PF1331

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Lot 292
  • 292

Verlaine, Paul

Estimate
50,000 - 70,000 EUR
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Description

  • Verlaine, Paul
  • [Cellulairement]. Manuscrit autographe signé de 6 feuillets montés sur onglet et reliés en un volume in-8 carré. Maroquin noir à petits grains longs, cadre d’un filet à froid, dos lisse titré en long, filets à froid en bordure intérieure, doublures et gardes de papier peigne, absolument non rogné, chemise à rabats, étui bordé (Huser).
D’un cahier d’écolier à papier légèrement ligné en bleu, vélin léger très sonore (208 à 210 x 163 mm) : 6 feuillets un peu rognés (voir infra Doucet), paginés dans le coin supérieur droit à l’encre de 18 à 24 (manque le feuillet 23), chiffres soulignés et deux suivis d’un point.

Cellulairement fut démembré par Verlaine lors de l’intégration de certains poèmes dans le recueil Sagesse en décembre 1880 puis dans d’autres qui suivirent.

Ecrits à la prison des Petits-Carmes à Bruxelles du 11 juillet 1873 jusqu’à son transfert le 25 octobre 1873 à la “Maison de sûreté cellulaire à Mons”(appellation officielle) d’où il sortit le 16 janvier 1875. Notre partie fut écrite à Mons.

Deux manuscrits importants de Cellulairement sont à prendre en considération :
1) manuscrit louis barthou, (Drouot, 2e partie, 6/11/1935 n° 1102 qui suivait le manuscrit D’auculnes, voir ici n° 302). Il sera ensuite acquis le 15/12/2004 chez Sotheby’s au prix de 299.200 € par le Musée des Lettres et manuscrits et classé Trésor national en 2005. On peut en voir des pages reproduites dans J.-P. Guéno, G. Lhéritier Verlaine emprisonné. (P.), Gallimard, MLM, (2012) et l’intégrale en fac-similé dans le tout récent Poésie/Gallimard Cellulairement suivi de Mes Prisons, 2013, édition de Pierre Brunel qui commet un fâcheux lapsus sur son achat par l’Etat (p. 11 et 368). Ce cahier d’écolier est différent de facture (papier moins léger, plus sourd, aux lignes bleues plus marquées) ; l’écriture est une mise au net, claire, appliquée ; la pagination est centrale dans le haut. Il a servi de base à l’édition critique d’Olivier Bivort (voir infra) : manuscrit A de son apparat critique  (p. 70 et 316) mais décrit sous la lettre B (!) dans son classement (p. 68), au lieu d’un 1.2 qui éviterait toute confusion.

2) manuscrit georges heilbrun (voir supra), manuscrit B de Bivort (p. 70 et 316) qui est décrit sous la lettre C, au lieu d’un 1.3 de pure commodité (p. 68). De plus, son manuscrit B regroupe dangereusement notre manuscrit B et les quelques feuillets du fonds Doucet (p. 69) que nous analysons pour clarifier (nous remercions la conservation pour son aimable communication ainsi que celle du MLM). Ils proviennent bien du même cahier qu’on pourrait classer de la sorte :
B1 : Doucet, manuscrit 7203 du dossier Jadis et naguère. 6 feuillets lignés (même écart de 8 mm), non rognés (215 x 167 mm) avec  la fin (14 vers) de Via dolorosa (oublié p. 70) et Crimen amoris dont il faut retenir l’ancienne pagination raturée 34 à 39, identique à la nôtre, dans le coin supérieur droit avec chiffres soulignés, qui formait la suite de notre cahier. Afin de les intégrer dans Naguère, Verlaine procède à des modifications comme de biffer la fin de dolorosa, le lieu-date...
B2 : Doucet, manuscrit BVI47 du dossier d’Amour. 5 feuillets lignés (idem), non rognés (215 x 165 mm), présentant la toute fin d’Amoureuse du diable (2 vers et lieu-date) et Bouquet à Marie avec aussi l’ancienne pagination  biffée 70 à 74 ( idem coin supérieur droit et chiffres soulignés) qui formait également la suite de notre cahier. Comme le B1, Verlaine les modifie pour insérer Bouquet à Marie dans Amour.
Le collationnement des manuscrits Barthou (édité par Bivort) et Heilbrun révèle d’innombrables variantes de ponctuation. Pierre Brunel dans ses récents commentaires ne daigne considérer “l’ensemble des six feuillets” qu’il cite négligemment d’après Bivort (p. 372), lesquels l’embarrassent, surtout le poème A qui de droit  dont il se débarrasse lestement avec un “Mieux vaut” qui vous laisse pantois. Bivort s’y est courageusement attelé avec le peu de matériel dont il disposait, comme la liste d’Heilbrun ou le relevé de Kies (voir infra).



