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[Nodier, Charles]
Estimate
8,000 - 12,000 EUR
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Description
- [Nodier, Charles]
- Apothéoses et Imprécations de Pythagore [d’après faux-titre et titre réunis]. Crotone [Besançon, fin déc.1808]. Grand in-4. Bradel demi-maroquin bordeaux, plats de papier rouge brun, dos titré « Pythag. » orné de doubles filets perlés dorés, gardes bleu uni (Jean-Claude Noël, Besançon).
6 ff.n.ch. (1 f.bl., 1 f. avec justif. au recto, f.-t. « Apothéoses et Imprécations », titre d’une des 2 parties : « Apothéoses de Pythagore.// A Crotone. », 2 ff. « Prolégomènes de l’Editeur »), LXIII pp.ch. dont le 2e titre « Imprécations de Pythagore.// A Crotone » à la p. (LI). Nous donnons la collation car la réimpression de Dahan ci-jointe ne respecte pas les premiers ff. - Vicaire VI, 147 ne parle pas du 2e titre.
rarissime exemplaire dédicacé d’un tirage à 17 exemplaires dans sa reliure d’édition.
exemplaire du savant et excentrique anglais herbert croft qui le reçut en septembre 1809 de Nodier, son nouveau secrétaire, lorsqu’il l'accueillit somptueusement avec son épouse dans la belle propriété d’Amiens tenue par sa compagne, la richissime romancière Mary Hamilton.
édition originale souscrite et imprimée à besançon aux frais de l’auteur par louis-françois taulin à 17 exemplaires justifiés sur beau vélin Canson filigr. un ou deux de passe (16 sur vélin, d’après le bulletin de souscription, reliés en « papier rouge maroquiné, par Noël »). Deux sur papier rose qui portent la mention “Charles Nodier Editeur”, reliés en pap. maroquiné vert, feraient partie des 17 ( cf. Vicaire VI, 147 citant leur justif. : “Il n’y a que dix-sept exemplaires. Il n’y en a que deux sur papier rose”).
exemplaire n° X à la presse. J.-R. Dahan en 1992 recense 8 exemplaires dont 6 en bibliothèques publiques : 3 à Besançon, 2 à la BnF dont 1 rose, 1 en Avignon. Le seul autre en mains privées fait partie de la bibliothèque du château de Montmirey-la-Ville, coll. des vicomte M.-B. de Chifflet et baron Henri d’Aligny (infra p. [82], note 5).
“La célébrité de Pythagore, l’intérêt de la matière, l’extrême rareté de l’ouvrage, la magnificence de son exécution, tout concourt à le recommander aux amateurs” dixit le Prospectus.
[on joint :]
1) la belle et première réédition des "apothéoses" donnée par Jacques-Remi Dahan avec son étude “Besançon, Crotone. Un itinéraire ?”, Id., ([Langres &] Losne, L’Homme au Sable & Thierry Bouchard, 1992), in-4 en ff., couv. à rabats. Un des 200 sur vélin Rivoli ivoire non num. mais possédant le prospectus réimpr. de l’originale. Edition conforme sauf la mise en page des premiers ff.
2) du même éditeur : "la fièvre, et autre contes". Texte établi par J.- R. Dahan, ill. de six eau-fortes de Petr Herel, ibid., 1986, gr. in-4 en ff., couv. à rabats, emboîtage. Edition originale de 4 contes tirée à 120 ex. num. et paraphés par l’artiste sur vélin de Rives gris perle, celui-ci imprimé au nom d’A. Kies.
3) lettre autographe signée à herbert croft, [Lons-le-Saunier], 16 aoust [1809], 2 pp. in-4 sur vergé filigr. (230 x 187 mm), déchirures avec collant, sans perte.
Lettre pleine d’entrain car les perspectives d’avenir sont mirifiques, et il ne sera point déçu (les portraits de ses hôtes dans les lettres à ses amis sont dignes de Sévigné). Il est sur le point de rejoindre le 2 septembre le chevalier et Mary Hamilton à Amiens où ils résident : “(...) je pars pour Amiens. Amiens est maintenant ma patrie, puisque vous y êtes, et que j’y trouve réellement ce que j’ai si vainement rêvé ailleurs.” On lui propose un appartement, il se contenterait d’une chambre mais l’accueil avec laquais, voitures sera en fait digne d’un prince des lettres. “Qu’il me tarde de vous voir ! c’est comme si mon père était passé en vous !” Le chevalier lui propose de travailler à une édition critique de Télémaque et à une collection de classiques sur presse privée ainsi que des traductions des romans de Mary Hamilton. “Combien ma femme, ma bonne femme, et vous verrez ! est reconnaissante de vos bontés, et de celles de Milady ! nous vous écrivons cela, parceque nous ne saurions comment vous le dire. L’habitude de tous les chagrins, et d’une assez longue solitude, nous a rendus un peu timides, et s’il faut le dire, un peu farouches. Nous n’aurons pas l’art d’exprimer, mais soyez surs que jamais coeurs n’auront senti plus profondément. (...)”.
