PF1331

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Lot 245
  • 245

Nodier, Charles

Estimate
600 - 800 EUR
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Description

  • Nodier, Charles
  • Nodier et la Belgique : "dans mon coeur comme dans l’histoire". Unique séjour connu en 1835.
2 lettres inédites et un portrait.

1) Lettre autographe signée au baron Taylor. Malines, 5/6/1835, 1/3 de p. sur 1 f. vélin fin in-4 avec suscription du baron rue de Bondi, 64 à Paris. Cachet Malines, 6/6/1835 (pliures d’envoi, déchirures marginales dont une atteignant le mot Malines encore présent dans le fac-similé en 1957, voir infra).

On connaît leur précieuse collaboration depuis 1820 avec les célèbres Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. L’accueil à Bruxelles, Malines et Gand fut des plus enthousiastes. Nous citons plus bas un passage à Techener  qui explicite mieux les allusions ici évoquées à Taylor.           



Mon cher ami, Voila vos feuilles revues au pied de la tour gigantesque de Malines, et au bruit de ses carillons perpétuels. Nous sommes arrivés ici fort contents, et moi pour ma part trop content de Bruxelles où j’ai joui de beaucoup moins d’incognito et de liberté qu’à Paris. (...) Adolphe Haumann (sic) et sa famille nous ont comblés, presque écrasés de politesses. Ce sont d’excellentes gens. (...)” Adolphe Hauman, négociant à Bruxelles, deviendra l’année suivante directeur-gérant de la Société belge de librairie, imprimerie et papeterie Hauman, Cattoir [un temps] et Cie. Voir le Tribly édité en 1847, n° 228. Trois tomes de ses Oeuvres  avaient déjà paru en 1832 à  La Société belge dont l’imprimeur-libraire était De Mat à Bruxelles. Voir Fr. Godfroid Aspects inconnus et méconnus de la contrefaçon en Belgique. (Brux.), A.R.L.L.F, (1998), p. 160 passim.



Le 17 juin, Nodier écrira de Lille à Techener lors de son retour en France, en peignant bien l’atmosphère qui régnait : “(...) chargé de couronnes et de vers, comme un acteur de Paris qui vient de faire une tournée en province. Je n’ai pas besoin de vous dire combien ce genre de réception s’accordoit mal avec mon besoin de solitude et de repos, les deux seules choses que je cherchasse hors de Paris.” Sa santé s’en ressent, et la faute en est à Techener qui l’avait “annoncé à Gand. Enfin, grâce au ciel, j’échappe aux banquets et aux compliments, et j’ai le bonheur d’être rendu à un pays où personne ne s’occupe de moi. Ce n’est pas ici qu’on viendra m’éveiller par des sérénades.” (Bulletin du bibliophile, 1859 p. 85-86).



2) Lettre autographe signée au Gouverneur [de la Société générale de Belgique, Ferdinand de Meeûs] s.d. [1835], 1 p. vélin fin gris bleuté in-4, timbre sec de ses initiales CN (?).
Il doit abréger son séjour dans la “belle Capitale” et lui témoigne combien il a été sensible à son accueil. “Je vous prie de croire que j’en emporte une reconnaissance éternelle, et que le souvenir de votre nom est lié à celui de la Belgique dans mon coeur comme dans l’histoire (...)”.



3) Portrait de Nodier par [Charles Baugniet] tiré sur vélin par la Lithographie Royale P. Degobert pour Charles Hen à Bruxelles. N° 13 de la recension de Christian Galantaris qui n’a pu identifier l’artiste et la publication mentionnée en tête de cette épreuve : “Galerie des Contemporains illustres” [“par un homme de rien”. Bruxelles, Meline, Cans et Ce,1848]. Il fait partie du 2e album dont le 1er porte les dates de 1840 ou 41.  Charles Baugniet était célèbre pour ses portraits, surtout lithographiés. Il s’établira à Paris. “Portrait peu recevable, dit Galantaris, exécuté à Bruxelles et interprété très librement d’après la lithographie de Langlumé. sr Longiligne et osseux, le personnage a un menton fin et proéminent, le nez long est dans le prolongement d’un front immense et vertical ; il en résulte une sorte de profil grec sans rapport avec celui de Nodier (...)”. “Note sur physique multiforme de Charles Nodierin Fragmentos, Revista de Língua e Literatura Estrangeiras. Brazil, Florianópolis, 2006, n° 31.

Provenance

A. Kies signale à Pichois que la 2e proviendrait du fonds Charles de Brouckère. Pichois n’y croit pas trop, et il émet une autre hypothèse sans l’approfondir : celle de gouverneur du Brabant. Nous avions déjà retenu le baron Goswin de Stassart  gouverneur du Brabant de 1834 à 1839, ancien préfet de Vaucluse, grand-Maître du Grand Orient de Belgique, écrivain, fabuliste...  Mais force est de constater qu’il a légué à l’Académie royale sa vaste bibliothèque et ses lettres reçues, plus son énorme collection d’autographes de quelque 4.000 pièces en cours d’inventaire en 2013. Celui de la correspondance reçue a été dressé par Marie-Rose Thielemans,  Inventaire des archives du baron de Stassart I. Correspondance reçue (...). Brux., Palais des Académies, (1973), avec un aut. de Nodier au n° 1392, petit billet inédit : “Charles Nodier a eu l’honneur de se présenter chez M. le Baron de Stassart. Il espère être plus heureux demain/Charles Nodier//[écriture de Stassart :] le 8 Août” [dans le coin, même écriture : rep ( ?) : vu le 19 Aout/1836 (?) St.”. Cela ne peut-être qu’une rencontre à Paris où Stassart séjournait souvent, à moins d’un voyage inconnu de Nodier, car il  n’est qu’au mois de juin 1835 en Belgique (voir supra). Cet unique billet est monté, selon son habitude, dans un gr. cartonnage in-4 demi-percaline à papier gaufré bleu foncé (sa couleur) avec Nodier frappé or au centre. Le montage indique un goût parfait et une exigence remarquable quant à la tenue de la collection. Et ce soin tout particulier nous laisse perplexe quant à la possibilité que notre lettre, plus importante que le billet, ait échappé aux albums, à moins que la guerre de 1914 n’y soit, comme on le sait, pour quelque chose. D’autre part, Charles de Brouckère a bien créé une banque privée en 1835, mais seul Meeûs est “gouverneur” de la Société générale de Belgique depuis  l’Indépendance en 1830.

Literature

Nous trouvons les lettres reproduites en hors-texte dans Claude Pichois L’Image de la Belgique dans les Lettres françaises de 1830 à 1870. Paris, Nizet, 1957, pl. entre p. 32-33. Elles ne sont pas transcrites mais commentées p. [115]-116. Communiquées par A. Kies que Pichois remercie “en toute amitié reconnaissante”, en concluant : “ces deux lettres inédites (...) sont à verser au dossier, peu volumineux, des jugements équitables ou élogieux portés par des écrivains français sur la Belgique [des années qu’il traite]”.