PF1331

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Lot 239
  • 239

Nodier, Charles

Estimate
2,000 - 4,000 EUR
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Description

  • Nodier, Charles
  • Miscellanées* littéraires, linguistiques, philosophiques et morales, c. 1830-40. Manuscrit autographe, 26 pp. sur 18 ff. vélin fort cartonné montés sur onglet, avec deux paginations postér. (erronées), Petit in-12 carré. Maroquin rouge encadré de filets dorés, dos à nerfs orné de caissons à petits fers dorés, titré or “Manuscrit de Ch. Nodier”, dentelle intérieure, papier peigne, coiffes guillochées, double filet sur les coupes (Hardy). *Ce titre est nôtre.
Précieux petit manuscrit constitué d’un ensemble de fiches élaborées en vue d’articles sur des sujets divers qu’il affectionnait, comme les étymologies savantes ou populaires. Il fait allusion à son Examen critique des dictionnaires (1828) et se penche sur les mots urbanité, tabis, écuyer, sur l’origine des noms Narcisse et Daphné : “Les fables mythologiques sont un trésor de rébus, qui ont seulement, il faut l’avouer, plus de grâce que nos calembours. O ! quel excellent livre ce seroit que l’histoire poétique expliquée par l’étymologie, si on s’occupait encore de l’étymologie et de l’histoire poétique !” Nous ne sommes pas loin de Francis Ponge.

Il s’attarde à un “respectable écrivain franc-comtois Augustin Nicolas [17e s.]. C’étoit un homme d’un esprit souple et varié, d’une grande érudition et d’un excellent jugement.”, et à son ouvrage qui dénonce la torture “quelque chose de mieux qu’un bon livre. C’est une bonne action. (...) [son] ardente philanthropie s’éleve quelquefois jusqu’à l’éloquence (...) Je ne sais si les Académies lui décerneroient des couronnes, mais l’humanité lui doit une statue.” Telle fiche s’adresse à un lecteur (“je vous étonnerai”) pour son cher Bonaventure Desperriers [Des Périers] et sa “sublime facétie qu’il intitula Cymbalum Mundi ou la clochette du monde, et que les bibliographes placent tout près de Tabarin”. C’est peut-être une esquisse pour son étude de la Revue des Deux Mondes en 1839 qui sera reprise en tête de l’édition Gosselin des Contes en 1843.



Il s’interroge sur la mode orientalisante : “On ne s’occupe guères en France des anciennes littératures classiques. Le goût de l’époque s’est tourné vers l’Orient, et on croiroit que notre académie des inscriptions et belles-lettres est créée et mise au monde pour le Caire ou pour Calcuta. Il n’y a pas grand mal à cela, mais il s’en faut de beaucoup que la critique et la philologie soient usées sur l’Europe.”



Des textes semblent n’être écrits que pour lui : “(...) quoique ces notes ne courent guères le hazard  de tomber jamais - entre les mains des dames, j’ai trop de pudeur pour copier ici le quarante-deuxième vers de Polyeucte, que j’ai entendu si souvent débiter au théatre”.



Echaudé façon Chateaubriand : “J’ai vu beaucoup de révolutions, et je sais maintenant que penser de leur influence sur le développement social. Ce n’est pas le sceptre de la civilisation qu’elles portent à leur main. C’est la baguette de Circé qui change les hommes en bêtes féroces.” (mal cité dans la fiche Houssaye).



Manque à un coin de f. sans texte ; taches de gras sur 1 f. qui n’occulte pas, sinon superbe manuscrit d’une écriture serrée et parfaitement lisible.

Provenance

Ex-libris Henry Houssaye, l’historien helléniste bien connu (1848-1911) qui l’a fait richement relier (Drouot, 3/5/1912, n° 446 “resté inédit” ; seul manuscrit de Nodier de la collection). -- Collection A.K. Les manuscrits en mains privées sont rares, a fortiori bien reliés.