4) lettre autographe signée à son ami [léonard dusillet], Amiens, [début oct. 1809], 2 pp. in-8 carré sur vergé filigr. (195 x 165 mm). C’est une des premières lettres où il opte définitivement pour l’ancienne orthographe oi.
Installé royalement chez les Croft depuis un mois, il s'enthousiasme : “(...) Mon roman est encore dix fois plus brillant que je n’aurois cru et que je n’avois dit. Tâchez de vous représenter la plus douce vie qu’il soit possible de mener sur ce monceau de boue, [Croft lui avait demandé de pointer cette variante dans Télémaque] (...). Milady Hamilton est un ange incarné, mais c’est un ange de soixante dix ans. Le chevalier Croft est un des plus excellens hommes que je connoisse. Je crois même qu’il est parfait, aux virgules près, car vous saurez que c’est le ponctuateur le plus impitoyable (...) [il prépare un Système philosophique de ponctuation]. Son caractère d’ecclésiastique [qu’il était] et sa considération d’homme de lettres l’ont fait distinguer du gouvernement françois, de manière qu’il n‘est ni otage ni prisonnier, qu’il vient d’obtenir l’authorisation de vivre chez nous en y réalisant ses biens (...) il est bon de vous dire en passant que cette partie [la Picardie] du monceau de boue est, je crois, celle où l’on mange les meilleurs patés, les huitres les plus vermeilles, et les turbots les plus succulens. Léonard, ubi-Es ? Je m’accoutume fort bien à tout cela. Nous commençons même, Desirée et moi, à nous bien tenir sur nos parquets, à toiser froidement les piétons depuis nos portières, et à parler d’assez haut, à nos gens. Raillerie à part, nous avons des parquets, des voitures et même des gens, mais nous ne les rudoyons pas. (...) enfin, aimez moi comme je vous aime (...)”.
Pour faire honneur au fin découvreur et nodiériste A. Kies, nous avons réuni ces 3 merveilleuses pièces : l’exemplaire Croft et les deux lettres qui circonscrivent admirablement le contexte dans lequel Nodier, sorti un temps de sa détresse, sa solitude et son endettement, offrit sa rare et belle édition fraîchement parue à son hôte de marque.
rarissime exemplaire dédicacé d’un tirage à 17 exemplaires dans sa reliure d’édition.
exemplaire du savant et excentrique anglais herbert croft qui le reçut en septembre 1809 de Nodier, son nouveau secrétaire, lorsqu’il l'accueillit somptueusement avec son épouse dans la belle propriété d’Amiens tenue par sa compagne, la richissime romancière Mary Hamilton.
édition originale souscrite et imprimée à besançon aux frais de l’auteur par louis-françois taulin à 17 exemplaires justifiés sur beau vélin Canson filigr. un ou deux de passe (16 sur vélin, d’après le bulletin de souscription, reliés en « papier rouge maroquiné, par Noël »). Deux sur papier rose qui portent la mention “Charles Nodier Editeur”, reliés en pap. maroquiné vert, feraient partie des 17 ( cf. Vicaire VI, 147 citant leur justif. : “Il n’y a que dix-sept exemplaires. Il n’y en a que deux sur papier rose”).
exemplaire n° X à la presse. J.-R. Dahan en 1992 recense 8 exemplaires dont 6 en bibliothèques publiques : 3 à Besançon, 2 à la BnF dont 1 rose, 1 en Avignon. Le seul autre en mains privées fait partie de la bibliothèque du château de Montmirey-la-Ville, coll. des vicomte M.-B. de Chifflet et baron Henri d’Aligny (infra p. [82], note 5).
“La célébrité de Pythagore, l’intérêt de la matière, l’extrême rareté de l’ouvrage, la magnificence de son exécution, tout concourt à le recommander aux amateurs” dixit le Prospectus.
[on joint :]
1) la belle et première réédition des "apothéoses" donnée par Jacques-Remi Dahan avec son étude “Besançon, Crotone. Un itinéraire ?”, Id., ([Langres &] Losne, L’Homme au Sable & Thierry Bouchard, 1992), in-4 en ff., couv. à rabats. Un des 200 sur vélin Rivoli ivoire non num. mais possédant le prospectus réimpr. de l’originale. Edition conforme sauf la mise en page des premiers ff.
2) du même éditeur : "la fièvre, et autre contes". Texte établi par J.- R. Dahan, ill. de six eau-fortes de Petr Herel, ibid., 1986, gr. in-4 en ff., couv. à rabats, emboîtage. Edition originale de 4 contes tirée à 120 ex. num. et paraphés par l’artiste sur vélin de Rives gris perle, celui-ci imprimé au nom d’A. Kies.
3) lettre autographe signée à herbert croft, [Lons-le-Saunier], 16 aoust [1809], 2 pp. in-4 sur vergé filigr. (230 x 187 mm), déchirures avec collant, sans perte.
