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Nodier, Charles
Description
- Nodier, Charles
- Nodier et la Revue de Paris.
Catalogue Note
Nodier, un des fondateurs de la Revue, l’a écarté de l’administration financière car il est “un homme que j’estime et que j’aime (...). Je n’ai à reprendre dans votre lettre que la supposition que vous faites que j’ai fort à coeur d’être publié, et que je suis piqué de ne pas paroitre un Dimanche plutôt qu’un autre [jour BB ! voir infra]. Il n’en est rien du tout. Je travaille pour vivre. Si je trouvois un perruquier assez fou pour me payer mes articles à [la BB !] moitié du prix que m’en donne la Revue pour en faire des papillottes, je lui donnerois la préférence. Mon nom imprimé me fait l’effet qu’il devroit faire à tout le monde. Il m’ennuye. J’ai besoin de travailler, mais je n’en ai pas le goût. Mes prétentions se réduisent à l’éxécution des conventions que j’ai modifiées et réduites moi-même, une feuille et demie par mois quand j’ai le temps de la faire, ce qui ne m’est pas encore arrivé quatre fois par an. Après cela, je me bâts l’oeil de la marchandise [il publiera une Consultation grammaticale sur ce mot, 1839]. Quand on n’en voudra plus, on la lairra, comme dit la cuisinière des Variétés.// Il étoit naturel que j’écrivisse sur ce ton à M. Méril, parce qu’il me répugneroit [répugnait BB !] horriblement que les actionnaires me trouvâssent trop cher, et qu’ils ne me gardâssent que par respect humain. Cela ne sauroit s’arranger avec mon caractère et mes allûres. Ce n’est pas à vous que j’aurois dis ce que je disois à M. Méril [actionnaire-gérant]. Je connois trop votre exquise politesse, votre indulgence pour mes vieilles homélies, et mieux que votre indulgence et votre politesse, votre amitié (...)”. Si les actionnaires le trouve trop onéreux, qu’ils le jettent par terre, il ne manque pas de gens pour le ramasser. “C’est précisément parceque je suis pauvre, qu’il me sied de mettre le marché à la main de ceux qui me payent (...) Votre intervention dans cette affaire étoit un chagrin placé hors de mes prévoyances, mais je ne vous en veux pas. J’en ai douze comme cela par jour. (...) / Quant à la Revue des Deux Mondes, j’y entrerois sans aucun doute si je le voulois. Modestie à part, je ne connois guères jusqu’ici de feuilles littéraires où je ne pûsse gagner du pain. Je n’y ai jamais pensé. Je tiens à la Revue de Paris / parceque je suis un de ses fondateurs/ [passage supprimé in BB !], parceque j’y ai été traité honorablement, parceque j’y ai entretenu ou formé des affections qui me sont chères. Je suis un enfant sauvage et brutal, mais je ne bats pas ma nourrice. (...) si je suis de trop à la Revue, je tiens à le savoir. Voila pourquoi je suis bourru avec elle. C’est une politesse à ma manière. Je veux lui laisser l’avantage des procédés. De tout mon coeur, je desire de rester. De tout mon coeur, je suis prêt à partir, si mon absence fait une économie et ne fait point de vide. (...) c’est un arrangement à l’amiable, un renouvellement ou une dissolution de bail. Je ne prétends m’imposer à personne.// Vous, c’est autre chose. Je vous impose l’obligation de m’aimer toujours, quoique vous en ayez, et c’est par là que j’aurois fini de l’autre côté de ma [la BB !] page, si j’avois eu le temps de ne vous écrire que dix [deux BB !] lignes/ Tout à vous”. Buloz rachètera cher en sous-main, avec ses actionnaires, la Revue de Paris en mai 1834 pour la laisser mourir face à la Revue des Deux mondes.
Référence : P. L. [Paul Lacroix]. “Une lettre inédite de Charles Nodier” in Bulletin du bibliophile, 1866 p. 15-20. Passée récemment, dit-il, dans une vente d’autographes de Charavay. Plusieurs erreurs/corrections, voulues ou pas, dont quelques exemples donnés.
2) lettre autographe signée à Buloz. 18 décembre (18)37. Une page in-4 (258 x 205 mm) sur double f. avec suscription “Monsieur/Monsieur Buloz, homme de lettres,/Directeur de la Revue de Paris, (...),/quai Malaquai, n° 17./ Paris”. Cachets postaux, pliures d’envoi (manque sans texte d’une partie du 2e f.).
Seule lettre connue en mains privées des dix recensées, les autres étant dans le fonds Lovenjoul (Institut de France). A. Kies les a toutes publiées et commente : “(...) Certes , dans ces lettres, il est souvent question de métier et d’argent. Nous y voyons Nodier préoccupé de transmuter en louis d’or les moindres parcelles de sa production littéraire passée, présente ou à venir (...)” (infra, p. 214). Il craint les publications trop espacées en livraisons : “(...) Quand il m’est arrivé de publier en deux ou trois fois, comme dans Inès [mai et juin ‘37], j’ai toujours cherché à renfermer, dans chaque division de mes petits ouvrages, un intérêt presque complet, et qui laisse à la lecture une idée satisfaite. Voila pourquoi ma Nouvelle des Quatre Talismans qui ne pourroit pas tenir dans un Numéro, est divisée en journées (...). Chacune des deux premières journées contiendra une histoire entière, la troisième en contiendra deux, qui sont les plus courtes. Ce sont autant d’épisodes qui ont leur fin à part. (...)” Il s’engage sur un timing très précis, mais, en fin d’année comme toujours, il a besoin d’argent “pour ces détestables étrennes (...) je vous embrasse de coeur”.
références : A. Kies “Lettres inédites de Charles Nodier à Emile Buloz” in Bulletin de l’Académie royale de langue et de littérature françaises , XLV, 1967 p. [213]- 223.