Le manuscrit heilbrun contient 11 poèmes dont 2 incomplets :



§ 9 poèmes (sur dix) des [Vieux coppées] (Bivort, p. 186-203),  de [II] à X. Manque le premier “Pour charmer tes ennuis (...)”. Soit :
- [II] “Les passages Choiseul” (Invectives, posthume). Les 5 premiers vers du 2e coppée sont de tout premier jet et figurent ébauchés en tête, coincés dans la marge du haut du f. 18 (cf. l’état transcrit du ms Barthou in Verlaine emprisonné, op.cit. p. 163). Avant l’ajout, les 5 derniers vers commençaient manifestement ce f. 18 de manière appliquée et peu raturée. On ne s’explique pas l’esquisse, à moins que Verlaine ait perdu le f. 17 où devait se trouver ce début avec le n° II inscrit.
Nous donnons un essai de décryptage :
Les odeurs de jadis [biffé - lecture de Paris (sic), Le Dantec]/ passages Choiseul aux odeurs de jadis / Où sont-ils en ce mil huit cent soixante dix / ["on s'amusait", en marge]. C’était charmant [biffé] jetais republicain Lecomte / De Lisle aussi.* Lemerre consultait [biffé]/ et lon faisait chacun son / acte en vers [*en marge :] Ce cher/ Lemerre/ cet [biffé]archonte,/ était archonte. / Nous éditaitSouri (?) [biffé]”. Version préparée pour celle qui a servi à l’édition posthume d’Invectives en 1896.
Variantes : “Quels Autrans soufflèrent”. Le dernier vers avec une rature de relecture : “Je gémis [biffé devient : "danse"], les deux variantes se retrouvant dans Invectives.
- III “Vers Saint-Denis” ( “Paysage” in Jadis et Naguère 1884).
- IV “Assez des Gambettards !”(Invectives).
- V “Las ! je suis à l’index,” (Parallèlement). La variante “éditeurs” devient “débiteurs” relevée par Kies est oubliée par Bivort (p. 193 et 330).
- VI “Je suis né romantique et” (“Dizain mil huit cent trente” in Jadis et Naguère 1884).
- VII "L’“aîle” où je suis" (Parallèlement) Cf. ms Barthou in Verlaine emprisonné, op.cit. p. 164. “A des cieux de fonte et de verre,” [devient dans l'édition : “des dieux” non relevé par Bivort (p. 197 et 331) mais bien par Kies (infra)].
- VIII “O Belgique, qui m’a (sic) valu ce dur loisir,” (id.).  L’hésitation du dernier vers est amusante avec son belgicisme : “Ouvre [surcharge :] Car cest bon [biffé] enfin, car c’est bon [il avait d’abord souligné c’est bon] pour une fois, sais-tu ?”
- IX “Depuis un an et plus je n’ai pas vu la queue” (Invectives).
Notre manuscrit est le seul à donner la leçon “agonie abominable”. Cf. le ms préparé pour Invectives (n° 314).
- X “Endiguons les ruisseaux,” (posthume, voir Pléiade de Borel, 1968 p. 298 et Bivort p. 203 et 332). Trois manuscrits connus d’autant plus importants que l’édition est posthume : lettre à Lepelletier du 22/8/1874, ms Barthou et le nôtre. Or, une variante est restée inconnue : “Qu’il ne l’est, ce pastiche informe d’une lyre” ; la leçon de la lettre (non vérifiée) et celle de Barthou donne  : “Qu’il ne l’est ce pastiche infâme d’une lyre”. Datation un peu différente : “Mons. 1874, passim.”.

§ Art poétique “De la musique avant toute chose !" (f. 22, Bivort p. 205 en partie et 207 id.) jusqu’à “C’est le grand jour tremblant de midi,”. Manque f. 23, mais achevé au f. 24 à partir de : “De la musique encore et toujours” (Jadis et Naguère 1884). Cf. ms Barthou complet in Verlaine emprisonné op.cit. p. 98-99. Différences de majuscules et ponctuations, mais surtout la leçon Heilbrun : “Sous d’autres cieux" [nous soulignons] ne se trouve que dans une lettre à Valade de janv. 1881 (Bivort, p. 333 et Pakenham Correspondance I, 2005, p. 688).

§ A qui de droit. “Brûle aux yeux des femmes,” ("Conseil falot" Jadis et Naguère, 1884), suite du f. 24 avec les 10 premiers vers jusqu’à “Qu’est-ce que çà fait ?”. Dans le coin inférieur droit, comme pour les anciens imprimés, la réclame “Va,” du début du vers dans un f. [25] manquant comme la suite. Ce fragment du poème est capital car, seul manuscrit connu (il n’est pas dans le ms Barthou/MLM), c’est l’unique occurrence  qui ait autorisé Bivort à l’introduire dans le corpus de l’oeuvre (p. 209 début et 68/69).
Variantes : “Mais garde ton coeur / Et crains la langueur” que Bivort aurait pu signaler d’après la 2e édition corrigée de Jadis et Naguère en 1891 (Barthou donne le texte de 1884). – Seule variante connue : “Bois. L’ivresse est une” déjà relevée par Le Dantec d’après notre ms.