Lettre pleine d’entrain car les perspectives d’avenir sont mirifiques, et il ne sera point déçu (les portraits de ses hôtes dans les lettres à ses amis sont dignes de Sévigné). Il est sur le point de rejoindre le 2 septembre le chevalier et Mary Hamilton à Amiens où ils résident : “(...) je pars pour Amiens. Amiens est maintenant ma patrie, puisque vous y êtes, et que j’y trouve réellement ce que j’ai si vainement rêvé ailleurs.” On lui propose un appartement, il se contenterait d’une chambre mais l’accueil avec laquais, voitures sera en fait digne d’un prince des lettres. “Qu’il me tarde de vous voir ! c’est comme si mon père était passé en vous !” Le chevalier lui propose de travailler à une édition critique de Télémaque et à une collection de classiques sur presse privée ainsi que des traductions des romans de Mary Hamilton. “Combien ma femme, ma bonne femme, et vous verrez ! est reconnaissante de vos bontés, et de celles de Milady ! nous vous écrivons cela, parceque nous ne saurions comment vous le dire. L’habitude de tous les chagrins, et d’une assez longue solitude, nous a rendus un peu timides, et s’il faut le dire, un peu farouches. Nous n’aurons pas l’art d’exprimer, mais soyez surs que jamais coeurs n’auront senti plus profondément. (...)”.
4) lettre autographe signée à son ami [léonard dusillet], Amiens, [début oct. 1809], 2 pp. in-8 carré sur vergé filigr. (195 x 165 mm). C’est une des premières lettres où il opte définitivement pour l’ancienne orthographe oi.
Installé royalement chez les Croft depuis un mois, il s'enthousiasme : “(...) Mon roman est encore dix fois plus brillant que je n’aurois cru et que je n’avois dit. Tâchez de vous représenter la plus douce vie qu’il soit possible de mener sur ce monceau de boue, [Croft lui avait demandé de pointer cette variante dans Télémaque] (...). Milady Hamilton est un ange incarné, mais c’est un ange de soixante dix ans. Le chevalier Croft est un des plus excellens hommes que je connoisse. Je crois même qu’il est parfait, aux virgules près, car vous saurez que c’est le ponctuateur le plus impitoyable (...) [il prépare un Système philosophique de ponctuation]. Son caractère d’ecclésiastique [qu’il était] et sa considération d’homme de lettres l’ont fait distinguer du gouvernement françois, de manière qu’il n‘est ni otage ni prisonnier, qu’il vient d’obtenir l’authorisation de vivre chez nous en y réalisant ses biens (...) il est bon de vous dire en passant que cette partie [la Picardie] du monceau de boue est, je crois, celle où l’on mange les meilleurs patés, les huitres les plus vermeilles, et les turbots les plus succulens. Léonard, ubi-Es ? Je m’accoutume fort bien à tout cela. Nous commençons même, Desirée et moi, à nous bien tenir sur nos parquets, à toiser froidement les piétons depuis nos portières, et à parler d’assez haut, à nos gens. Raillerie à part, nous avons des parquets, des voitures et même des gens, mais nous ne les rudoyons pas. (...) enfin, aimez moi comme je vous aime (...)”.
Pour faire honneur au fin découvreur et nodiériste A. Kies, nous avons réuni ces 3 merveilleuses pièces : l’exemplaire Croft et les deux lettres qui circonscrivent admirablement le contexte dans lequel Nodier, sorti un temps de sa détresse, sa solitude et son endettement, offrit sa rare et belle édition fraîchement parue à son hôte de marque.
Provenance
Herbert Croft (le nom n’est pas imprimé comme dans les ex. Peignot et Weiss) qui a écrit à l‘encre au contreplat : “Given me by my friend Mr Nodier, who is the [ajout en interligne : translator &] editor of these fragments of Pythagoras, which he has collected from the greek & latin classics. This was printed at Besançon./ Pythagoras was born about 592 years before Christ (40 or 50 years after Lucius Junius Brutus, whom he mentions, here, p. VI); & he died, at the age of 105, about 497 years before Christ./ H. Croft”. -- Coll. A. K.
Literature
A. Kies in Bulletin du bibliophile, 1957, n° 2 : “Charles Nodier et Sir Herbert Croft d’après des documents inédits” p. [53]-56. Il révèle l’ex. de Croft, y publie sa notule (voir ci-après avec notre collation), et la lettre inconnue à Croft citée en 3. Cette lettre a été rééditée par Dahan in Correspondance de jeunesse. (Genève), Droz, 1995, t. I, n° CXXXVI p. 342 ainsi que celle à Dusillet, n° CXLV p. 358-60 avec un essai de décryptage du logogriphe entièrement raturé. Mais, pour le papier, il n’y a pas la déchirure signalée, les dernières lettres étant légèrement dissimulées mais lisibles sous la trace d’un onglet.