second à lire Swann avant sa publication.
Soutien de famille, dont il est question dans cette lettre, parut le mardi 22 mars 1898 chez Fasquelle, trois mois après la mort d’Alphonse Daudet.
Literature
Kolb, Correspondance de Marcel Proust, II, n° 146, p. 228-229.