Catalogue Note

Pour son analyse du Heilbrun, Bivort a dû se contenter de la liste des titres et notules du catalogue du libraire de 1949 et de la petite étude  d’A. Kies (voir infra). Le Dantec, pour le tirage de 1954  de la Pléiade, eut communication du cahier, vraisemblablement par Simonson qui l’acquit en 1949 et lui communiquait volontiers ses manuscrits, par ex. de Baudelaire (voir n° 66 in fine). Il ajoute un descriptif du manuscrit dans l’introduction de Sagesse (vu tirage 1959 p. 937, repris par Borel, 1968 p. 1114) où il fait figurer un portrait de Verlaine qui n’est  pas dans la fiche Heilbrun ni dans l’exemplaire. Son relevé sommaire a été pointé par Bivort.

[on joint :] préfet de police. copie de sa lettre à l’administrateur. Paris, 6 Décembre 1886, n° 30188 du registre de la 2e Section du 1er Bureau de la 1ère Division de la Préfecture de Police, 3 pp. in-8 sur double f. vergé filigr. “De La Rue & Ce London” (bord plié pour être glissé dans un vol.).

Répondant à sa requête du 18 novembre, le Préfet signale qu’il n’y a au “service des sommiers judiciaires aucune condamnation à la charge du nommé Raimbaud (Arthur). Pour Verlaine, son administration a eu affaire à lui en août 1873 “sur la demande du Parquet de Bruxelles, qui le poursuivait alors pour tentative de meurtre”. L’enquête alors menée établit qu’ “il avait été attaché à la Préfecture de la Seine et qu’il avait débuté dans les lettres par la publication de plusieurs ouvrages de poésie. Plus tard, il collabora à la direction du journal “Le Rappel” et se lia intimement avec les nommés Vermesch et Andrieux (sic), qui tous deux jouèrent un rôle important sous la Commune. Verlaine fut révoqué de son emploi à l’Hôtel de Ville, dans le courant du mois de Juillet 1871, pour négligence dans son service. Il demeurait alors rue de l’Ecluse, n° 26 [rue Lécluse, son adresse en 1866-69]./ Il prit vers cette époque sous son patronage un jeune littérateur nommé Raimbaud (Arthur) âgé de 16 ans, né à Charleville, qui partageait, dit-on, ses goûts dépravés, - et s’éprit d’une passion honteuse pour ce jeune homme, avec lequel il quitta Paris au mois de Juillet (sic) 1873, abandonnant sa jeune femme et son enfant en bas-âge./Ci-joint un extrait des  Sommiers Judiciaires concernant le nommé Verlaine (...)”. (2e f. :) “Paris, le 22 Décembre 1886 [1885, lapsus car il vient de copier la lettre de ’86, or le signalement est bien daté de 1885] (...) 1 mois de prison, Vouziers , 24 Mars 1885./ Violences et menaces de mort [contre sa mère]/ Pr extrait conforme/ Pr le Chef de la 1ère Division/Le Chef du 1er Bureau” (toutes les signatures sont données comme illisibles).

références du manuscrit : - A. Kies “Varia, Cellulairement et autres manuscrits de Verlaine” Le Livre & l’Estampe, 1991, n° 136 p. 337-39. Cellulairement n’apparaît que dans le titre de l’article et la numérotation des poèmes est celle de Kies qui relève 9 variantes de vers (par rapport à la Pléiade) dont deux ont été oubliées par Bivort  (voir supra au V et VII).
- Nous renvoyons à l’édition critique établie par Olivier Bivort Romances sans paroles suivi de Cellulairement. Le Livre de Poche, 2e édition revue, (2010) dont le texte a été établi sur le ms Barthou. Avec l’apport du ms Heilbrun, elle deviendra asssurément, lors d’une 3e édition revue, la vulgate incontournable.

provenance du manuscrit
 : Librairie Georges Heilbrun, catalogue 2 (nouvelle série), s.d. [1949 et non 1948 selon Le Dantec, Pléiade 1954, repris par Borel p. 1159…, correction importante, voir infra] n° 141 p. 24-25 (voir O. Bivort sans date p. 69). La 4e de couv. reproduit les deux derniers quatrains de l’Art poétique. Il était déjà relié par Huser comme bon nombre de pièces du cat. -- Collection Simonson qui l’y acquit avec l’ex. Barthou de Mes prisons, voir n° 309). Simonson ne le possédait donc pas lors de la 3e édition du 12/11/1948 de la Pléiade, mais le communiqua pour le tirage de 1954. -- Collection de sa fille et de son gendre le philologue et romaniste Albert Kies qui l’étudia (voir ci-dessus). Nous insitons car, récemment encore, on le citait comme bibliophile. Il ne quitta pas leur collection quoi qu’en ait dit Bivort (ibid.).